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Taxi 5 : le permis de la route définitivement retiré

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La saga marseillaise Taxi, scénarisée et produite par Luc Besson revient pour un cinquième opus avec cette fois-ci un nouveau duo formé par Franck Gastambide et Malik Benthala.

Synopsis : Sylvain Marot, flic parisien se prenant pour Schumacher au volant, est muté à la Police Municipale de Marseille contre son gré. L’ex-commissaire Gibert, devenu Maire de la ville, lui confie la mission d’arrêter le « Gang des Italiens ». Pour y arriver, Marot collabore avec Eddy Maklouf, minable chauffeur de VTC de Marseille : il est le petit-neveu de Daniel Morales, le grand conducteur du taxi…

taxi-5-luc-besson-franck-gastambide-malik-bentalha-critique-film.jpgSi elle n’a jamais bien roulé, pardon, volé bien haut et avait parfois un humour douteux, la saga marseillaise Taxi était au début plutôt sympathique, utilisant souvent un humour « bon enfant » (surtout les deux premiers volets). De plus, le premier film est sorti en 1998, année de la victoire de la France à la Coupe de monde de football : la réussite des beurs était alors célébrée. Samy Naceri, ou plutôt son personnage Daniel, était un peu le Zizou version chauffeur de taxi. Daniel, justement, était un personnage très attachant et formait un très chouette tandem avec Frédéric Diefenthal, alias Emilien, le brave flic un peu stupide sur les bords.  Plus de dix ans se sont écoulés entre Taxi 4 (descendu par la critique à l’époque – et effectivement pas terrible du tout) et ce nouvel opus. Vouloir dynamiser cette saga en proposant un nouveau duo est autant risqué que compréhensible.

Franck Gastambide et Malik Bentalha se sont investis dans le projet pourtant clairement commercial. Gastambide passe derrière la caméra tout comme il se charge du scénario avec Bentalha mais aussi avec Luc Besson, déjà scénariste et producteur des quatre premiers films de la saga. Luc Besson (Valérian et la Cité des mille planètes) au scénario n’était alors pas le seul moyen pour rassurer éventuellement les fans de la première heure. Par exemple, le commissaire Gibert, désormais devenu Maire de la ville, fait également partie de la distribution. Enfin, pour tenter de réunir les premiers spectateurs de la saga et les jeunes d’aujourd’hui, le scénario noue le lien avec les précédents volets. Ainsi, le personnage de Malik Bentalha est le petit-neveu  de Daniel, loué à plusieurs reprises au cours du film pour ses différents exploits avec son taxi. La question de l’héritage était un point a priori intéressant sur le papier. Hélas, elle ne l’est pas à l’écran. Et ce n’est pas le seul défaut de cette comédie qui accumule les moments de malaise.

Taxi 5 est alors un mélange improbable et indigeste entre Raid Dingue (reprendre François Levantal dans le rôle d’un chef de la police n’aide pas à changer cette impression), Hot Fuzz (le super flic de la capitale débarque dans un commissariat géré par des incapables), Bienvenue chez les Ch’tis (à l’envers), Les Kaïra (un machin vulgaire réalisé par, tiens, Franck Gastambide) et toutes les émissions réunies de Touche pas à mon poste. Ainsi, la moquerie contre les nains, la grossophobie particulièrement permanente et la scatophilie (et encore, on n’a pas eu de blagues autour du pet) seraient les armes humoristiques de cette « comédie » destinée en partie à la nouvelle génération. Les seules scènes à peu près drôles ne sont pas liées à ces ingrédients et c’est bien dommage. On ne dit pas qu’il n’y avait des choses douteuses dans les précédents volets – loin de là – mais à côté, les précédents volets de Taxi avaient l’air bienveillants.

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Au-delà d’un humour crade et stupide, le scénario n’exploite jamais les différences ni le malaise entre Sylvain le parisien et ses collègues marseillais. On n’a jamais l’impression que ce Sylvain ne se sent pas bien à Marseille alors qu’il accepte la mission pour pouvoir mieux rentrer à Paris. A côté, Dany Boon et ses Ch’tis avait déjà mieux compris ce type d’enjeu similaire. Côté action, là encore, quelle déception : non seulement elles sont trop peu nombreuses mais en plus, les trop grandes références aux précédents volets font qu’elles ne parviennent pas à nous en mettre plein les mirettes. Le seul point qui serait à peu près positif concerne la valorisation de la ville même de Marseille, plus frappante que dans tous les autres épisodes de la saga. Cela dit, pour les connaisseurs, certains points du scénario concernant les différents déplacements au cœur de Marseille (notamment quand Eddy évoque les possibles raccourcis pour aller plus vite) ne sont pas toujours crédibles.

Enfin, le nouveau tandem est décevant puisqu’il est complètement déséquilibré : Gastambide (Pattaya) et Benthala ont beau être sympathiques, leur duo n’a pas de sens. Gastambide est le flic qui conduit comme un chef la célèbre bagnole, Benthala n’existe que pour faire des vannes stupides, ne servant pratiquement jamais à la résolution de l’intrigue ou autre. On préfère se concentrer, le temps de quelques petites minutes qui nous semblent trop précieuses, sur quelques seconds rôles. Bernard Farcy est toujours hilarant dans le rôle de Gibert même s’il sert clairement de fan-service. Sabrina Ouazani est également convaincante même si son personnage méritait d’être plus exploité (peut-être que cela sera le cas dans un possible 6e opus).

Dix ans auparavant, Taxi 4 signait déjà la fin de la saga à bout de souffle. Avec ce 5e opus qui avait pour but de lui redonner un coup de boost, Franck Gastambide enterre définitivement le mythe et ne donne en aucun cas envie de nous intéresser à une possible suite. 

Taxi 5 : bande-annonce

Taxi 5 : Fiche Technique

Réalisation : Franck Gastambide
Scénario : Franck Gastambide, Luc Besson, Stéphane Kazandjian, avec la participation de Malik Bentalha
Interprètes : Franck Gastambide, Malik Bentalha, Bernard Farcy, Sabrina Ouazani, Salvatore Espositio, Anouar Toubali, Edouard Montoute, Ramzy Bedia, Monsieur Poulpe, Sissi Duparc, Bengous, Soprano…
Producteur : Luc Besson
Société de production : EuropaCorp, ARP Sélection, TF1 Films Production
Distributeur : EuropaCorp Distribution / ARP Sélection
Durée : 102 minutes
Genre : comédie, action, policier
Date de sortie : 11 avril 2018

France  – 2018

The Third Murder de Kore-Eda Hirokazu : Mensonges et vérités

Sous des habits de film policier, The Third Murder de Kore-Eda Hirokazu est un beau film qui s’intéresse davantage aux hommes qui se cachent derrière un meurtrier ou un avocat qu’aux aboutissants d’une enquête ou d’un procès.

Synopsis : Le grand avocat Shigemori est chargé de défendre Misumi, accusé de vol et d’assassinat. Ce dernier a déjà purgé une peine de prison pour meurtre 30 ans auparavant. Les chances pour Shigemori de gagner ce procès semblent minces, d’autant que Misumi a avoué son crime, malgré la peine de mort qui l’attend s’il est condamné. Pourtant, au fil de l’enquête et des témoignages, Shigemori commence à douter de la culpabilité de son client.

Le Crime express de l’Orient

the-third-murder-koreeda-hirokazu-film-critique-masaharu-fukuyama-koji-yakushoPasser des chroniques du quotidien à dominante d’enfants victimes, ou de sakura en pagaille, à un film policier et de procès pouvait relever de la gageure, voire de la démarche disruptive pour le cinéaste japonais Kore Eda Hirokazu. Il a déjà amorcé un virage avec des films comme son précédent, Après la Tempête, qui faisait le récit des émois d’un jeune homme en mal de trajectoire, inapte à la société et forcé, le temps d’un typhon, à cohabiter et avec une mère juive du soleil levant et avec une épouse qui l’a quitté de guerre lasse. Un film assez peu passionnant, mais qui a pris le parti de recentrer le débat sur les adultes, avec cette fois-ci l’enfant qui reste en filigrane.

The Third Murder suscite plus d’intérêt pour le spectateur, car il embrasse un genre plus dynamique, celui du film policier, tout en restant totalement fidèle à l’exploration de l’intime. Un homme (le très grand Kôji Yakusho, maintes fois vu chez Kurosawa) marche dans la nuit derrière un autre, le fracasse d’un coup violent, et le brûle sans autre forme de procès sur les berges de la rivière. Le lendemain, on retrouve Misumi, l’homme en question, derrière les barreaux. Une équipe d’illustres avocats, emmenée par Shigemori (Masaharu Fukuyama) est chargée de le défendre. Un film qui démarre sur des chapeaux de roue, donc, mais qui très vite trouve un rythme plus ralenti au travers d’un entrelacs de relations bijectives entre différents personnages et, au centre de celles-ci, les face-à-face nombreux entre le présumé coupable et l’avocat. Misumi en effet est emprisonné pour ce troisième meurtre, comme étant le suspect idéal en tant que repris de justice déjà coupable de l’assassinat de deux yakuzas dans le temps, d’autant plus qu’il a reconnu le meurtre. Le travail de son avocat consiste alors à lui éviter la peine de mort, un état de fait montré par le cinéaste dans toute son absurdité et dont il semble ici faire le plaidoyer de son abolition (voler pour tuer vaut par exemple la peine de mort, tandis que voler quelqu’un après l’avoir tué, non !). La peine de mort associée aux codes de l’honneur à la japonaise semble en effet aboutir sur des situations difficilement compréhensibles… Ces échanges nombreux, presque atones, sont l’occasion pour le cinéaste de creuser jusqu’à l’os l’essence et la vérité d’un homme, le mystérieux Misumi bien sûr, mais également Shigemori, acharné à obtenir cette vérité.

the-third-murder-koreeda-hirokazu-film-critique-suzu-hiroseLe film est aussi constitué des échanges plus ou moins furtifs entre un Shigemori culpabilisant face à sa fille qui peine à vivre pleinement son adolescence ; ou un brin agacé face à la figure imposante de son père, un grand juge jadis, celui-là même qui a refusé d’infliger la peine de mort à Misumi pour les crimes commis 30 ans plus tôt. Il fait également état de la relation chargée de non-dits et presque de rancœur entre Sakie (Suzu Hirose, une habituée de Kore-Eda), la jeune fille de la victime, et la mère de celle-ci, une femme présentée comme intrigante. Les fils de ce qui se révèle être une vraie enquête policière menée par Shigemori s’emmêlent, au fur et à mesure des révélations et contre-révélations des uns et des autres, des vérités des uns et des autres. Car la course contre la peine de mort et pour le rétablissement de la vérité sont les vrais enjeux de The Third Murder.

Malgré ce sujet quelque peu austère, la prison, le procès, le tout durant une saison hivernale peu vue chez le cinéaste, les fans de ce dernier retrouvent malgré tout cette ambiance du quotidien qui signe ses métrages. On retrouve la particularité et la subtilité japonaises jusque dans les déroulements de ces procès, de ces enquêtes. On retrouve les personnages d’enfants, les constellations familiales qui sont vraiment le vecteur privilégié de Kore-Eda Hirokazu. Tout se passe dans une ambiance feutrée. La caméra de Mikiya Takimoto, autre habitué du cinéaste, fait profil bas et opère le plus souvent dans la pénombre, comme celle du parloir où la vitre qui sépare Misumi et Shigemori fait figure de symbole d’une envie de transparence et de vérité de la part du grand avocat, mais également de barrière infranchissable en la personne de Misumi – traité par deux fois de « coquille vide » dans le film, cet homme affable en toutes circonstances, y compris lorsqu’il essuie d’un revers de la main le sang de la victime qui a aspergé sa joue.

the-third-murder-koreeda-hirokazu-film-critique-revesLe dernier opus de Kore-Eda fait un pas de côté par rapport à ses réalisations habituelles, en faisant la part belle à l’esthétique : le champ/contre-champ en gros plan, les têtes des deux protagonistes qui se fondent en une dans le parloir, comme si elles traversaient la fameuse vitre, comme s’ils étaient à la recherche de la même vérité ; de très jolies séquences oniriques qui en plus d’être belles, donnent aussi des pistes au spectateur. Tout est réuni pour faire de The Third Murder un très beau film qui rappelle, si besoin est, que le cinéma de Kore-Eda est protéïforme, et qu’il n’est pas uniquement ce cinéaste qui distille de très fortes charges émotionnelles par la mise en scène de souffrances et d’angoisses d’enfants (Nobody knows, I Wish), ou de dysfonctionnements familiaux (Tel père, tel fils, Après la tempête, etc.) ou au contraire des chroniques familiales intensément positives  (Notre petite Soeur) .

The third Murder – Bande-annonce

The third Murder – Fiche technique

Titre original : Sandome no satsujin
Réalisateur : Kore-Eda Hirokazu
Scénario : Kore-Eda Hirokazu
Interprétation : Masaharu Fukuyama (Shigemori), Kôji Yakusho (Misumi), Shinnosuke Mitsushima (Kawashima Akira), Mikako Ichikawa (Sasabara Itsuki), Izumi Matsuoka (Hattori Akiko), Suzu Hirose (Sakie)
Musique : Ludovico Einaudi
Photographie : Mikiya Takimoto
Montage : Kore-Eda Hirokazu
Producteurs : Kaoru Matsuzaki, Hijiri Taguchi
Maisons de production : Fuji Television Network, Toho, GAGA Communications, Amuse, Fuji IG Laboratory for Movies
Distribution (France) : Le Pacte
Récompenses : Meilleur Film, Japanese Academy – 2018
Durée : 124 min.
Genre : Drame, Policier
Date de sortie : 11 Avril 2018

Japon – 2017

Twin Peaks The Return : Lynch, Frost et la transmission en Blu-ray & DVD

En mai 2017, le retour tant attendu dans l’univers polymorphe de Twin Peaks fut enfin permis avec la diffusion de la troisième saison du show nommée The Return. À l’occasion de sa sortie en DVD et Blu-ray le 27 mars 2018, (éternel) retour dans et sur Twin Peaks, au troisième volume préoccupé par la transmission.

Mot de l’éditeur : Un quart de siècle après révolutionné le monde des séries TV, Twin Peaks est de retour. Un nouveau mystère entoure cette charmante ville du Nord-Ouest des États-Unis où, 26 ans auparavant décédait la jeune Laura Palmer dans des circonstances troublantes.

David Lynch / Mark Frost : mission transmission

Il y a bien des choses qui ont été écrites, déclarées, hurlées et soupirées ici et à propos du retour de Twin Peaks. Et il y en a encore bien d’autres à dire, c’est pourquoi cet article se concentrera sur un questionnement parmi d’autres : Twin Peaks saison 3 ne serait-elle pas une rétrospective lynchienne par David Lynch et Mark Frost, les deux créateurs du show eux aussi de retour vingt-six ans après la fin de la deuxième saison ? Depuis 1991, la carrière de Lynch s’est agrandie : Lost Highway, Une histoire vraie, Mulholland Drive, Inland Empire… Justement, la troisième saison de Twin Peaks semble être une œuvre rétrospective ou presque. En effet, le cinéaste – accompagné par le co-créateur/scénariste Mark Frost – retravaille les formes de toute sa filmologie. Expérimentation numérique/vidéo, narration abstraite, situations du quotidien bousculées par la violence et l’absurde, et autres bizarreries lynchiennes viennent à nouveau se représenter à l’écran. Le cadre de la troisième saison se prête ainsi à tous les travaux du maître. Dans quels buts, entendra-t-on ?

S’il y a une démarche qui semble affirmée tout au long de cette troisième saison, c’est bien celle de la transmission. Une dizaine d’années après Inland Empire, plus de vingt cinq ans après la fin de Twin Peaks, Lynch revient. Les aficionados du maître sont alors heureux d’avoir entendu une réponse à leurs nombreuses prières. Car IL est de retour. Avec Mark Frost, ils proposent un récit où la transmission est importante : Cooper avec son « fils » ; la rose bleue et leur nouvelle jeune recrue prénommée Tammy ; les Horne et leur petit-fils Richard. Et cette transmission prend forme à d’autres niveaux.

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L’agent Gordon Cole, (formidablement) interprété par David Lynch, fait une réflexion sur les langues au cours d’un échange avec son collègue Albert Rosenfield (Miguel Ferrer) dans lequel la transmission, le dialogue existe davantage par un jeu de regards et de silences.

En effet, il s’agit aussi de transmission en tant que dialogue/discours : il peut être « électrifié », critique et commercial à la fois (voir les diffusions internet des vidéos du Docteur Jacoby) ; difficile à appréhender pour le spectateur car d’une autre dimension (voir la sortie de Cooper de la chambre noire et de l’alter-univers) ; ou au-delà des nombreuses conceptions policières rationalistes connues par le shérif Truman et son adjoint, Hawk. De bien des façons, les personnages animés par Lynch et Frost transmettent des connaissances, des valeurs, des expériences, des émotions à leurs interlocuteurs, et donc aussi aux spectateurs. Justement, Twin Peaks The Return questionne aussi, comme l’expose très simplement le visuel ci-dessus, la transmission elle-même. À coup d’expérimentations visuelles (aux résultats parfois peu concluants), d’images incroyables, de situations jouissives, et d’énièmes basculements du rapport cinéma/séries loin d’avoir été conclu par les séries modernes – comme beaucoup le prétendent –, Lynch et Frost échangent avec le spectateur leur regard sur le monde, leur vision créative et narrative sans barrières d’une énergie sans limite quitte à toucher de loin ou de prêt la maladresse et l’échec. Entre le spectateur et Twin Peaks The Return s’opère un échange sans nul autre pareil. En effet, le questionnement de la transmission par les deux créateurs a une réponse : l’échange a de nombreux visages, et surtout, il défie les lois rationnelles de la physique, du temps, et de l’uniformisation créative. La transmission a lieu d’une matière à une autre, de la vidéo de caméscope aux images pelliculées du passé, d’une bûche à une vieille femme ; par de nombreuses voies matérielles et immatérielles : une prise de courant permet le retour de Cooper ; le rêve d’un patron de casino enragé par sa frustration lui permet de revenir sur ses intentions meurtrières ; ou encore avec le téléphone old school au commissariat et à l’hôtel dirigé par Benjamin Horne.

Le générique vous invite à revenir à Twin Peaks dont l’univers s’étale sur l’ensemble des États-Unis et au-delà de notre dimension. Et si tout nous ramenait finalement à Twin Peaks ?

Les concerts du passé menés par Julee Cruise laissent place ici à ceux de Nine Inch Nails, The Cactus Blossoms, Lark ou encore des Chromatics. Certains parleront d’« art branché », mais il est surtout question de regard vers l’avenir. Un regard parfois nostalgique mais jamais « doudou » qui a, comme l’explique François Cau sur le site Chaos Reign, accepté la mort. Et face à la mort certaine, Lynch et Frost présentent leur ferme volonté de continuer à marcher vers l’avant, en se rappelant parfois avec tendresse et mélancolie quelques souvenirs lointains, et surtout, en transmettant un maximum de données à ceux prêts à prendre le relais. Ces nouveaux venus vont avancer, parfois avec une certaine nostalgie – jamais invasive – pour tout ce qui les a inspirés. L’un des bonus met en avant le phénomène Twin Peaks, ou comment de nombreux fans ont continué à porter et faire vivre cet univers à coup de festival, de fan art, ou de création inspirée en profondeur ou plus légèrement. On pourrait ainsi considérer que cette troisième saison rend hommage à tous ceux qui ont vécu dans la foi de Twin Peaks, tout en leur prescrivant une nostalgie non invasive, non « doudou », non exclusive et absolue donc.

Expérimenter Twin Peaks : The Return équivaut ainsi à expérimenter une véritable phase de partage. Si l’échange n’a pas toujours semblé évident pour quelques spectateurs, notamment à cause du maladroit pilote, il est conseillé d’aller au-delà du doublon d’épisodes formant le pilote. Comme pour l’agent Cooper, le spectateur doit un minimum lutter pour revenir dans l’univers de Twin Peaks, et à nouveau comme ce bon vieil agent, il devra retrouver ses marques dans ce monde qui a vieilli et subi bien des changements (évolutions technologiques, ravages économiques, etcetera). Twin Peaks The Return, appel à la transmission, revient dans des éditions DVD et Blu-ray formidablement soignées. Rien à redire concernant les rendus visuel et sonore du show protéiforme, notons par ailleurs que les quatre premiers épisodes sont visionnables de façon couplée comme ils le furent lors de leur diffusion originale. Enfin les bonus qui accompagnent les épisodes raviront les fans, des formidables éléments de making-of aux extraits plus « promotionnels » tout de même intéressants, on pense notamment aux trois courts-métrages sur le phénomène Twin Peaks.

Bande-annonce – Twin Peaks The Return en Blu-ray & DVD

CARACTÉRISTIQUES DU COFFRET Blu-ray :

– 7 Blu-ray contenant les 18 épisodes de la saison, et plus de 6h30 de bonus dont 1h30 de bonus exclusifs Blu-ray

Image : 1.78:1 Widescreen ; Langues : Anglais 5.1 Dolby TrueHD / Français, Allemand, Italien, Japonais, Espagnol 5.1 Dolby Digital ; Sous-titres : Anglais pour sourds et malentendants, Français, Allemand, Italien, Japonais, Espagnol, Néerlandais, Norvégien, Suédois, Finnois, Danois ; Durée : 1035 min env.

Durée totale Bonus : 390 mn dont 90 mn de bonus exclusifs Blu-ray ; Langues : Anglais 2.0 Dolby Digital ; Sous-titres : Anglais pour sourds et malentendants, Français, Allemand, Italien, Japonais, Espagnol, Néerlandais, Norvégien, Suédois, Finnois, Danois

Bonus : Les 4 premiers épisodes à visionner séparément ou couplés, comme lors de la diffusion originale / 7 extraits promotionnels produits par David Lynch / Un documentaire sur le phénomène Twin Peaks / Twin Peaks au Comic-Con 2017

Bonus exclusifs Blu-ray™ : Le making-of des débuts du tournage – Un rêve très agréable : une semaine à Twin Peaks / 2 films tournés par Richard Beymer sur le plateau de tournage

Prix du coffret Blu-ray : 49,99 €

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CARACTÉRISTIQUES DU COFFRET DVD :twin-peaks-the-return-visuel-du-coffret-dvd-paramount-cbs-universal

– 9 DVD contenant les 18 épisodes de la série, et plus de 6h de bonus exclusifs

Image : 1.78:1 Widescreen ; Langues : Anglais, Français, Allemand, 5.1 Surround / Italien, Espagnol 2.0 Surround ; Sous-titres : Anglais pour sourds et malentendants, Français, Allemand, Italien, Espagnol, Néerlandais, Norvégien, Suédois, Finnois, Danois ; Durée : 992 min env.

Durée totale Bonus : 360 mn ; Langues : Anglais 2.0 Dolby Digital ; Sous-titres : Anglais pour sourds et malentendants, Français, Allemand, Italien, Espagnol, Néerlandais, Norvégien, Suédois, Finnois, Danois

Prix du coffret DVD : 39,99 €

Le cinéma indépendant mis à l’honneur à Buenos Aires

Pour la vingtième édition consécutive, le BAFICI – le festival international de cinéma indépendant de Buenos Aires – investit la capitale argentine pour dix jours d’effervescence cinéphile. Du 11 au 22 avril, Buenos Aires se transforme pour accueillir les multiples facettes du cinéma indépendant.

Sur la Plaza Francia, l’un des trente-six lieux du festival, le public s’installe dans l’herbe malgré les prévisions d’orage : c’est ici que s’inaugure le BAFICI, avec la projection – en première – de Las Vegas, le dernier film de Juan Villegas. Un peu plus tôt dans la journée, dans l’historique cinéma Gaumont de Buenos Aires, le réalisateur confiait : « Je suis heureux d’ouvrir le festival avec mon film mais c’est aussi une grande responsabilité. Pour moi, c’est une reconnaissance du lien que j’entretiens depuis le début avec le festival, comme spectateur et comme réalisateur. »

Car le BAFICI, c’est d’abord un rendez-vous des habitués du cinéma indépendant comme Juan Villegas, mais aussi Raúl Perrone, très attendu dans la compétition argentine avec Expiación, ou encore Mariano Llinás, qui présente son troisième film La Flor en compétition internationale, une œuvre fleuve de douze heures où quatre actrices jouent cinq histoires décousues.

Mais le festival a aussi su se distinguer en proposant chaque année des surprises et des invités réputés: l’une des catégories hors-compétition est consacrée à la filmographie de John Waters, de ses premiers films les plus trash comme Pink Flamingos (1972) aux plus populaires comme Hairspray (1988). Le maître de la provocation est présent à Buenos Aires où il rencontre le public lors des projections et d’une conférence.

Les Français ne sont pas en reste avec une rétrospective en onze films de Philippe Garrel, des Enfants désaccordés aux Amants Réguliers, qui a fait lui aussi le déplacement à Buenos Aires, et ceux d’Axelle Ropert, dont son dernier en date La Prunelle de mes yeux. La présence de nombreuses co-productions françaises font également preuve du dynamisme du cinéma français indépendant.

https://www.youtube.com/watch?v=yRGZ4STwaAs

Pour Javier Porta Fouz, directeur du festival pour la troisième année consécutive, « Waters, Garrel, Bremmer [Ewen Bremmer, acteur écossais connu pour son rôle dans Trainspotting, ndlr] sont des invités rêvés. Chacun fait un cinéma différent, mais ensemble ils représentent bien l’esprit du festival ». Il ajoute : « ll y a une centaine d’invités qui viennent présenter leurs films, créer un lien avec le public, et je crois que c’est un des attraits majeurs du BAFICI. »

Plus grand festival de cinéma indépendant d’Amérique latine, le BAFICI s’est installé à Buenos Aires pour la première fois en 1999 et s’y déroule chaque année depuis lors. « Ce n’est pas pour rien, explique Javier Porta Fouz. Depuis la première édition, il s’est marié avec la ville, les habitants de Buenos Aires ont vraiment accroché avec le festival. Je crois que cette ville est une des plus cinéphiles du continent, avec Montevideo et Lima. »

A côté des productions les plus under et expérimentales, de grands classiques sont diffusés, comme E.T. l’extraterrestre ou Le Bon, la Brute et le Truand, ce qui fait du BAFICI un évènement accessible aux cinéphiles comme aux non-initiés. Plus de 400 films sont projetés pendant les dix jours de festival, avec une vingtaine de salles fonctionnant en même temps dans toute la capitale argentine, auxquelles s’ajoutent des projections gratuites en plein air. Pendant ce mois d’avril, Buenos Aires fait sans aucun doute son cinéma.

Auteur Léa Robbe-Dénoyés

American Crime Story saison 2 : Autopsie d’un tueur en série

Après avoir retracé l’un des procès les plus médiatisés de l’histoire judiciaire américaine dans sa première saison, la nouvelle anthologie concoctée par Ryan Murphy revient sur un autre fait divers qui aura secoué les années 90, l’assassinat du créateur de mode Gianni Versace dans American Crime Story : The Assassination of Gianni Versace.

Couleur flashy, décor baroque, les premières images dévoilées pour cette deuxième saison laissaient entrevoir une plongée fracassante dans l’univers chic et choc du couturier Gianni Versace. La promo mise d’ailleurs tout sur son trio de stars hispaniques (jouant tous les trois des personnages italiens) Edgar Ramirez, Ricky Martin et Penelope Cruz. Le premier épisode de la saison va clairement dans ce sens, nous en mettant plein les yeux, nous transportant directement sous le soleil du Miami de la fin des années 90s, et son style pétaradant. Le tout allié à une mise en scène au cordeau, avec plan et travelling dont Murphy a le secret. On se dit très vite que le showrunner se trouve comme un poisson dans l’eau dans cet univers, et qu’il pourra exploiter pleinement son goût pour une certaine grandiloquence. Sauf qu’on ne pouvait mieux se tromper, car si le premier épisode fait illusion, le reste de la saison va prendre une direction bien différente.

American Crime Story : The Assassination of Gianni Versace va prendre une tournure qu’on pourrait qualifier d’intimiste. Malgré ce que peut nous dire le titre, la vrai star du show ne sera pas le styliste italien, mais son assassin, le jeune Andrew Cunanan. Bien que le tragique fait divers soit le point de départ de la série, nous montrant l’assassinat dès le premier épisode, ce n’est pas toute l’enquête qui va suivre et la chasse à l’homme engagée dans les quelques jours suivants qui va intéresser Tom Rob Smith, principal scénariste de la saison. Cette saison 2 va nous raconter la genèse d’un serial killer. Au travers des 9 épisodes, on va donc nous raconter de manière antéchronologique la terrible odyssée sanguinaire au travers des États-Unis de Cunanan qui a abouti à la mort de 5 hommes.  Exit donc le Penelope Cruz show (et son horrible accent) en Donatella Versace, mais place à la révélation Darren Criss, faisant le grand écart avec une autre prod de Murphy, Glee.

Au cours des 7 épisodes compris entre le pilot et le final, les showrunners vont dresser le portrait d’un véritable american psycho. Andrew Cunanan est montré comme un homme intelligent, déterminé, et disposant à la fois d’une certaine sensibilité qui ne transparaît pas forcément au premier abord. Un personnage complexe dont la destinée funèbre dévoile ses origines au fur et à mesure des épisodes. Une rencontre avec Gianni Versace à San Fransisco qui joue un rôle cathartique, une histoire d’amour qui finit mal avec un jeune architecte, une amitié sabordée avec un ex-militaire, la moindre rencontre semble avoir impacté le destin macabre de Cunanan. L’angle d’attaque adopté par les scénaristes est l’homosexualité de Cunanan et la vision de l’homosexualité dans les années 90. Une homosexualité qui reste encore cachée, que cela concerne le personnage de Finn Wittrock et sa mésaventure au sein de l’armée, ou encore celui campé par Ricky Martin, petit ami de Gianni Versace, véritable homme de l’ombre qui se retrouve complètement dépossédé après la disparition du seul être lui accordant sa lumière. Une sexualité qui est pour la plupart d’entre eux lourde à porter, Jeff évidemment, mais aussi David dans le cercle familial. Seul Andrew semble être à l’aise avec sa sexualité, en profitant pour se placer dans l’ombre du self-made man qu’était son père, s’accoquinant avec le vieil homme à la renommé saisissante et avec Gianni Versace comme trophée ultime. Andrew veut être vu, et va agir comme une véritable faucheuse de ces âmes cachées, révélant ainsi leur homosexualité au grand jour dans une mise en scène mortifère (le cas Miglin). Quête de célébrité par tous les moyens, méprisant l’ordinaire, l’unique façon pour Cunanan d’y accéder sera dans la destruction. Quoi de mieux comme apogée que la destruction d’un créateur.

American-Crime-Story-Saison-2-edgar-ramirez-ricky-martinForcément, le thème de la création est présent à chaque instant. Celui renvoyant au milieu de la mode évidemment avec des moments mis en parallèles avec des changements cruciaux dans la maison Versace, comme cette émancipation de Donatella. Mais là où la création se fait plus forte, c’est dans l’image que cherche à renvoyer Cunanan. À base de mensonges, Cunanan se tisse une vie de goldenboy, embobinant n’importe quel jeune homme. Et forcément, toutes ces supercheries prennent leur source dans le créateur originel d’Andrew Cunanan, Modesto Cunanan, immigré philippin et escroc notoire, dont Andrew était la prunelle des yeux, l’enfant-roi, le digne successeur de son empire factice. Comme l’indique le titre de l’épisode 8, « Creator/Destroyer », la figure paternelle est à la fois celle qui aura façonné la personnalité d’Andrew, mais qui aura également signé sa perte, comme une épée de Damoclès qui n’attendra malheureusement pas longtemps pour tomber. La tragédie familiale qui intéresse Ryan Murphy et ses acolytes n’est pas celle de la dynastie Versace, cueillie un matin de juillet 1997, mais celle des Cunanan. La fresque baroque et clinquante s’avère être au final une descente aux enfers intimiste dont les pages ont été écrites très en avance. Une histoire dont la puissance est renforcé par le talent de Darren Criss absolument subjuguant dans son rôle de Cunanan. Que cela soit en slip dansant sur Easy Lover (après Bateman qui baisait sur Susudio, Phil Collins serait-il le chanteur préféré des american psycho ?) ou en amoureux éconduit, Darren Criss glace aussi bien qu’il émeut, une véritable fascination s’opère autour de lui. Criss aura avec ce rôle accompli ce que son alter ego a toujours recherché, une reconnaissance.

American Crime Story  Saison 2 – Bande Annonce

American Crime Story Saison 2 – Fiche Technique

Créateurs : Scott Alexander et Larry Karaszewski
Réalisation : Ryan Murphy, Gwyneth Horder-Payton, Dan Minahan
Scénario : Tom Rob Smith, Maggie Cohn
Interprètes : Darren Criss, Edgar Ramirer, Penelope Cruz, Ricky Martin, Finn Wittrock, Joanna P.Adler, Cody Fern
Musique : Mac Quayle
Photographie : Simon Dennis
Montage : Chi Yoon Chung
Production : Ryan Murphy, Brad Falchuk, Nina Jacobson
Diffuseur : FX
Date de diffusion  : 17 janvier 2018
Genre : policier, drame
Nombre d’épisodes : 2X09
Durée d’un épisode : environ 50 minutes

États-Unis – 2016

 

James Cameron aurait pu transformer la franchise Jurassic Park en Aliens ou Carnosaur

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Le réalisateur James Cameron a avoué qu’il aurait pu réaliser le tout premier volet de la franchise Jurassic Park ! Le film culte de Steven Spielberg aurait pu être beaucoup plus sombre sous la houlette du réalisateur d’Aliens et de Terminator II : Le Jugement dernier.

Selon des informations de Première, James Cameron a fait une confidence qui va surprendre bon nombre de fans de la filmographie de Steven Spielberg. Le cinéaste américain a révélé au micro du Huffington Post qu’il a failli adapter le roman de Michael Crichton sur grand écran. A quelques heures d’intervalle, Steven Spielberg aurait pu perdre les droits d’adaptation au profit de James Cameron. Le réalisateur d’Avatar a évoqué cette anecdote sensationnelle lors de l’inauguration du Titanic Museum de Belfast. James Cameron a d’ailleurs fait don de plusieurs objets du film Titanic pour ce musée.

J’ai essayé d’acheter les droits du livre et il (Steven Spielberg) m’a battu de quelques heures. Mais quand j’ai vu le film, je me suis rendu compte que je n’étais pas la bonne personne pour ce projet, Steven Spielberg l’était. Parce qu’il a fait un film de dinosaures pour enfants, et le mien aurait été Aliens avec des dinosaures, et ça n’aurait pas été juste. Les dinosaures sont pour les enfants de huit ans. On peut tous y prendre du plaisir, mais les enfants comprennent les dinosaures et ils ne devraient pas en être exclus. Sa sensibilité était la bonne pour ce film. Je serais allé plus loin, vers quelque chose d’horrible, bien plus horrible.

Jurassic Park aurait donc pu être un film beaucoup plus sombre et destiné à un public adulte dans les mains de James Cameron. Les amateurs de cinéma bis auraient ainsi pu apprécier la version de Cameron assez proche de la franchise ubuesque Carnosaur (des films réalisés par Adam Simon – Darren Moloney, Louis Morneau, Jonathan Winfrey, Jim Wynorski et John Carl Buechler). Les cinéphiles les plus geeks auraient également pu avoir une adaptation officieuse du jeu vidéo de Capcom, Dino Crisis, avec la participation de Cameron sur le tournage de Jurassic Park.

Le dernier film de Steven Spielberg, Ready Player One, a déjà réalisé plus d’un million d’entrées en France et a amassé près de 100 millions de dollars de recettes en deux week-ends d’exploitation. Le prochain volet de la franchise, Jurassic Park : Fallen Kingdom, est attendu le 6 juin 2018 dans les salles obscures françaises.

Jurassic World : Fallen Kingdom : Bande-Annonce (VO) :

Festival de Cannes 2018 : Les sélections officielles des courts métrages et de la Cinéfondation dévoilées

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En avant-première de l’annonce de la Sélection officielle du 71e Festival de Cannes ce jeudi 12 avril, les courts métrages en Compétition et la sélection de la Cinéfondation 2018 viennent d’être dévoilés ce mercredi.

Le Jury de la Cinéfondation et des courts métrages, présidé par Bertrand Bonello, va récompenser les meilleurs films de la Compétition des courts métrages et ceux de la Sélection Cinéfondation.

Pour cette 71ème édition du Festival de Cannes, le comité de sélection a reçu 3 943 courts métrages ! La compétition des courts métrages 2018 est composée de huit films (sept de fictions et un d’animation). L’Australie, la Chine, la France, les États-Unis, l’Iran, le Japon, les Philippines et la Pologne sont représentées. Ces films au format court sont en lice pour la Palme d’or du court métrage 2018. Le prestigieux trophée sera décerné par Bertrand Bonello, Président du Jury, lors de la Cérémonie du Palmarès du 71e Festival de Cannes, le 19 mai 2018. Le court métrage français sélectionné est Gabriel de Oren Gerner.

La Sélection Cinéfondation a choisi cette année 17 films (14 fictions et 3 d’animation) parmi les 2 426 présentés par des écoles de cinéma du monde entier. Sur les 22 réalisateurs de cette édition, douze sont des femmes. Le jury remettra les trois Prix de la Cinéfondation lors d’une cérémonie précédant la projection des films primés le jeudi 17 mai, salle Buñuel, à Cannes.

Le Festival de Cannes va faire rêver les cinéphiles du monde entier lors de sa 71e édition entre le 8 et le 19 mai prochain. La sélection officielle sera dévoilée le jeudi 12 avril 2018, à 11h.

La sélection officielle Cannes Court Métrage :

– Oren Gerner – Gabriel – France

– Raymund Ribay Gutierrez – Judgement – Philippines

– Celine Held, Logan George – Caroline – États-Unis

– Saeed Jafarian – Tariki (Ombre) – Iran

– Marta Pajek – III (film d’animation) – Pologne –

– Masahiko Sato, Genki Kawamura, Yutaro Seki, Masayuki Toyota, Kentaro Hirase – Duality – Japon –

– Wei Shujun – On The Border – Chine –

– Charles William – Toutes Ces Créatures – Australie –

La sélection Cinéfondation 2018 :

– Ori Aharon – Dolfin Megumi – Steve Tisch School Of Film & Television, Tel Aviv University – Israël

– Zhannat Alshanova – End Of Season – The London Film School – Royaume-Uni

– Louise Aubertin, Éloïse Girard, Marine Meneyrol, Jonas Ritter, Loucas Rongeart, Amandine Thomoux – Sailor’s Delight – Esma – France

– Lucia Bulgheroni – Inanimate – Nfts – Royaume-Uni

– Diego Céspedes – El Verano Del León Eléctrico – Universidad De Chile – ICEI – Chili

– Jamie Dack – Palm Trees And Power Lines – NYU Tisch School Of The Arts – États-Unis

– Di Shen – Dong Wu Xiong Meng – Shanghai Theater Academy – Chine

– Laura Garcia – Fragment De Drame – La Fémis – France

– Constanza Gatti – Cinco Minutos Afuera – Universidad Del Cine (FUC) – Argentine

– Ariel Gutiérrez – Los Tiempos De Héctor – CCC Mexique

– Eryk Lenartowicz – DOTS – AFTRS – Australie

– Marta Magnuska – INNY – Pwsftvit -Pologne

– Georgiana Moldoveanu – Albastru Si Rosu, In Proportii Egale – UNATC I.L. CARAGIALE – Roumanie

– Pier Lorenzo Pisano – Così In Terra – Centro Sperimentale Di Cinematografia – Italie

– Igor Poplauhin – Kalendar – Moscow School Of New Cinema – Russie

– Arian Vazirdaftari – Mesle Bache Adam – Tehran University Of Dramatic Arts – Iran

– Andrew Zox – I Am My Own Mother – San Francisco State University – États-Unis

L’Île aux chiens de Wes Anderson, un film qui ne manque pas de mordant

Retournant à l’animation en stop motion presque 10 ans après son Fantastic Mr. Fox, Wes Anderson renoue avec la fable sociale qui situe les animaux en protagonistes à la place des humains. S’adressant avant tout à un jeune public, L’Île aux chiens reste une œuvre spécifique à son cinéma où le réalisateur fait de nouveau exploser la succulente folie de son  univers.

Synopsis : En raison d’une épidémie de grippe canine, le maire de Megasaki ordonne la mise en quarantaine de tous les chiens de la ville, envoyés sur une île qui devient alors l’Île aux chiens. Le jeune Atari, 12 ans, vole un avion et se rend sur l’île pour rechercher son fidèle compagnon, Spots. Aidé par une bande de cinq chiens intrépides et attachants, il découvre une conspiration qui menace la ville.

Avec L’Île aux chiens, Wes Anderson reste fidèle à son univers fantasque et à lui-même. Inutile de s’attendre à un changement majeur dans le cinéma du monsieur car cela n’arrivera pas. Ce qui n’est pas dérangeant tant le cinéaste a su avec les années gagner une précision et une maestria visuelle hors du commun. Aujourd’hui, il n’y a tout simplement pas d’autres réalisateurs qui font du cinéma comme lui. Une maîtrise qu’il avait pleinement assise avec son dernier film en date, The Grand Budapest Hotel en 2014. Son amour du cinéma artisanal explosait alors complètement dans un mélange habile de décors réels, maquettes ou encore peintures sur glace. Il s’amusait aussi à jouer avec les formats de l’image pour perturber son cadre et parler du pouvoir de transmission et d’héritage à travers les époques que ce soit par le récit ou l’évolution même des procédés cinématographiques.

l-ile-aux-chiens-bryan-cranstonPour L’Île aux chiens, Anderson va aussi s’amuser à restreindre son cadre, non pas pour marquer une époque mais pour marquer un contexte. Œuvre bien plus politique, sans pour autant que cet aspect soit central, dans laquelle le cinéaste expose un futur peu reluisant encore régi par des gouvernements arbitraires et l’exclusion. Ici ce sont les chiens les victimes de la stupidité humaine, prête à tout pour s’aliéner les autres, et Anderson trouve la brillante idée de créer un décalage de langage entre les canidés et les humains. Se déroulant au Japon, les humains parleront la langue locale tandis que les chiens communiqueront en anglais (ou français selon la version que vous verrez). En imposant cette impossibilité de communiquer par les mots, Anderson dresse un portrait sur la différence ou plutôt ce qui rapproche les êtres vivants. Sans jamais tomber dans un discours niais sur l’entraide et l’amour, le film véhicule une certaine naïveté enfantine à travers la vision candide des chiens ou l’optimiste insondable et révolutionnaire des enfants. Ce qui encadre une histoire touchante et surprenante dans sa capacité de traiter des thématiques adultes sans pour autant les imposer à ses spectateurs. On pourra déplorer une structure un brin trop chapitrée du récit, une marque de fabrique un peu redondante chez Anderson, ou encore quelques clichés parfois de mauvais goûts principalement quand cela touche la culture japonaise.

l-ile-aux-chiens-Edward-NortonMais le tout bénéficie d’un humour truculent et d’une intelligence remarquable dans l’exécution du récit, que ce soit dans les dialogues finement écrits ou le sens du cadrage. Wes Anderson signe une mise en scène savoureuse, toujours dans le mouvement, qu’ils soient latéraux, verticaux ou à base de zooms et de dézooms, pour jouer sur les entrées et les sorties de champs qui amorcent souvent des gags visuelles resplendissants. Ici, le cinéaste apporte même un soin particulier aux diverses échelles de plan pour donner à l’ensemble un côté encore plus vif et imprévisible. Toujours soutenu par un montage qui tourne à plein régime, parfois peut-être même un peu trop surtout dans l’accumulation un peu excessive des flashbacks et des divers points de vues des personnages, et la brillante musique d’Alexandre Desplat. Le compositeur est capable du meilleur comme du pire, mais lorsqu’il travaille avec Anderson il est toujours à son top. Utilisant des sonorités japonaises, il compose un score percutant et intense qui s’impose comme un de ses plus beaux travaux. Ajoutez à ça un casting vocal prestigieux et irréprochable tel que Bryan Cranston, Edward Norton, Bill Murray, Scarlett Johansson ou encore Jeff Goldblum et vous obtenez un tout impeccable.

L’ïle aux chiens est une fable politico-sociale à la fois drôle et sensible et qui s’impose aussi comme une formidable lettre d’amour pour les canidés. Le film de Wes Anderson toussote un peu sur son montage par moments trop excessif et didactique, sur son rythme ou quelques petits clichés un peu trop appuyés mais il propose une aventure hors norme et inventive. Adapté pour tout la famille, il devrait satisfaire les plus jeunes comme les plus grands car la magie du cinéma d’Anderson réside dans le fait de savoir communiquer avec tous, malgré sa forme si spécifique. C’est un univers rêveur et fantasque qu’on aime découvrir encore et encore, car même si Wes Anderson ne change pas sa formule en profondeur, elle reste suffisamment unique et fougueuse pour nous emporter loin et ne plus nous faire redescendre.

L’Île aux chiens : Bande annonce

L’Île aux chiens : Fiche technique

Titre original : Isle of Dogs
Réalisation et scénario : Wes Anderson
Casting : Bryan Cranston, Edward Norton, Bill Murray, Jeff Goldblum, Greta Gerwig, Scarlett Johansson, Tilda Swinton, Liev Schreiber,…
Décors : Paul Harrod et Adam Stockhausen
Direction artistique : Curt Enderle
Photographie : Tristan Oliver
Montage : Ralph Foster et Edward Bursch
Musique : Alexandre Desplat
Producteurs : Wes Anderson, Jeremy Dawson, Steven M. Rales et Scott Rudin
Production : American Empirical Pictures, Indian Paintbrush et Scott Rudin Productions
Distribution :  20th Century Fox
Durée : 101 minutes
Genre : animation
Dates de sortie : 11 avril 2018

Etats-Unis – 2018

Pierrot le Fou en tête d’affiche du festival de Cannes 2018

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A moins d’un mois de l’ouverture de la 71ème édition du festival de Cannes, les événements s’accélèrent. La veille de l’annonce des films présentés en Sélection Officielle, c’est l’affiche qui vient d’être dévoilée.

Alors que Jean-Paul Belmondo vient de célébrer son 85ème anniversaire, le Festival de Cannes a manifestement décidé de lui rendre hommage en choisissant, pour l’affiche de la 71ème édition, un photo extraite de Pierrot le Fou, un des rôles les plus connus de l’acteur. Sur cette affiche, on voit donc Belmondo embrasser Anna Karina, chacun étant dans sa propre voiture. C’est la seconde fois en deux ans que le Festival s’approprie une image extraite d’une œuvre du cinéaste suisse Jean-Luc Godard ; en effet, l’affiche de la 69ème édition, en 2016, renvoyait à la villa du Mépris.

Mais si l’image renvoie à Godard, le commentaire donné par le Festival fait plutôt référence à un autre film. « …c’est une femme et un homme qui s’embrassent ». Faut-il y voir un clin d’œil à une célèbre Palme d’or française ?

L’image nous vient du photographe de plateau George Pierre, décédé il y a quinze ans maintenant, qui avait travaillé sur les tournages de films de Sautet, Rivette ou Wajda, entre autres. La maquette est signée par la graphiste Flore Maquin.

Et le festival restera dans l’actualité puisque c’est demain, le 12 avril, que nous connaîtrons la liste des films présentés en Sélection Officielle. Nous savons déjà que le jury sera présidé par Cate Blanchett et que le film d’ouverture sera Everybody Knows, du cinéaste iranien Asghar Farhadi. De plus, le très attendu film sur Han Solo sera projeté avant-première. Quant à Benicio del Toro, il présidera le jury de la compétition Un Certain Regard.

Cette 71ème édition du festival de Cannes se tiendra du 8 au 19 mai.

Mark Dixon, Détective d’Otto Preminger enquête en coffret Blu-ray, DVD et livret

Le 4 avril dernier est sorti en coffret Blu-ray + DVD + livret Marx Dixon, Détective (When the sidewalk ends). Édité par Wild Side, le film noir de Otto Preminger suit le parcours obscur de l’enquêteur homonyme aux méthodes efficaces mais brutales. Alors qu’il décide de se reprendre, l’interrogatoire d’un suspect tourne à la mort accidentelle de ce dernier. Les supérieurs de Dixon croiront-ils à cette mésaventure ? Dixon décide de maquiller le décès, mais sera-t-il prêt à tout pour s’en sortir ?

Synopsis : Mark Dixon est un policier new-yorkais doué, déterminé et… brutal. Ses méthodes lui valent régulièrement les foudres de sa hiérarchie. Peu lui importe, il en a fait une affaire personnelle : quitte à flirter avec l’illégalité, il livre une guerre sans merci contre la pègre et le gangster Tommy Scalise qu’il soupçonne d’être lié au meurtre d’un riche Texan. L’enquête le conduite jusqu’à un homme de main, Ken Paine, mais l’interrogatoire tourne court… En effet, ce dernier agresse violemment Dixon qui réussit à le repousser. Paine, blessé de guerre, chute tête la première et décède. Que va alors faire le détective : cacher l’accident, le lier à Scalise, ou avouer les faits ? Mais ses supérieurs croiraient-ils à la légitime défense et au décès accidentel ?

« Le fils Dixon »

Le film démarre le long d’un trottoir sur lequel sont écrits à la craie les grands titres du générique. Aucune musique accompagne le générique et « l’entrée » dans le quotidien nocturne des policiers. Tous les sons sont diégétiques – c’est-à-dire qu’ils appartiennent à l’univers représenté dans le film. C’est alors qu’arrive le drame. L’accident qui va être l’objet de l’intrigue du film. Dixon, ce policier efficace mais brutal, doit se défendre contre Ken Paine, un ex-soldat alcoolisé et dangereux. Ce dernier est d’ailleurs le suspect numéro un d’un homicide venant d’avoir lieu lors d’une partie de dés illégale. Le détective réussit à le repousser. Le suspect chute. Mais ce que l’enquêteur ne savait pas, c’est que le vétéran avait une broche au crâne. Ainsi l’ex-soldat meurt à la réception de sa chute pourtant loin d’être violente. Dixon lui demande se relever, puis sent l’effroi lui saisir lentement le coeur. Il prend le pouls de l’homme à terre. Il est mort. Dixon se relève, terrifié ; la musique extra-diégétique s’emballe. Le film noir est bien lancé, là, au moment où les sentiments des hommes s’emmêlent dans les ténèbres de l’action. Que doit faire Dixon ? Ses chefs le croiront-ils ?

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Mark Dixon (Dana Andrews) laissera-t-il des innocents porter le chapeau ? Des innocents tels que la douce et sublime Morgan Taylor (Gene Tierney) ?

Le détective est terrifié par les conséquences mais aussi par autre chose. « Le fils Dixon », c’est ainsi que l’appelaient les autres enfants du quartier, puis ses premiers collègues policiers. Et il se pose la douloureuse question : et s’il était un criminel comme son père l’avait été jadis ? S’ensuit un périple obscur pendant lequel le coeur de l’enquêteur va balancer entre la culpabilité insupportable mais occultée, et la volonté de ne pas devenir un truand. Un innocent est arrêté, il devient le coupable idéal pour les collègues de Dixon. L’innocent n’est autre que le père de Morgan Taylor, la femme de Paine. Cette dernière est séparée de son mari qui était un être torturé, explique-t-elle. L’amour naissant entre Mark et Morgan va lui inspirer un acte héroïque qui n’est pas celui auquel on s’attend. Cette action a lieu alors que Dixon récolte gloire et réputation dans une séquence lumineuse, et non une scène gouvernée par les ombres. En effet, ce dernier, en tant que héros, va décliner toute cette gloire liée à des actions résultant de la fameuse mort accidentelle. Car tout héros est au service de la vérité et du bien commun, et non de soi. Dixon, celui qui voulait être meilleur, va alors perdre beaucoup, mais il ne sera jamais plus « le fils Dixon ». Aussi, ce nouvel héros, une fois terminée la nouvelle épreuve qui l’attend, sait que l’amour et la paix seront prêts à l’enlacer. Ainsi Mark Dixon, Détective est bel et bien un film de Preminger, ce génie réalisateur qui captait le monde dans ses contradictions et nuances, et qui alors, permettait à ses personnages d’exister au-delà de l’absolutisme social qui tend à tous nous accabler.

Blu-ray noir

L’édition proposée par Wild Side est à nouveau soignée. Rien à redire concernant l’image et le son de la copie du film. Celle-ci, formidable, est accompagnée de deux bonus vidéo dont un qui fera battre le coeur des cinéphiles à la simple lecture de ces mots : Otto Preminger, cinéaste par Peter Bogdanovich. D’une trentaine de minutes, l’interview de l’un des plus érudits des cinéastes – aussi l’un des plus formidables passeurs de connaissance – constitue un parfait complément au film. Le deuxième bonus vidéo est un documentaire sur la sublime Gene Tierney, une star oubliée. Hélas, ce « portrait de la star d’Hollywood, héroïne des plus grands réalisateurs » n’était pas présent sur le disque test envoyé par Wild Side. Enfin, comme à son habitude, Wild Side complète les bonus de l’édition avec un livret exclusif de soixante pages écrit par Frédéric Albert Lévy et illustré des sempiternelles « photos d’archives rares ». Enfin, si l’entrevue de Peter Bogdanovich réfléchit l’ensemble de la carrière de Preminger, le livret de FAL, concentré sur Mark Dixon, Détective, fera écho avec l’interview, tissant alors un dialogue transmédiatique créant de façon synergique une réflexion cohérente et pertinente sur le film et son réalisateur Otto Preminger.

Extrait – Mark Dixon, Détective

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DVD

Master restauré – Noir & Blanc – Format image : 1.33, 16/9ème compatible 4/3 – Format son : Anglais Dolby Digital Mono 1.0 – Sous-titres : Français – Durée : 1h32

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES Blu-ray

Master restauré – Noir & Blanc – Format image : 1.33 – Résolution film : 1080 24p – Format son : Anglais DTS Master Audio Mono 1.0 – Sous-titres : Français – Durée : 1h34

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COMPLEMENTS

– Otto Preminger, cinéaste par Peter Bogdanovich (30′)

– Gene Tierney, une star oubliée : portrait de la star d’Hollywood, héroïne des plus grands réalisateurs (52′)

+ Livret exclusif de 60 pages, écrit Frédéric Albert Lévy dit FAL – journaliste cinéma et co-fondateur de la revue Starfix –, illustré de photos d’archives rares

Prix public indicatif : 24,99 Euros le Coffret Blu-ray+DVD+Livret

Don’t worry, he won’t get far on foot : l’insoutenable légèreté de l’être

Dans cette adaptation de Don’t Worry he Won’t get Far on Foot, l’autobiographie du cartooniste américain John Callahan, Gus van Sant tente de réinventer les codes du biopic au fil d’un récit éclaté, à l’image de son personnage.

Célèbre pour son irrévérence et son ironie mordante (comme en témoigne le titre grinçant de son autobiographie), John Callahan a clairement eu une vie qui vaut la peine d’être racontée. Tétraplégique à l’âge de 21 ans suite à un accident de voiture, orphelin, misanthrope et alcoolique invétéré pendant de nombreuses années, il a par la suite réussi à devenir un dessinateur internationalement reconnu, malgré les graves séquelles laissées par son accident.

Contrairement aux biopics traditionnels, soutenus par une chronologie linéaire cherchant à montrer l’évolution progressive de leur personnage, le récit de Gus van Sant ne cesse d’osciller entre diverses temporalités, et plonge son spectateur au cœur d’un univers décousu, toujours incertain, à l’image de son protagoniste, qui ne parvient à trouver un équilibre et un sens à son existence qu’au bout d’un long cheminement personnel.
La mise en scène elle-même accompagne brillamment, dans la première partie du film, le parcours chaotique de Callahan. Tandis que les scènes se déroulant avant son accident sont portées par un mouvement perpétuel quasi jouissif, exprimé par une caméra toujours mobile et un montage extrêmement rythmé, sa paralysie et toute l’horreur qu’elle représente sont, elles, douloureusement exprimées par une caméra résolument fixe. Le spectateur est alors prisonnier du cadre comme Callahan l’est de son propre corps.

Malheureusement, si ces éléments témoignent d’un véritable travail cinématographique de la part de Gus van Sant, et d’un engagement sincère envers son personnage, le film se perd peu à peu, malgré un début prometteur, dans un récit inconsistant et finalement superficiel, victime de ses ambitions. Entre la lutte de Callahan contre son alcoolisme, l’acceptation difficile de son handicap, la recherche de sa mère, son histoire d’amour avec son infirmière, le film s’étiole peu à peu sans jamais approfondir aucune des pistes qu’il amorce. En témoigne notamment le moment où Callahan commence à pratiquer le dessin : il s’agit pour lui d’un épisode fondateur, il doit se battre contre son propre corps pour arriver à créer, et sa pratique devient une véritable forme de catharsis. Malheureusement, le film ne prend absolument pas le temps de montrer toute l’importance de cette étape significative et l’expédie en seulement quelques plans.

Ainsi, si le fait de mêler les époques et les situations aurait pu donner lieu à d’intéressants rapprochements, susceptibles d’éclairer significativement le cheminement de son protagoniste, le film se présente au contraire comme un assemblage plus ou moins cohérent d’événements et de personnages qui, pour la plupart, ne servent que de faire-valoir. L’évolution de Callahan, loin d’être nuancée, se fait ainsi par à-coups, au fil de situations dramatiques artificielles et forcées.
Si Don’t Worry, he Won’t get Far on Foot était plein de belles promesses, il n’en tient malheureusement que très peu, et s’enfonce progressivement dans un récit complaisant et des réflexions convenues, loin de l’audace et de l’impertinence qui ont rendu célèbre John Callahan.

Don’t worry, he won’t get far on foot : Bande-annonce

Don’t worry, he won’t get far on foot : Fiche technique

Réalisateur : Gus Van Sant
Scénario : Gus Van Sant, d’après l’autobiographie Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot de John Callahan
Interprètes : Joaquin Phoenix, Jack Black, Jonah Hill, Rooney Mara, Tony Greenhand, Beth Ditto, Mark Webber, Ronnie Adrian, Kim Gordon, Udo Kier, Carrie Brownstein…
Photographie : Christopher Blauvelt
Montage : Gus van Sant
Bande originale : Danny Elfman
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Genres : Biopic, Drame
Date de sortie : 4 avril 2018 (1h 53min)
Festival : Berlinale 2018
Festival de Sundance

États-Unis 2018

Auteur : Clara Paumé

 

Concours Nobody’s Watching : Gagnez des places de cinéma du film

Concours Nobody’s Watching : Gagnez des places du long métrage de la réalisatrice Julia Solomonoff en salles le 25 avril 2018, le film aborde les questions d’immigration de front et de l’identité.

SYNOPSIS, INFOS, BANDE-ANNONCE

Nico est un comédien argentin tout juste installé à New York. Dans l’attente de trouver un rôle, il enchaîne les petits boulots pour s’en sortir… Sa vie affective et sociale s’en trouve bouleversée. Quand un ancien amant lui rend visite, tout vacille, l’obligeant à se confronter aux raisons de son exil.

Titre original : Nadie Nos Mira
Réalisateur : Julia Solomonoff
Scénariste : Julia Solomonoff et Christina Lazaridi
Interprètes : Guillermo Pfening, Elena Roger, Rafael Ferro, Marco Antonio Caponi, Pascal Yen-Pfister, Paola Baldion, Katty Velasquez …
Directeur de la photographie : Lucio Bonelli
Monteur : Andrés Tambornino, Karen Sztanjberg et Pablo Barbieri Carrera
Décoratrice : Maite Perez-Nievas et Mariela Rípodas
Ingénieur du son : Lena Esquenazi
Compositeur : Sacha Amback et Pablo Mondragon
Genre : Drame
Distributeur France (Sortie en salle) : Epicentre Films
Date de sortie : 25 avril 2018
Durée : 1h 41min
Nationalités argentin, colombien, brésilien, américain, français

MODALITÉS DU JEU CONCOURS

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