Cinq et la peau, errance exotique et sensuelle, en DVD et Blu-Ray

Alors que le film devait être présenté au festival de Cannes cette année, quelques jours après la mort de son réalisateur, les éditions Carlotta nous proposent de (re)voir Cinq et la peau, de Pierre Rissient, en copie restaurée 4K, dans un superbe coffret.

C’est un film fort étrange que ce Cinq et la peau, second (et dernier) long métrage réalisé par Pierre Rissient au début des années 80. Un film unique, expérimental, se jouant des codes narratifs. Une œuvre à la fois personnelle et universelle. Un OVNI cinématographique mêlant errance introspective, exotisme, érotisme, amour de l’Asie, des femmes et du cinéma.

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De prime abord, on pourrait croire que le film est complètement incohérent, victime d’une narration éclatée où les scènes semblent s’enchaîner sans lien logique apparent. Cet éclatement semble toucher la totalité du processus narratif, puisque les voix off (les seules voix que nous entendons, vu que les dialogues sont inaudibles) viennent de plusieurs personnages, voire de plusieurs époques différentes.

Et pourtant, cette incohérence n’est qu’apparente. Si l’on prend le temps d’écouter ce que dit le personnage principal (interprété par l’excellent Feodor Atkine, probablement ici un double du cinéaste, sans pour autant que l’on puisse parler de film autobiographique), on comprendra que loin d’être un procédé narratif vide de sens, cet éclatement est au contraire à l’image du protagoniste de Cinq et la peau, qui avoue être « à la recherche de son intégrité ». Nous nous retrouvons donc dans un domaine finalement connu, celui du voyage à l’étranger qui est avant tout voyage en soi-même. L’errance du personnage est une introspection, la quête d’une unité à travers les différents aspects de sa vie morcelée.

Et Manille est le cadre idéal pour cela. « Manille, qui n’a pas de centre, est faite pour celui qui n’a pas de centre ». Comme le personnage, comme le récit, la ville elle-même est victime aussi de cet apparent manque d’unité. La capitale philippine est décrite comme « un agrégat de petites villes ».

Ainsi, tout le film semble être l’émanation de l’esprit de son personnage principal. Du décor jusqu’à la narration, Cinq et la peau est un film sur la quête d’unité à travers le multiple. Le film est conçu comme un kaléidoscope de scènes, de lieux, de souvenirs, de sensations, tout cela contribuant à la description de la personnalité fluctuante et éclatée. Il y a quelque chose de proustien dans cette idée qu’un personnage est toujours mouvant et insaisissable, dans cette part des souvenirs et des sensations comme constituant l’être.

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Le titre, Cinq et la peau, fait référence à un vin chinois. On peut y voir aussi un lien avec les cinq sens, d’autant plus qu’ils constituent un élément important du long métrage de Pierre Rissient. Ainsi, si le film ne nous propose pas de dialogues, ceux-ci étant couverts par la voix off, il insiste par contre sur les sons, depuis les bruits de la rue jusqu’aux cris de jouissance d’une femme. Ces sons font partie intégrante de la volonté immersive du film : Rissient, en grand amoureux de l’Asie, nous plonge littéralement dans les rues de Manille. Non pas une plongée touristique, mais bel et bien une errance au fil des petites rues populaires, des quartiers surpeuplés, ou même des décharges. Chaque plan de ce vagabondage est un ravissement des sens, qui y sont tous convoqués.

Et, des sens à la sensualité, il n’y a qu’un pas, et Pierre Rissient n’hésite pas à le franchir. Cinq et la peau est émaillé de rencontres féminines. Les portraits de dizaines de femmes se succèdent à l’écran. Serait-ce la marque d’un donjuanisme primaire ? Il s’agit plutôt d’un des procédés employés dans cette quête de soi qui anime le protagoniste : se confronter aux autres pour se découvrir soi-même. L’érotisme devient un des objets de cette recherche existentielle, un peu comme dans Empire des Sens (ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’actrice principale du film d’Oshima se retrouve dans celui de Rissient).

Film unique, mélange de références littéraires et d’hommages cinématographiques, errance sensuelle et exotique, Cinq et la peau est, forcément, déroutant, voire dérangeant. Sa volonté de ne pas respecter les codes narratifs habituels peut aussi bien passionner que rebuter les spectateurs. Cependant la poésie est incontestablement présente et cela suffit à en faire un grand film.

Cinq et la peau : bande-annonce

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Caractéristiques DVD :
PAL
ENCODAGE MPEG-2
Version Française Dolby Digital 1.0
Audiodescription Dolby Digital 2.0
Sous-titres Sourds et Malentendants
Format 1.66 respecté
16/9 compatible 4/3
Couleurs
Durée : 92 minutes

Caractéristiques Blu-Ray :
1080/23.98 p
ENCODAGE AVC
Version Française DTS-HD MA 1.0
Audiodescription Dolby Digital 2.0
Sous-titres Sourds et Malentendants
Format 1.66 respecté
Couleurs
Durée : 96 minutes

Compléments de programme :

Cinq et la peau par Pierre Rissient et Nicolas Pariser (27 minutes)
Homme de cinéma : Pierre Rissient (111 minutes) (Blu-Ray uniquement)
Gentleman Rissient (80 minutes) (Blu-Ray uniquement)
Bande-Annonce originale

Sortie le 6 juin 2018

Festival

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Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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