La saga marseillaise Taxi, scénarisée et produite par Luc Besson revient pour un cinquième opus avec cette fois-ci un nouveau duo formé par Franck Gastambide et Malik Benthala.
Synopsis : Sylvain Marot, flic parisien se prenant pour Schumacher au volant, est muté à la Police Municipale de Marseille contre son gré. L’ex-commissaire Gibert, devenu Maire de la ville, lui confie la mission d’arrêter le « Gang des Italiens ». Pour y arriver, Marot collabore avec Eddy Maklouf, minable chauffeur de VTC de Marseille : il est le petit-neveu de Daniel Morales, le grand conducteur du taxi…
Si elle n’a jamais bien roulé, pardon, volé bien haut et avait parfois un humour douteux, la saga marseillaise Taxi était au début plutôt sympathique, utilisant souvent un humour « bon enfant » (surtout les deux premiers volets). De plus, le premier film est sorti en 1998, année de la victoire de la France à la Coupe de monde de football : la réussite des beurs était alors célébrée. Samy Naceri, ou plutôt son personnage Daniel, était un peu le Zizou version chauffeur de taxi. Daniel, justement, était un personnage très attachant et formait un très chouette tandem avec Frédéric Diefenthal, alias Emilien, le brave flic un peu stupide sur les bords. Plus de dix ans se sont écoulés entre Taxi 4 (descendu par la critique à l’époque – et effectivement pas terrible du tout) et ce nouvel opus. Vouloir dynamiser cette saga en proposant un nouveau duo est autant risqué que compréhensible.
Franck Gastambide et Malik Bentalha se sont investis dans le projet pourtant clairement commercial. Gastambide passe derrière la caméra tout comme il se charge du scénario avec Bentalha mais aussi avec Luc Besson, déjà scénariste et producteur des quatre premiers films de la saga. Luc Besson (Valérian et la Cité des mille planètes) au scénario n’était alors pas le seul moyen pour rassurer éventuellement les fans de la première heure. Par exemple, le commissaire Gibert, désormais devenu Maire de la ville, fait également partie de la distribution. Enfin, pour tenter de réunir les premiers spectateurs de la saga et les jeunes d’aujourd’hui, le scénario noue le lien avec les précédents volets. Ainsi, le personnage de Malik Bentalha est le petit-neveu de Daniel, loué à plusieurs reprises au cours du film pour ses différents exploits avec son taxi. La question de l’héritage était un point a priori intéressant sur le papier. Hélas, elle ne l’est pas à l’écran. Et ce n’est pas le seul défaut de cette comédie qui accumule les moments de malaise.
Taxi 5 est alors un mélange improbable et indigeste entre Raid Dingue (reprendre François Levantal dans le rôle d’un chef de la police n’aide pas à changer cette impression), Hot Fuzz (le super flic de la capitale débarque dans un commissariat géré par des incapables), Bienvenue chez les Ch’tis (à l’envers), Les Kaïra (un machin vulgaire réalisé par, tiens, Franck Gastambide) et toutes les émissions réunies de Touche pas à mon poste. Ainsi, la moquerie contre les nains, la grossophobie particulièrement permanente et la scatophilie (et encore, on n’a pas eu de blagues autour du pet) seraient les armes humoristiques de cette « comédie » destinée en partie à la nouvelle génération. Les seules scènes à peu près drôles ne sont pas liées à ces ingrédients et c’est bien dommage. On ne dit pas qu’il n’y avait des choses douteuses dans les précédents volets – loin de là – mais à côté, les précédents volets de Taxi avaient l’air bienveillants.

Au-delà d’un humour crade et stupide, le scénario n’exploite jamais les différences ni le malaise entre Sylvain le parisien et ses collègues marseillais. On n’a jamais l’impression que ce Sylvain ne se sent pas bien à Marseille alors qu’il accepte la mission pour pouvoir mieux rentrer à Paris. A côté, Dany Boon et ses Ch’tis avait déjà mieux compris ce type d’enjeu similaire. Côté action, là encore, quelle déception : non seulement elles sont trop peu nombreuses mais en plus, les trop grandes références aux précédents volets font qu’elles ne parviennent pas à nous en mettre plein les mirettes. Le seul point qui serait à peu près positif concerne la valorisation de la ville même de Marseille, plus frappante que dans tous les autres épisodes de la saga. Cela dit, pour les connaisseurs, certains points du scénario concernant les différents déplacements au cœur de Marseille (notamment quand Eddy évoque les possibles raccourcis pour aller plus vite) ne sont pas toujours crédibles.
Enfin, le nouveau tandem est décevant puisqu’il est complètement déséquilibré : Gastambide (Pattaya) et Benthala ont beau être sympathiques, leur duo n’a pas de sens. Gastambide est le flic qui conduit comme un chef la célèbre bagnole, Benthala n’existe que pour faire des vannes stupides, ne servant pratiquement jamais à la résolution de l’intrigue ou autre. On préfère se concentrer, le temps de quelques petites minutes qui nous semblent trop précieuses, sur quelques seconds rôles. Bernard Farcy est toujours hilarant dans le rôle de Gibert même s’il sert clairement de fan-service. Sabrina Ouazani est également convaincante même si son personnage méritait d’être plus exploité (peut-être que cela sera le cas dans un possible 6e opus).
Dix ans auparavant, Taxi 4 signait déjà la fin de la saga à bout de souffle. Avec ce 5e opus qui avait pour but de lui redonner un coup de boost, Franck Gastambide enterre définitivement le mythe et ne donne en aucun cas envie de nous intéresser à une possible suite.
Taxi 5 : bande-annonce
Taxi 5 : Fiche Technique
Réalisation : Franck Gastambide
Scénario : Franck Gastambide, Luc Besson, Stéphane Kazandjian, avec la participation de Malik Bentalha
Interprètes : Franck Gastambide, Malik Bentalha, Bernard Farcy, Sabrina Ouazani, Salvatore Espositio, Anouar Toubali, Edouard Montoute, Ramzy Bedia, Monsieur Poulpe, Sissi Duparc, Bengous, Soprano…
Producteur : Luc Besson
Société de production : EuropaCorp, ARP Sélection, TF1 Films Production
Distributeur : EuropaCorp Distribution / ARP Sélection
Durée : 102 minutes
Genre : comédie, action, policier
Date de sortie : 11 avril 2018
France – 2018
Passer des chroniques du quotidien à dominante d’enfants victimes, ou de sakura en pagaille, à un film policier et de procès pouvait relever de la gageure, voire de la démarche disruptive pour le cinéaste japonais Kore Eda Hirokazu. Il a déjà amorcé un virage avec des films comme son précédent,
Le film est aussi constitué des échanges plus ou moins furtifs entre un Shigemori culpabilisant face à sa fille qui peine à vivre pleinement son adolescence ; ou un brin agacé face à la figure imposante de son père, un grand juge jadis, celui-là même qui a refusé d’infliger la peine de mort à Misumi pour les crimes commis 30 ans plus tôt. Il fait également état de la relation chargée de non-dits et presque de rancœur entre Sakie (Suzu Hirose, une habituée de Kore-Eda), la jeune fille de la victime, et la mère de celle-ci, une femme présentée comme intrigante. Les fils de ce qui se révèle être une vraie enquête policière menée par Shigemori s’emmêlent, au fur et à mesure des révélations et contre-révélations des uns et des autres, des vérités des uns et des autres. Car la course contre la peine de mort et pour le rétablissement de la vérité sont les vrais enjeux de The Third Murder.
Le dernier opus de Kore-Eda fait un pas de côté par rapport à ses réalisations habituelles, en faisant la part belle à l’esthétique : le champ/contre-champ en gros plan, les têtes des deux protagonistes qui se fondent en une dans le parloir, comme si elles traversaient la fameuse vitre, comme s’ils étaient à la recherche de la même vérité ; de très jolies séquences oniriques qui en plus d’être belles, donnent aussi des pistes au spectateur. Tout est réuni pour faire de The Third Murder un très beau film qui rappelle, si besoin est, que le cinéma de Kore-Eda est protéïforme, et qu’il n’est pas uniquement ce cinéaste qui distille de très fortes charges émotionnelles par la mise en scène de souffrances et d’angoisses d’enfants (



American Crime Story : The Assassination of Gianni Versace va prendre une tournure qu’on pourrait qualifier d’intimiste. Malgré ce que peut nous dire le titre, la vrai star du show ne sera pas le styliste italien, mais son assassin, le jeune Andrew Cunanan. Bien que le tragique fait divers soit le point de départ de la série, nous montrant l’assassinat dès le premier épisode, ce n’est pas toute l’enquête qui va suivre et la chasse à l’homme engagée dans les quelques jours suivants qui va intéresser Tom Rob Smith, principal scénariste de la saison. Cette saison 2 va nous raconter la genèse d’un serial killer. Au travers des 9 épisodes, on va donc nous raconter de manière antéchronologique la terrible odyssée sanguinaire au travers des États-Unis de Cunanan qui a abouti à la mort de 5 hommes. Exit donc le Penelope Cruz show (et son horrible accent) en Donatella Versace, mais place à la révélation Darren Criss, faisant le grand écart avec une autre prod de Murphy, Glee.
Forcément, le thème de la création est présent à chaque instant. Celui renvoyant au milieu de la mode évidemment avec des moments mis en parallèles avec des changements cruciaux dans la maison Versace, comme cette émancipation de Donatella. Mais là où la création se fait plus forte, c’est dans l’image que cherche à renvoyer Cunanan. À base de mensonges, Cunanan se tisse une vie de goldenboy, embobinant n’importe quel jeune homme. Et forcément, toutes ces supercheries prennent leur source dans le créateur originel d’Andrew Cunanan, Modesto Cunanan, immigré philippin et escroc notoire, dont Andrew était la prunelle des yeux, l’enfant-roi, le digne successeur de son empire factice. Comme l’indique le titre de l’épisode 8, « Creator/Destroyer », la figure paternelle est à la fois celle qui aura façonné la personnalité d’Andrew, mais qui aura également signé sa perte, comme une épée de Damoclès qui n’attendra malheureusement pas longtemps pour tomber. La tragédie familiale qui intéresse Ryan Murphy et ses acolytes n’est pas celle de la dynastie Versace, cueillie un matin de juillet 1997, mais celle des Cunanan. La fresque baroque et clinquante s’avère être au final une descente aux enfers intimiste dont les pages ont été écrites très en avance. Une histoire dont la puissance est renforcé par le talent de Darren Criss absolument subjuguant dans son rôle de Cunanan. Que cela soit en slip dansant sur Easy Lover (après Bateman qui baisait sur Susudio, Phil Collins serait-il le chanteur préféré des american psycho ?) ou en amoureux éconduit, Darren Criss glace aussi bien qu’il émeut, une véritable fascination s’opère autour de lui. Criss aura avec ce rôle accompli ce que son alter ego a toujours recherché, une reconnaissance.
Pour L’Île aux chiens, Anderson va aussi s’amuser à restreindre son cadre, non pas pour marquer une époque mais pour marquer un contexte. Œuvre bien plus politique, sans pour autant que cet aspect soit central, dans laquelle le cinéaste expose un futur peu reluisant encore régi par des gouvernements arbitraires et l’exclusion. Ici ce sont les chiens les victimes de la stupidité humaine, prête à tout pour s’aliéner les autres, et Anderson trouve la brillante idée de créer un décalage de langage entre les canidés et les humains. Se déroulant au Japon, les humains parleront la langue locale tandis que les chiens communiqueront en anglais (ou français selon la version que vous verrez). En imposant cette impossibilité de communiquer par les mots, Anderson dresse un portrait sur la différence ou plutôt ce qui rapproche les êtres vivants. Sans jamais tomber dans un discours niais sur l’entraide et l’amour, le film véhicule une certaine naïveté enfantine à travers la vision candide des chiens ou l’optimiste insondable et révolutionnaire des enfants. Ce qui encadre une histoire touchante et surprenante dans sa capacité de traiter des thématiques adultes sans pour autant les imposer à ses spectateurs. On pourra déplorer une structure un brin trop chapitrée du récit, une marque de fabrique un peu redondante chez Anderson, ou encore quelques clichés parfois de mauvais goûts principalement quand cela touche la culture japonaise.
Mais le tout bénéficie d’un humour truculent et d’une intelligence remarquable dans l’exécution du récit, que ce soit dans les dialogues finement écrits ou le sens du cadrage. Wes Anderson signe une mise en scène savoureuse, toujours dans le mouvement, qu’ils soient latéraux, verticaux ou à base de zooms et de dézooms, pour jouer sur les entrées et les sorties de champs qui amorcent souvent des gags visuelles resplendissants. Ici, le cinéaste apporte même un soin particulier aux diverses échelles de plan pour donner à l’ensemble un côté encore plus vif et imprévisible. Toujours soutenu par un montage qui tourne à plein régime, parfois peut-être même un peu trop surtout dans l’accumulation un peu excessive des flashbacks et des divers points de vues des personnages, et la brillante musique d’

