Après l’échec critique et public du très sous-estimé Furie, Brian de Palma revient au thriller avec Pulsions, où il peut déployer ses talents en matière de suspense et dérouler les thématiques habituelles de son cinéma.
Tous ceux qui sont familiers de l’œuvre de Brian de Palma savent à quel point le cinéaste admire Alfred Hitchcock et truffe ses films de références au réalisateur britannique. Après avoir fait son Vertigo avec Obsession, de Palma s’inspire très fortement de Psychose pour signer Pulsions. Il joue d’ailleurs lui-même avec ces références, en ouvrant directement le film avec une scène de douche.
Cette scène permet d’entrée de jeu de poser un thème majeur du film, la sexualité perturbée qui entraîne le meurtre. Le lien entre plaisir sexuel et pulsion de mort sera le fondement du film. Ainsi, dans la première partie de Pulsions, le cinéaste nous propose de suivre Kate Miller (Angie Dickinson), femme peu épanouie sexuellement qui se remet en question. La séduction est pour elle un moyen de se rassurer : elle veut savoir si elle est encore attirante. Pour cela, elle n’hésite pas à demander frontalement à son psy (Michael Caine, sobre, élégant, convaincant, comme d’habitude) s’il veut faire l’amour avec elle. Puis elle part dans un musée avec l’intention évidente de trouver un homme. Attention, il n’est absolument pas question de chercher le grand amour ici, mais bel et bien d’assouvir ses pulsions sexuelles.
Commence alors une scène d’anthologie, une course-poursuite dans le musée où Kate tient tour à tour le rôle du prédateur, puis de la proie.
Le pari est risqué. D’abord et avant tout parce que Brian de Palma n’est pas très fort pour filmer l’érotisme. Il faut voir cette scène prétendument sensuelle de la douche, ou encore celle du taxi : manifestement, le réalisateur est plus à son aise pour le suspense que pour l’érotisme.
Et c’est fort heureux d’ailleurs, parce qu’il va multiplier les scènes de suspense dans le film. Sur ce point, Pulsions est émaillé de scènes d’anthologie. De Palma n’a pas son pareil pour faire naître le suspense en étirant une scène, en lui donnant la durée idéale. Les mouvements de caméra sont fluides et parfaitement maîtrisés ; le cinéaste refuse toute esthétique vide pour donner du sens à chaque plan.
La musique tient aussi une place importante : les scènes à suspense sont souvent des scènes muettes, dans le sens que l’on n’entend pas les dialogues prononcés par les personnages. La musique remplace tous les autres sons (cette absence de dialogues en particulier et de sons en général lors des scènes à suspense chez de Palma est à mettre en contexte avec son film suivant, Blow Out).

Et surtout, ces scènes, comme l’ensemble du film d’ailleurs, sont marquées par un travail formidable sur ce que l’on voit, ce que l’on ne voit pas, et même ce que l’on croit voir. Ce n’est pas nouveau, mais ce thème est central dans toute l’œuvre de Brian de Palma, depuis Obsession jusqu’à Snake Eyes en passant par Mission Impossible : doit-on faire confiance à ce que l’on voit ? Bien des personnages de Brian de Palma, comme Liz Blake (interprétée par Nancy Allen, femme du cinéaste à l’époque, et une de ses actrices fétiches, vue dans Carrie, Furie, Blow Out…), ont vu quelque chose ou quelqu’un et ne comprennent pas ce qu’ils ont vu.
Ainsi, la scène de l’ascenseur, un des points culminants du film, est un modèle du genre. Suspense par étirement du temps, jeu sur les regards (celui de la petite fille, qui met directement mal à l’aise), importance de la musique, puis une action qui démarre, brutale, et ce témoin qui à la fois voit et ne voit pas. Un autre jeu sur les regards se retrouve, plus tard, lors d’une séquence dans une rame de métro, avec un policier et des lumières qui ne cessent de s’allumer et s’éteindre.
Cette réflexion sur ce que l’on voit ou pas entraîne, inévitablement, une mise en abyme du cinéma lui-même, autre procédé typique de la filmographie de Brian de Palma. Ici, ce travail sur les images va se faire à travers le personnage de Peter Miller, le fils de Kate, interprété par le jeune Keith Gordon (le futur acteur principal de Christine, de John Carpenter, et qui ressemble beaucoup à Spielberg jeune). Le petit génie va ainsi fabriquer une caméra pour espionner la sortie d’un immeuble. Et, une fois de plus, ce sont les procédés cinématographiques qui accompagnent la quête de la vérité (sur cette voie, de Palma franchira encore un pas de plus avec son film suivant, Blow Out), avec le risque aussi d’être manipulé par ce même cinéma. Cette problématique est le cœur même de la filmographie du cinéaste.
En bref, Pulsions contient toutes les qualités habituelles du cinéma de Brian de Palma : réflexion sur le cinéma, suspense, maîtrise technique, casting impeccable (avec les acteurs que le réalisateur employait principalement à cette époque, dont l’excellent Dennis Franz, qui a joué plusieurs fois pour le cinéaste, de Furie à Blow Out, avant de devenir célèbre avec son rôle de Sipowicz dans la série NYPD Blue). Malgré le défaut concernant l’incapacité de de Palma à filmer l’érotisme (défaut hélas conséquent vu le thème du film), l’ensemble se regarde avec un plaisir assuré et renouvelé.
Synopsis : Kate Miller est loin d’être une femme comblée : conflits avec sa mère, incompréhension de son fils, relation décevante avec son amant. Elle cherche une reconnaissance, au point de faire des avances directes à son psy, le docteur Wagner.
Pulsions : Bande-annonce
Pulsions : fiche technique
Titre original : Dressed to kill
Scénario et réalisation : Brian de Palma
Interprétation : Angie Dickinson (Kate Miller), Michael Caine (Dr Elliott), Nancy Allen (Liz Blake), Keith Gordon (Peter Miller), Dennis Franz (inspecteur Marino).
Photographie : Ralf Bode
Musique : Pino Donaggio
Montage : Jerry Greenberg
Production : George Litto
Sociétés de production : Filmways Pictures, Cinema 77 Films
Société de distribution : Filmways Pictures
Date de sortie en France : 15 mars 1981
Genre : thriller
Durée : 104 minutes
États-Unis – 1980



Le scénario de Fallen Kingdom n’apporte malheureusement rien de très innovant à se mettre sous la dent. Passée la première séquence de la mission sur l’île, certes remplie de somptueux effets spéciaux, le film introduit de mercantiles trafiquants de dinosaures, prêts à vendre au plus offrant afin de poursuivre leurs expérimentations. Il s’adonne ainsi à la critique du capitalisme, présentée depuis King Kong, et aujourd’hui un peu banalisée. Tout comme son prédécesseur, il expose une autre espèce dangereuse génétiquement modifiée.
L’indoraptor s’impose évidemment comme le clou du spectacle. Plus dangereux encore que tous les animaux hybrides précédents, il est conçu pour le combat et peut obéir aux ordres grâce à un système combiné de sons et de lasers. Sa bande de couleur jaune sur le cou rappelle celle de Blue, dont il tire une part de son ADN. D’autres dinosaures impressionnants apparaissent à tour de rôle dans le film. Le baryonix, au museau allongé, puis le carnotaurus, muni de deux cornes, attaquent Claire et Franklin sur l’île. Le stygimoloch, muni d’un dôme crânien osseux, brise les murs d’une prison.
Si ce traitement rend Fallen Kingdom indéniablement plus sombre, il n’est pas dénué de passages comiques, par exemple lors d’une mémorable scène de prise de sang, ni de sentiments face à la mort des animaux et au désir de les protéger malgré le risque encouru par l’humanité. Couplé au traitement efficace de la peur, l’intérêt du film regagne sur les émotions ce qu’il perd sur la narration.
Et pourtant, on prend du plaisir à suivre les tribulations de Laurent (excellent Eric Elmosnino), un architecte prospère soudain atteint de la maladie chronique du siècle : le mal de dos. Tout y passe, la psychologie de bas étage qui essaie de donner vie à l’expression « en avoir plein le dos », la médecine parallèle dont le cinéaste se moque gentiment, les gros règlements de compte censément libérateurs…Eric Elmosnino a toujours été inclassable, avec ce je ne sais quoi qui fait que tout en épousant parfaitement ses rôles, l’acteur, voire l’homme ne disparaît jamais vraiment, avec sa sorte de fausse fragilité qui entoure le personnage. Il porte ici le poids d’un film qui aurait pu n’être qu’une comédie française de plus en apportant une subtilité dans le traitement de ce personnage accablé de partout.
Comme dans les Émotifs anonymes en particulier, Jean-Pierre Améris a cette facilité à aller chercher la deuxième couche de ses personnages, celle qui est plus enfouie, plus intéressante. Ainsi, par exemple, les parents de Laurent, un couple hyper standard qui ne sait pas se dépêtrer de ses habitudes, incapable selon son fils de considérer ce qui est extérieur à sa communauté très réduite. Là où, chez Valérie Lemercier (
Bien que prévisibles donc, les différentes situations décrites dans Je vais mieux ne sont jamais vraiment gratuites. Le cinéaste apporte toujours une touche de légère critique sociale, dans le milieu du travail avec les relations personnelles compliquées de ceux qui aiment ou qui détestent Laurent, avec l’influence de leur comportement sur son avenir professionnel, le milieu médical pas toujours en empathie avec l’angoisse des malades, le milieu familial ou amical tout en faux-semblants. Et surtout, le comique proposé par Jean-Pierre Améris dépasse la comédie franchouillarde du moment au mieux pas drôle, et au pire franchement vulgaire. Il y a toujours de la tendresse dans les scènes, et le burlesque cache toujours une fêlure, une insécurité…










La première des lubies de De Palma qui transparaît est donc le voyeurisme. Dans son chic appartement, Scully n’hésite pas se rincer l’œil en matant à l’aide de sa longue vue sa nouvelle voisine, Gloria Revelle en train de se déshabiller. Ces actes de voyeurisme vont développer une véritable fascination de Scully pour Gloria. Jake se mettra à la suivre, à récupérer une de ses culottes qu’elle aura jetée à la poubelle, et même essayer de la sauver d’un mystérieux voleur avant qu’une crise de claustrophobie le mette hors-jeu. Renvoyant au personnage de James Stewart souffrant de vertige dans le chef d’œuvre d’Alfred Hitchcock, Scully est quant à lui claustrophobe, une condition le paralysant dès qu’il se trouve dans un endroit exigu ou sombre. Évidemment ces actes de voyeurisme auront des conséquences, lorsque malgré lui Scully va devenir le témoin du meurtre particulièrement graphique de la belle Gloria à l’aide d’une perceuse électrique. Entre donc en scène l’un des personnages typiques de l’œuvre de De Palma, le témoin impuissant. D’autant qu’avec son profil qui tend vers le creepy, la police ne risque pas de le prendre très au sérieux. À la manière de Sueurs Froides, cet acte meurtrier va découper le film en deux parties. Une première plus lancinante prenant le temps d’exposer les enjeux, et une deuxième où le jeu de dupe va faire son apparition.
Un jeu de faux-semblants inonde le film et aucun personnage ne semble être qui il est vraiment. Le fait que la plupart des personnages soient des acteurs, se maquillant, usant des alias, des déguisements joue dans ce sens. De Palma n’hésitera pas à nous plonger, comme Alice, de l’autre côté du miroir. Filmant à plusieurs reprises les dessous du cinéma, Body Double dévoile les supercheries qui trompent le spectateur et qui font partie intégrante de cet art. Que cela soit le travelling montrant un vampire dans un cercueil qui s’avère finalement être Scully grimé jouant un rôle ou même le générique placé sur un décor de studio, tous ces artifices permettent de perdre le spectateur, De Palma poussant même le vice jusqu’à transformer son film en véritable clip vidéo pour le groupe Frankie Goes to Hollywood et leur tube interplanétaire Relax dans une séquence anthologique. Cet aspect manipulatoire va donc être utilisé à plusieurs échelles. Par De Palma lui-même bien sûr mais surtout par le grand méchant du film. Tout comme De Palma fait et montre au spectateur ce qu’il veut, le tueur va ici s’amuser avec Scully, lui montrant ce qu’il doit voir. Il piège lui-même Scully en en faisant un protagoniste de sa supercherie à la manière d’un Truman Show macabre et dont il est le spectateur mesquin. L’utilisation à plusieurs reprises du travellings circulaires est à ce point sublime, un enfermement qui trouve un échappatoire au travers de ces baisers langoureux échangés avec Gloria et Holly. Le choix de la claustrophobie comme souffrance propre à Scully n’est donc pas un choix anodin, car il s’articule avec le fait qu’il se retrouve prisonnier du cadre. Scully n’est pas véritablement maître de ses actes, il subit chaque action, il est manipulé tel un pantin par les images que lui offre son ennemi. La seule façon de s’en sortir est donc de surmonter cette peur de l’enfermement. Ce n’est pas une simple mise en abyme sur le monde du cinéma que crée De Palma, c’est un autre film dans le film.