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Cannes 2019 : Dogs Don’t Wear Pants de Jukka-pekka Valkeapää, la douleur du deuil

La Quinzaine des réalisateurs aime nous faire découvrir des talents ou des points de vue différents. Et ça tombe bien, car c’est le cas de Dogs Don’t Wear Pants de Jukka-pekka Valkeapää, un film qui voit dans le SM une heureuse façon de se sortir du guêpier qu’est le deuil et la dépression.

Quelques années après la mort de sa femme, Juha n’arrive toujours pas à surmonter le drame. Il se sent seul, et ne se détache pas du souvenir de sa femme. Lorsqu’il se branle, par exemple, il s’embaume du parfum de sa défunte épouse : une manière assez acide et glauque de concevoir la sexualité lors du processus du deuil. Comme s’il ne pouvait pas trouver du plaisir sans qu’elle ne soit encore présente ou sans que son souvenir ne puisse hanter l’inconscient de Juha. Tout comme elle hante les images du film où Juha s’imagine, dans des scènes extrêmement sensorielles, en train de nager ou de plonger avec elle dans les abimes du lac où elle s’est noyée.

A cet effet, le film marque son récit d’une drôle d’ironie : faire que Juha soit chirurgien spécialisé dans la cardiologie alors que lui-même a le cœur en vrac. Drôle de coïncidence, forcée mais évocatrice et c’est toute la thématique du film qui se recentre sur ce point d’ancrage : comment se raccrocher à la vie et déboutonner le costume d’une mort qui se rapproche à petit feu. Pourtant, alors qu’il accompagne sa fille à une séance de tatouage, il va découvrir l’arrière-décor de la boutique et tomber nez à nez avec une dominatrice SM, Mona. Il va alors entreprendre des séances avec Mona en se faisant étrangler avec un sac plastique sur la tête afin de trouver un état stationnaire où il pourra de nouveau retourner dans ses propres souvenirs et revoir enfin sa femme. Relation sentimentale déviante, récit initiatique, incrustations sensitives, beauté du cadre, fétichisme et imagerie du monde SM clinquantes mais qui n’ont pas froid aux yeux, scènes coup de poing, ironie noire et burlesque dans les dialogues : Dogs Don’t Wear Pants ne manque pas de qualités qui officient autant pour la construction de l’empathie envers les personnages que pour la tragédie qui se déroule sous nos yeux.

Pourtant, c’est indéniable, Dogs Don’t Wear Pants n’est pas de la trempe d’un David Cronenberg ou n’a pas les effusions aussi sanguinolentes, suicidaires et répulsives d’un film comme Dans ma peau de Marina de Van : certes la douleur est une passerelle vers la connaissance de soi, une main tendue vers l’abandon et vers une certaine ramification avec la vie, mais Jukka-pekka Valkeapää veut surtout montrer le pouvoir résilient de cette pratique. Sa femme est un fantôme qui emboîte ses pas durant l’intégralité de son quotidien : il rate le coche avec sa fille, s’isole à son travail où il est limite considéré comme un mort vivant et détruit malgré lui ses relations sentimentales. Même si parfois le film s’appesantit un peu trop sur une mise en scène un peu tape à l’œil,  aussi chromatique qu’esthétisée et met en lumière une deuxième partie de film qui semble perdre un peu de vue l’envergure et la puissance de son sujet, Dogs Don’t Wear Pants est avant tout un beau portrait, entre légèreté et détresse inconsolable, entre pudeur et violence, d’un homme en quête, non pas de sensation forte, mais dont le souhait principal est celui de retrouver le goût à la vie. De retrouver cet émoustillement vital et sensoriel, pour enfin, une fois pour toute, dire au revoir à sa femme et se reconstruire.

Synopsis : Juha a perdu son épouse, victime d’une noyade. Des années plus tard, incapable de surmonter cette tragédie, il vit replié sur lui-même. Sa rencontre avec Mona, une dominatrice, va modifier le cours de son existence. Koirat eivät käytä housuja explore le vertige des sentiments, entre la perte et l’amour.

Le film Koirat Eivät Käytä Housuja (Dogs Don’t Wear Pants) de Jukka-pekka Valkeapää, est présenté à la Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes 2019

Avec Ester Geislerová, Ilona Huhta, Jani Volanen, Krista Kosonen, Oona Airola, Pekka Strang…
Genres Drame, Thriller
Date de sortie Prochainement
Durée : 100 minutes
Nationalités Finlandais, Tchèque, Letton

Cannes 2019 : Sem Seu Sangue d’Alice Furtado, une ballade ensanglantée

La Quinzaine des Réalisateurs continue de proposer des moments riches en étrangeté après Zombi Child de Bonello qui avait quelque peu divisé les avis. Avec le film portugais Sem Seu Sangue, la matinée fut sanglante.

Le sang et l’amour se marient souvent très bien au cinéma, et le film d’Alice Furtado en est une nouvelle preuve. En alternant cinéma de genre et cinéma romantique, la réalisatrice portugaise offre un film plutôt ambitieux où le mélange des tons et son évolution fonctionnent bien mieux que dans Atlantique qui est en Compétition pour la Palme d’Or.

Si le début donne à contempler les sentiments amoureux, le sujet est finalement tout autre. Le titre original fait d’ailleurs sens « Sans ton sang » en portugais ramène à la tonalité plus mortuaire que l’œuvre prend rapidement. L’histoire d’amour est loin d’être banale. La romance installée au début est une jolie ballade amoureuse qui fait fondre le cœur, mais très vite s’installe une atmosphère bien changeante où le monde des vivants cohabite avec celui des morts au rythme d’une imagerie fluorescente chère à l’Amérique du sud.

« Je la trouvais belle sa maladie » c’est ce qu’un ami dit à Silvia et cette phrase semble résonner durant tout le film ensuite. Du désir à l’amour du sang comme écho de la passion, tout semble alors prendre sens dans son aspect mortuaire. Sem Seu Sangue est un voyage à travers les corps intérieurs où l’étrange est planant grâce aux sons électriques et à la tonalité cosmique que l’actrice principale apporte au film. L’ineffable, l’insaisissable est subtil mais le scénario manque parfois un peu de profondeur.

Sem Seu Sangue d’Alice Furtado : Bande-annonce

Synopsis : Silvia est une jeune fille introvertie lassée par son quotidien, entre famille et lycée. Elle semble chercher quelque chose qui la ferait se sentir plus vivante. Elle croit l’avoir trouvé en la personne d’Artur, un adolescent qui débarque dans sa classe après avoir été expulsé de plusieurs lycées. Silvia est fascinée par la vitalité d’Artur qui souffre pourtant d’une maladie grave, l’hémophilie. Ils s’immergent dans une coexistence intense et brève, que la mort accidentelle d’Artur interrompt. Silvia tombe malade, tandis que sa vie se transforme en un cauchemar étrange. Le deuil devient une obsession, et l’obsession un but : Silvia fera tout pour le ramener à la vie.

Le film Sem Seu Sangue d’Alice Furtado, est présenté à la Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes 2019.

Avec Digão Ribeiro, Juan Paiva, Lourenço Mutarelli, Luiza Kosovski, Nahuel Perez Biscayart, Silvia Buarque
Genre : Drame
Date de sortie : Prochainement
Durée : 90 minutes
Nationalités Brésilien, Français, Néerlandais

Cannes 2019 : Parasite de Bong Joon Ho, la palme du plaisir

Parasite de Bong Joon-Ho est un puzzle démoniaque, abrasif, violent, qui fait chavirer le cœur des spectateurs autant qu’il fait déjouer chaque rouage de son scénario pour faire de ses rebondissements un élément de langage qui parle autant à la fibre sociale du film qu’à son attachement pour le cinéma de genre. Un film extrêmement marquant de la compétition officielle du Festival de Cannes 2019.

A travers l’histoire de cette famille de prolétaires, qui voudrait vivre la grande vie par la ruse et l’ironie de la manipulation, c’est tout un pan de la société sud-coréenne qui se voit disséqué. Parasite, comme Burning, l’année précédente, tire la sonnette d’alarme et distingue un pays aux inégalités sociales de plus en plus affichées où les riches choisissent à leur guise qui dispose d’un travail ou non. C’est une habitude que l’on peut rapidement repérer chez le cinéaste : cette perpétuelle intention à vouloir casser sa dynamique par une rupture de tonalités. En une seule séquence, les enjeux peuvent nous faire passer du rire à la peur d’une seconde à l’autre.

Sans en dévoiler quoique ce soit, ce sont même les scènes les plus dures et les plus violentes qui sont parfois les plus drôles. Et c’est la même chose pour les genres tant la fluidité et la cohérence du montage et de la réalisation agrippent leur sujet : du thriller au survival, du huis clos au drame, de la comédie de bande à la satire politique, Parasite est un dédale cinématographique à l’horizon infini. Cette volonté d’inscrire l’horreur de la situation et la torpeur des personnages par une transposition du burlesque n’endigue jamais le sérieux ni la folie du scénario. L’architecture de chaque scène et de chaque dialogue est faite de telle manière que le souci de dénonciation sociale se fasse par le prisme du genre et la transposition sanguinolente à l’image. Comme dans Memories of Murder, Mother ou même The Host, le cinéma et l’originalité de sa forme sont toujours au service d’un propos. Parasite est, qu’on se le dise, l’un des nouveaux grands longs métrages de son réalisateur : une œuvre qui arrive à faire cohabiter les thématiques récurrentes du cinéaste –  la hiérarchisation de la société et la stratification sociale – avec une envie de jouer et de rogner l’os jusqu’à la moelle. Nous pourrions prendre Parasite pour une immense farce, un film qui voudrait tomber dans le grand guignol grâce à sa portée satirique et politique mais il va au-delà de ça.

Difficile de dire si le film aura la Palme d’or mais en tout cas, nous lui décernons la Palme du plaisir. Un plaisir implacable car l’aventure que nous propose le film est comme une sorte de rollercoaster trépidant qui ne s’arrête jamais et qui fait vivre son inventivité par sa capacité à surprendre son auditoire. Durant ce Festival de Cannes, et malgré la grande qualité de la sélection et des autres sections, il nous est arrivé de tomber sur de nombreux films qui essayaient de nous bercer d’illusions avec leurs choix programmatiques et schématiques : Parasite n’est rien de tout cela. Mais ne nous trompons pas de sujet, le film ne fonctionne pas uniquement par sa capacité à détourner le versant de ses enjeux.

Le film est d’une précision chirurgicale et comme Le Lac aux oies sauvages, reste un morceau de cinéma qui réussit tout ce qu’il entreprend tant la profondeur de champ de Parasite s’avère vaste. De par sa mise en scène qui cloisonne parfaitement son espace pour faire de la maison où se passe la majorité du film un terrain de jeu glaçant et vertigineux, de par sa direction d’acteur époustouflante et de sa violence incandescente, Parasite est un bijou noir dont la drôlerie du scénario tranche avec la violence du propos. Un bijou noir qui fera date dans la filmographie de son réalisateur.

Parasite : Bande-annonce

Synopsis : Toute la famille de Ki-taek est au chômage. Elle s’intéresse particulièrement au train de vie de la richissime famille Park. Mais un incident se produit et les 2 familles se retrouvent mêlées, sans le savoir, à une bien étrange histoire

Le film Parasite, de Bong Joon Ho est présenté en compétition au Festival de Cannes 2019.

Avec Song Kang-Ho, Sun-kyun Lee, So-Dam Park…
Genres : Drame, Thriller
Date de sortie :5 juin 2019
Durée : 2h 12min
Distributeur : Les Bookmakers / The Jokers
Nationalité sud-coréen

Cannes 2019 : Roubaix, une lumière d’Arnaud Desplechin, l’affaire la plus longue du siècle

Prenez des canettes de Red Bull, et plongez dans cette affaire sans queue ni tête. Arnaud Desplechin offre un grand moment d’ennui à la Compétition cannoise avec Roubaix, une lumière.

Qu’a voulu faire Desplechin ? Tester la patience des festivaliers devant 2 heures de vide sans doute. Des interrogatoires longs et repétitifs et qui n’ont pas de sens, on avait déjà eu notre dose avec Au poste de Quentin Dupieux, qui s’est d’ailleurs bien amélioré depuis. Ici, on tourne en rond et au lieu de cultiver l’absurde, Desplechin nous ennuie, nous berce même. Difficile après des jours de festival de se coltiner un tel film, on pensait avoir eu notre dose d’ennui avec Little Joe mais c’était sans compter le deuxième téléfilm présent en compétition après celui des frères Dardenne. C’est une certitude, les exigences à Cannes sont plus hautes, lorsque l’on voit 4 à 5 films par jour, on espère un minimum être percuté mais il n’en est rien avec Desplechin. Certains moments laissaient pourtant croire à un film policier où la philosophie se mêlait un peu à l’intrigue et où la chronique sociale prendrait la place d’un film choral. Au lieu de ces possibilités, le réalisateur s’engouffre dans un récit policier dans lequel il arrive à rendre tous ses acteurs mauvais (Roschdy Zem sauve encore les meubles). Les pistes étaient intéressantes, cette histoire de domination et d’influence inconsciente entre deux personnages féminins tenait la route si les actrices n’avaient pas été rendues seulement bêtes dans leurs personnages.

Il serait temps d’en finir avec les chouchous de la Croisette.

Roubaix, une lumière : Extraits

Synopsis : À Roubaix, un soir de Noël, Daoud le chef de la police locale et Louis, fraîchement diplômé, font face au meurtre d’une vieille femme. Les voisines de la victime, deux jeunes femmes, Claude et Marie, sont arrêtées. Elles sont toxicomanes, alcooliques, amantes…

Le film, Roubaix, une lumière, d’Arnaud Desplechin est présenté en compétition au Festival de Cannes 2019

Avec Léa Seydoux, Roschdy Zem, Sara Forestier
Genre : thriller, drame
Durée : 2H
Distribution : Le Pacte
Sortie : prochainement
FRANCE

Cannes 2019 : Matthias et Maxime de Xavier Dolan

Habitué des récompenses cannoises depuis son premier film J’ai tué ma mère en 2009, Xavier Dolan est de retour au Festival de Cannes pour son huitième film Matthias et Maxime, qui marque quelques innovations dans son cinéma.

Matthias et Maxime est un tournant dans la manière que le cinéaste québécois a de raconter des histoires. Déstabilisant de prime abord, le film souffre de ce virage assez radical dans sa mise en scène mais comme à son habitude, Xavier Dolan finit toujours par transporter dans son récit et amener le public à l’intérieur même des relations entre ses personnages. En se fixant sur une bande d’amis, le réalisateur étonne, lui qui passionnait à travers des thèmes plus identitaires; le spectateur se retrouve au sein d’un groupe dont les punchlines font rire et passer un agréable moment. Matthias et Maxime est un beau roman d’amitié où ces sentiments, qu’il avait jusqu’à présent peu exploités, ont une force assez étonnante et prenante. Justement parce qu’ils sont le point d’ancrage du film et de la relation nouée entre les deux protagonistes principaux, ils font peser sur le film, une ambiance puissante où les sentiments se mêlent, se perdent et se déchirent entre deux axes.

Bien que prenant une tournure différente et beaucoup plus pudique, Dolan conserve le même procédé sur beaucoup d’aspects. Tout ne change pas dans le cinéma de Dolan. En glissant une relation toujours assez chaotique avec la mère, le cinéaste continue de traiter de l’un de ses thèmes favoris qu’est cette relation mère/fils et elle n’était pourtant ici pas forcément nécessaire. Aussi, faisant des rires l’un des aspects les plus innovants de son oeuvre, il ajoute quelques personnages dont la caricature deviendra très vite lourde. Malgré les rires provoqués, cette satire de la génération Y qui dabe, mélange l’anglais et le français pour être stylé et ne pense qu’à Instagram et Snapchat, finira très vite par s’essouffler mais sera rattrapé par la suite. Ajoutant la touche d’humour qu’on lui connaissait peu, c’est aussi grâce à ses références qu’on reconnait son cinéma. Qu’elles soient littéraires, musicales ou cinématographiques, l’empreinte dolanienne est ici bien présente et c’est comme toujours, ce qu’il met de lui-même dans son oeuvre, qui embarque pleinement. On aurait presque pu attendre D’amour ou d’amitié chanté par Céline Dion en plein milieu du film, mais on n’aura, tristement, que du Amir. Dolan avait pourtant habitué son public à davantage de création dans ses choix musicaux additionnels; bien que certains soient toujours aussi superbement choisis, la chanson de l’Eurovision reste l’un des grands mystères de ce film.

La musique a également une présence forte grâce à la nouvelle collaboration du réalisateur avec Jean-Michel Blais, pianiste québécois. Dolan change sa voie d’exploration de l’intime, et c’est ce qui fascine. Sans offrir de moments clés destinés à impressionner ou à servir de scène culte, le cinéaste se place davantage dans la retenue et utilise le piano pour livrer des intermèdes dans les instants amicaux où l’instrument et l’introspection de ses personnages fusionnent pour former des moments suspendus individuels dans lesquels les regards disent tout ce qu’il ne veut pas énoncer clairement.

Ce flou, c’est aussi là le charme fou du film malgré ses failles. Cette force avec laquelle Dolan magnifie l’amitié coûte que coûte et fait part de la difficulté à laquelle les personnages sont confrontés, troublés par un baiser, peut-être celui qui changera leur vie. Evidemment, la construction identitaire a toujours sa place dans son récit et les plans de route en sont la preuve en belle métaphore du chemin parcouru par les deux personnages centraux, mais elle prend cette fois une autre tournure et est doublée par cette vision qu’il propose de l’amitié, qu’il avait peu abordé auparavant. Comme si la recherche de soi était double, trouver le regard que l’on porte sur soi tout en essayant de garder celui que portait l’autre. L’oeuvre de la maturité pour Xavier Dolan ? Peut être, on sent en tout cas le chemin parcouru et les rencontres importantes. Si le film ne repart pas de Cannes avec l’une des récompenses, Xavier Dolan en mériterait au moins le Prix d’Interprétation tant il épate de force et de justesse dans la délicatesse avec laquelle il affronte son personnage.

Matthias et Maxime : Bande Annonce

Synopsis : Deux amis d’enfance s’embrassent pour les besoins d’un court métrage amateur. Suite à ce baiser d’apparence anodine, un doute récurrent s’installe, confrontant les deux garçons à leurs préférences, bouleversant l’équilibre de leur cercle social et, bientôt, leurs existences.

Le film, Matthias et Maxime de Xavier Dolan est présenté en compétition au Festival de Cannes 2019

Avec Xavier Dolan, Anne Dorval, Antoine Pilon, Catherine Brunet
Genre : thriller, drame
Durée : 1H59
Distribution : Mars Films
Sortie : prochainement
CANADA

Cannes 2019 : Les Siffleurs, de Corneliu Porumboiu, film noir moderne mais sans saveur

Face aux mastodontes présents cette année dans une Compétition tout bonnement exceptionnelle, certains films plus mineurs peinent à trouver leur place. Pire, souffrant de la comparaison avec la concurrence, ils font même pâle figure. C’est le cas de Les Siffleurs de Corneliu Porumboiu, film noir moderne venu de Roumanie qui s’avère être un divertissement référencé correct, mais jamais à la hauteur de sa sélection.

Les Siffleurs est une proposition frustrante car dotée d’un énorme potentiel, mais qui l’exploite malheureusement sans inspiration. Premièrement, le film a du mal à démarrer, souffrant d’une exposition laborieuse malgré une séquence d’espionnage de scène d’amour assez drôle. Les enjeux manquent de clarté, les personnages sont un peu vite introduits. Heureusement, passé le premier tiers, le divertissement prend le dessus et l’on peut réellement prendre plaisir à suivre ce film noir aux multiples retournements scénaristiques.

Car comme tout film noir et d’espionnage qui se respecte, l’intérêt de l’écriture est de perdre le spectateur parmi les mensonges et les trahisons qui s’enchaînent. On ne sait jamais vraiment qui est avec qui, qui est une taupe, qui veut quoi et pourquoi. Le suspense fonctionne assez correctement, même si l’on a du mal in fine à s’impliquer dans les motivations du moindre personnage, étant tous plus ou moins antipathiques, et le protagoniste franchement apathique pour le coup.

Vlad Ivanov, sorte de croisement entre Michael Keaton et Laurent Baffie, sans le charisme du premier ni la vivacité d’esprit du second (indéniablement) est assez irritant. Sans émotion, monotone dans son jeu, l’acteur se contente de froncer les sourcils pour signifier qu’il ne comprend pas les situations et paraît toujours subir les scènes (sans que ce soit justifié par l’intrigue). La réalisation ne l’aide pas franchement non plus à donner de la personnalité à l’ensemble, tant celle-ci est plate et convenue. Le final, certes assez réussi esthétiquement, demeure lui aussi anecdotique.

Il y a tout de même des choses à sauver dans Les Siffleurs, notamment le malin plaisir que le réalisateur prend à insérer des références cinématographiques volontairement lourdingues pour mieux les détourner (un remake de la scène de la douche de Psychose, très drôle ; un extrait de La Prisonnière du Désert, où les sifflements des Indiens font écho à ceux du gang du film ; la femme fatale appelée Gilda, en référence au film éponyme de Charles Vidor ; etc.). On sent que le cinéaste roumain est un cinéphile averti mais conscient des risques de la citation gratuite. Sur ce point, c’est intelligent. Ceci dit tout le film dans son ensemble procède avec intelligence pour faire surgir des purs moments de comédie au milieu d’une intrigue violente et grave.

Réinventant à sa manière le film noir en lui apportant une chaleur latine bienvenue (des Roumains, des Espagnols, des Italiens, un bonheur pour les oreilles), Les Siffleurs ne parvient jamais à décoller et reste coincé dans les starting blocs du divertissement satisfaisant sur le moment, mais oublié aussitôt la projection terminée. Un film pas mauvais, mais pris au piège d’une Compétition acharnée cette année. À voir un dimanche soir sur son canapé, pour un moment agréable.

Synopsis : Cristi, un policier roumain, arrive sur l’île de La Gomera dans les Canaries. Ici l’attend Gilda, la femme dont il est amoureux. Il doit aider Zsolt à s’évader de prison, qui est le seul à savoir où sont cachés les 42 millions d’euros qui appartiennent à Paco, un mafieux mexicain S’ils ne trouvent pas cet argent, Paco les tuera tous.

Le film La Gomera (Les Siffleurs), de Corneliu Porumboiu est présenté en compétition au Festival de Cannes 2019.

Titre original The Whistlers
Scénariste : Corneliu Porumboiu
Avec Vlad Ivanov, Catrinel Marlon, Rodica Lazar…
Genre(s) : Fiction, Comédie, Policier
Date de sortie Prochainement (1h 37min)
Distributeur Diaphana Distribution
Nationalité : Minoritaire français (Roumanie, France, Allemagne)

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2.5

Cannes 2019 : Once Upon A Time In Hollywood de Quentin Tarantino, l’amour du cinéma

Once Upon a Time in Hollywood était le film tant attendu de la Croisette. Celui qui a fait monter d’un cran l’effervescence autour du Festival de Cannes 2019 lors de ces derniers jours, et une nouvelle fois, Quentin Tarantino n’a pas raté ses retrouvailles avec Cannes tant son film est une épopée aussi simple, passionnante que baroque qui, tristement, ne cesse de déclarer sa flamme au cinéma de genre qui a vu naître en lui le cinéaste qu’il est devenu.

Là où Jim Jarmusch, avec The Dead Don’t Die, s’amusait à lancer un vif hommage à ses partenaires et à son univers avec une certaine flemmardise, Quentin Tarantino arrive de son côté à donner une ampleur fertile à son film. Au travers de cette reconstitution d’époque, Quentin Tarantino arrive à ne jamais être dans la fuite et ne se mue peu ou pas dans la facilité gimmick : le name dropping est présent certes, les petits détails fourmillent (affiches créées, pastiches inventés, scènes rejouées…) et les multiples références cinématographiques feront plaisir aux plus assidus d’entre vous. Mais l’effort cinéphilique ne se situe pas uniquement dans cette antichambre de la connaissance du genre. C’est une pure déclaration d’amour aux professionnels du cinéma : des acteurs aux doubleurs, des réalisateurs aux spectateurs, des futurs talents aux producteurs, tout le monde est auréolé de sa passion pour le septième art. Once Upon a Time in Hollywood est une œuvre qui se veut fédératrice et met en scène tout ce petit monde dans des saynètes assez succulentes (buddy movie, western etc.).

Tout le monde connait le cinéma de Quentin Tarantino et son aspérité pour des récits aux accointances post modernes, puis son amour pour les schémas biscornus et déconstruits avec des scénarios non linéaires dans leur temporalité (Pulp Fiction, Kill Bill etc). Alors qu’Once Upon a Time in Hollywood s’annonçait comme une orgie cinématographique qui allait nous en mettre plein la vue et qui allait nous abreuver de toute la science du cinéaste, avec ses dialogues savoureux, sa direction d’acteurs, la fétichisation de son cadre et sa violence épicurienne habituelle, le film apparaît aux premiers abords, extrêmement modeste dans son dispositif, très loin de son œuvre somme Les Huit Salopards malgré ses dernières 15 minutes tonitruantes. On retrouve le Tarantino que l’on aime, et pourtant l’approche se veut différente. Ce n’est pas pour nous déplaire car la minutie se trouve ailleurs, moins immédiate, moins structurelle mais plus évocatrice. Elle se trouve avant tout dans la bienveillance qu’il a pour ces personnages qu’il inonde de nostalgie, de drôlerie et de mélancolie. C’est un film bilan, un film hommage qui se métamorphose devant nous.

Cette dite nostalgie est plurielle : celle d’une époque (1969) qui se raccroche autant à son environnement politique et social qu’à sa formulation cinématographique. Once Upon a Time in Hollywood, qui ressemble à un frère éloigné d’Inherent Vice de Paul Thomas Anderson, est un film de personnages et de lieux, où l’on suit les doutes et les péripéties de tournage d’un acteur (Leonardo Di Caprio) sur la pente descendante et sa tendre et virile amitié avec sa doublure (Brad Pitt). Durant tout le film le spectre de Sharon Tate (Margot Robbie) et sa célèbre mort plane au-dessus du film : la bande à Manson errant dans un L.A. mutant, voyant son souffle libertaire, hippie devenir un lambeau du chaos qui se finira dans un bain de sang. L’euphorie a laissé place à une peur intérieure et au désenchantement moribond voyant de près la mort de l’utopie, la fin d’une génération dévergondée. Mais cela n’est qu’une partie de la surface de l’iceberg tant la reconstitution d’époque ne semble jamais gratuite, linéaire, mais au contraire, terriblement incarnée,  protéiforme et amoureuse de sa proximité avec le cinéma.

Quentin Tarantino nous immerge dans son amour du cinéma bis, de l’exploitation, nous parle avec vigueur du Nouvel Hollywood et de la démocratisation de l’empire que deviendra la télévision, avec cette idée que la mutualisation des formes audiovisuelles ne signifie pas forcément la mort du cinéma. Tarantino aime le cinéma : un cinéma que l’on regarde entre amis ou qu’on vient observer en salle tout en épiant les réactions des spectateurs voisins. Il y a, dans le film, cette idée de communion par le biais du cinéma mais aussi par le biais du fictif à l’image de cette très belle séquence où l’on voit Sharon Tate scruter les rires de la salle qui projette le film dans lequel elle joue. Comme il nous l’avait démontré avec Inglourious Basterds ou même Django Unchained par exemple, le cinéaste aime trifouiller dans l’Histoire, pour s’en accommoder et se la réapproprier. Mélanger à la fois le réel et son imagination : comme si le cinéma, aux travers de ses digressions récréatives, permettait au fictif de rendre hommage à un réel qui devenait le miroir de chacun de nous. Et ce n’est pas Once Upon a Time in Hollywood qui va déroger à cela.

Once Upon A Time In Hollywood : Bande-annonce

Synopsis : En 1969, la star de télévision Rick Dalton et le cascadeur Cliff Booth, sa doublure de longue date, poursuivent leurs carrières au sein d’une industrie qu’ils ne reconnaissent plus.

Le film Once Upon A Time In Hollywood de Quentin Tarantino, est présenté en compétition au Festival de Cannes 2019.

Avec Leonardo DiCaprio, Brad Pitt, Margot Robbie…
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie 14 août 2019 (2h 45min)
Distributeur : Sony Pictures Releasing France
Nationalité Américain

Cannes 2019 : Voyage dans La Belle Epoque avec Le Jeune Ahmed

Le ton change de jour en jour sur la Croisette, on passe de grands bouleversements à des films plus tranquilles qui restent dans des émotions assez égales malgré le bel éclat de Nicolas Bedos en Hors Compétition avec La Belle époque. Aperçu de cette septième journée.

Le jeune Ahmed, Jean-Pierre et Luc Dardenne (Compétition)

Après Téchiné et son Adieu à la nuit, c’est au tour des frères belges de s’initier à la radicalité au cinéma. Avec ce film, les deux réalisateurs avaient beaucoup intrigué mais comment traiter d’un sujet si fort, eux souvent habitués à mettre en scène des personnages un peu marginaux et rejetés socialement ou en tout cas en difficulté ? Ici, les cinéastes ne condamnent rien, et c’est peut être cette absence de prise de position qui leur sera reprochée, mais l’approche choisie est quasi sociologique. Ils retracent des faits, rendent compte du processus de radicalisation tel qu’il apparaît souvent et se refusent à faire condamner le protagoniste par la société. Ce phénomène, ils le retransmettent grâce à une caméra au plus proche des personnages, comme si elle était spectatrice de l’histoire et qu’elle était en train de capturer cette jeune vie, déjà en train de basculer. Sans excès ni encombre, le film est efficace sans emballer complètement mais garde un côté très classique dans sa sobriété parfois digne d’un téléfilm, la narration parfois tranquille était pour le moins inattendue face à son sujet puissant.

Nuestras Madres, de Cézar Diaz (Semaine de la Critique)

Septième et dernier film de la 58ème Semaine de la Critique, Nuestras Madres finit la quinzaine en douceur. Une image reste en tête, celles des visages de femmes qui défilent devant la caméra sur une mélodie de piano assez intense qui, pour la première fois du film, rend toute l’émotion qu’il mérite au spectateur. Avec un témoignage final puissant, le film avait pourtant tout dont un sujet fort pour frapper le public de plein fouet, finalement, il ne sera qu’un énième film de ce genre sur la quête de vérité et d’honneur, qui laissera de marbre. Assez linéaire, le film raconte l’errance d’un homme, un anthropologue à la recherche de son père, sans jamais vraiment marquer de rupture dans son parcours. L’histoire offre quelques moments d’émotions mais rien qui ne saurait retourner les cœurs.

La Belle époque, de Nicolas Bedos (Hors Compétition)

Après son très réussi premier film Monsieur et Madame Adelman, Nicolas Bedos était assez inattendu sur la Croisette mais permet aux festivaliers de passer un moment très agréable en compagnie d’un casting mémorable. La Belle époque est une déclaration d’amour du réalisateur à sa compagne, qui jouait déjà dans son précédent film, Doria Tillier s’empare de son rôle avec un naturel et un charme qu’on lui connaissait bien mais qui la place encore une fois comme élément central du long métrage. Empli de nostalgie, le film entraîne lentement le public dans les années 70 où les technologies, directement pointées du doigt dès le début du film, n’ont pas leur place. Bedos offre un film frais, plein d’émotion, un conte sur l’amour fané, passé et pourtant, l’amour toujours qui triomphe. Quand le passé devient une force du présent et qu’un casting fait vibrer les sentiments, cela fait des bons moments de festival.

Cannes 2019 : Viendra le feu de Oliver Laxe, les flammes de l’errance

Présenté à la section Un Certain Regard du Festival de Cannes 2019, Viendra le feu d’Oliver Laxe marque un grand coup. Le film est une longue errance dans la campagne espagnole, naturaliste et introspective, qui finira par s’évanouir dans les flammes du monde.

Viendra le feu commence par une séquence démentielle, qui voit l’Homme détruire une mère Nature innocente et proche de l’extinction. Les arbres tombent les uns après les autres comme si des dieux en avaient décidé ainsi. Puis la vie reprend son cours. L’histoire s’ouvre alors avec une résonance autre que cette introduction quasi sensorielle : on suit Amador, qui sort de prison et qui a purgé une peine pour avoir provoqué un incendie. C’est alors qu’il revient dans sa région natale où il rejoindra sa mère (Benedicta) dans la maison familiale, pour l’aider et s’acclimater à une atmosphère plus propice au repos.

Oliver Laxe démontre à partir de là, toute la qualité de son cinéma autant dans sa manière d’appréhender la nature que dans sa facilité à intégrer ses deux personnages dans l’épure de son scénario. Amador est au service de sa mère, âgée et difficilement autonome. Lui est une âme en peine : tout passe par son visage et son apparence. On sent un homme, seul, monolithique, qui affronte la vie et ses déboires avec mutisme. Mais derrière ce regard qui préfère se dérober, Oliver Laxe nous fait ressentir avec passion la torpeur muette et incandescente qui se cache sous ce crâne. Amador ressemble parfois trait pour trait à Travis dans Paris Texas : ce genre de gueule cassée qui traîne comme son ombre sa mélancolie. Mais ce personnage est entouré de deux choses qui drainent le film de toute sa beauté : sa mère et la nature. Oliver Laxe a un véritable don pour filmer la nature. Avec son cadre droit et son goût pour les plans larges, on croirait revoir La Balade sauvage  de Terrence Malick ou le réalisme ambiant de Kelly Reichardt ou celui de Wim Wenders. La nature n’y est jamais fantasmée ni iconisée : celle qui nous est présentée est d’un réalisme presque tétanisant. Où l’on aime se fondre dans la brume du soir et voir éclore le soleil du matin. On se laisse alors emporter par cette balade dans la campagne espagnole, un environnement où la vie se fait dure et rêche comme de la pierre. Sa mère est auprès de lui, et dédouble son comportement entre droiture et bienveillance fortuite. Car l’enjeu est là : la reconstruction d’une confiance, le regard d’une mère sur son fils éteint par les événements. Pourtant au fil des jours, du travail apporté ou de la complicité retrouvée, ce trouble ne se détache pas d’Amador. Il est présent, il embrase son regard et l’addiction ou non au feu a quelque chose de mystique. Comme si les flammes du néant le suivaient comme la mort.

Mais après cette parenthèse onirique, le feu reprendra son dû et détruira tout sur son passage, dans les trente dernières minutes de Viendra le feu. Un climax dantesque, apocalyptique, affolant de tristesse et qui ne répondra pas aux sirènes du spectaculaire : comment ne pas être ébloui par cette séquence où Benedicta marche aux travers des cendres. Mais le film gardera en son sein, le mystère et la présomption d’innocence d’un personnage au bord du chaos d’un monde qui n’existe plus, sous le regard protecteur d’une mère qui ne demande qu’à aimer son fils.

Synopsis : Amador Coro a été condamné pour avoir provoqué un incendie. Lorsqu’il sort de prison, personne ne l’attend. Il retourne dans son village niché dans les montagnes de la Galice où vivent sa mère, Benedicta, et leurs trois vaches. Leurs vies s’écoulent lentement, au rythme apaisé de la nature. Jusqu’au jour où un feu vient à dévaster la région.

Le film Viendra le feu est présenté dans la section Un certain regard au Festival de Cannes 2019

Avec Amador Arias, Benedicta Sanchez, Inazio Abrao
Genre : Drame
Distribué par Pyramide Distribution
Date de sortie : 4 septembre 2019 (1h25min)
Nationalités : Espagnol, Français, Luxembourgeois

Cannes 2019 : To Live To Sing (Huo Zhe Chang Zhe) de Johnny Ma, de la grâce à l’ennui

Passé un peu inaperçu au milieu de tout un tas d’autres films attendus, To Live To Sing ajoute une touche de douceur à la Quinzaine des Réalisateurs. Le film de Johnny Ma est assez inégal, souvent ennuyeux, mais sauvé par quelques scènes de grâce et sa bonne humeur générale.

To Live To Sing est le genre de film avec lequel on a du mal à être sévère, malgré les défauts criants, parce que son histoire et ses personnages sont touchants, il y a aucune violence ni parti-pris trop polémique ; bref c’est un joli petit film gentil et qui met de bonne heure. Cependant, il demeure dans l’ensemble très moyen. Plongé dans l’intimité d’une troupe d’opéra chinoise en mal de public et en proie à la destruction de leur théâtre (le quartier tout entier doit être rasé pour faire place à de grands buildings), le spectateur se lie immédiatement d’amitié avec ces marginaux et se rallie à leur cause. L’opéra n’est plus à la mode de nos jours, et seules quelques personnes âgées restent fidèles ; il devient impossible de vivre convenablement des recettes des représentations, et ce déclin ne les aide pas à faire porter leur voix dans la défense du quartier face aux actionnaires.

Johnny Ma offre quelques bonnes idées de mise en scène. Les bulldozers et autres tractopelles sont filmés en gros plan, au ralenti, réduisant en miette des bâtiments entiers sur fond de Prélude de Bach. La violence destructrice, visuelle et surtout symbolique de ces manœuvres urbanistiques est donc filmée en opposition à la création artistique de la troupe. D’un côté, le béton et le fer contrôlés par l’argent ; de l’autre, les robes et les chants animés par la passion. Ou comment illustrer les conséquences désastreuses de l’urbanisation et de la modernisation de la société chinoise sur le monde de l’art et le patrimoine tout entier. L’opposition n’est pas subtile pour un sou, mais esthétiquement ces séquences de destruction comme les représentations théâtrales sont époustouflantes de beauté et de poésie.

Malheureusement, le bât blesse à peu près partout ailleurs. Ces parenthèses magnifiques ne suffisent pas à compenser un rythme chaotique qui confine à un ennui quasi assuré, les scènes de dialogues ineptes et interminables, la protagoniste totalement antipathique qui gâche le capital sympathie énorme du reste de la troupe, la fin à rallonge qu’on désespère de voir se clore… Pas grand chose ne convainc pleinement, hormis quelques séquences de grâce indiscutable donc, et un message forcément touchant sur l’ancienne génération abandonnée par le mode de vie effréné et matérialiste des nouvelles.

To Live To Sing est un film très dispensable, qui ne marquera pas les esprits mais y survivra peut-être à travers ses prouesses esthétiques et lyriques éphémères, trop éphémères pour faire avaler la lourdeur et la platitude de l’ensemble. Dommage, car on aimerait aimer ce film, c’est certain.

Synopsis : Zhao Li mène une troupe d’opéra du Sichuan qui vit et se produit dans un théâtre délabré de la périphérie de Chengdu. Quand elle reçoit un avis de démolition, elle cache la nouvelle, par peur que celle-ci sonne le glas de la troupe. En même temps, leur vie est de plus en plus difficile… Mais quelles alternatives pour eux ? Elle s’inquiète aussi pour sa nièce Dan Dan, jeune star de la troupe attirée par les lumières de la ville. Pour sauver sa « famille » du théâtre, Zhao Li se met à la recherche d’un nouveau théâtre où ils pourraient vivre et chanter. Alors qu’elle affronte la bureaucratie, les personnages du monde de l’opéra, son échappatoire, commencent à apparaître dans sa vraie vie…

Le film Huo Zhe Chang Zhe (To Live To Sing) de Johnny Ma est présenté à la Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes 2019.

Avec Gan Guidan, Yan Xihu, Zhao Xiaoli..
Genre : Drame
Date de sortie : Prochainement
Distributeur : Epicentre Films
Nationalité : Chinois

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2.5

Cannes 2019 : Une fille facile de Rebecca Zlotowski, mythe futile d’une femme libre

Après le sublime Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma qui rendait les femmes gracieuses, enchaîner avec Une fille facile n’était pas chose aisée tant le premier avait bouleversé. Rebecca Zlotowski dont on connaît Belle Épine ou encore Grand Central revient donc à Cannes, très à l’aise, avec un film qui ressemble davantage à un premier essai qu’à une sélection de Quinzaine des Réalisateurs.

Le film est aussi cheap que le tatouage ‘carpe diem’ en bas du dos, une sorte de Mektoub, My Love : Canto Uno version grotesque et facétie. Pourtant, le propos est bon. La fougue des étés, la découverte de soi et de ses désirs et le fantasme quand on a 16 ans de voir son modèle féminin voguer en toute liberté. Zahia qui fait ses premiers pas d’actrice, aurait très bien pu l’incarner, mais le résultat de cela n’est finalement qu’un jeu d’une immense superficialité et elle n’est pas la seule à nous faire rire malgré elle. La réalisatrice s’essaie même à une voix off rajoutée qui embourbe le film dans un récit manquant de finesse et de justesse pour n’offrir qu’un vaste essai où la liberté des corps manque de conviction, un film de vacances que l’on aurait presque pu faire avec le caméscope des parents.

La mise en scène ne sert ni les acteurs ni le film en lui même en offrant des scènes assez improbables, notamment celle où sexe et oursins se confondent. Quelle est l’intention, quel est le propos ? Tout y est maladroit. Et on veut bien passer 1h30 à regarder le corps d’une femme être filmé ainsi, certains le font très bien, mais ici, cela semble bien creux et vain. Gratuit. Surfer sur l’image de Zahia pour rendre aux femmes toute leur liberté d’agir, dans l’idée, on est plus qu’emballés, mais encore faut-il en faire un film, une œuvre de cinéma qui transporte et fasse vivre une histoire au spectateur. Le féminisme discret de Céline Sciamma était bien plus passionnant que celui de Rebecca Zlotowski, qui nous sert un long métrage dans lequel résonne une époque, certes, mais peu d’engagement artistique.

Synopsis : Naïma a 16 ans et vit à Cannes.Alors qu’elle se donne l’été pour choisir ce qu’elle veut faire dans la vie, sa cousine Sofia, au mode de vie attirant, vient passer les vacances avec elle. Ensemble, elles vont vivre un été inoubliable.

le film Une fille facile de Rebecca Zlotowski, est présenté à la Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes 2019.

Avec : Benoit Magimel, Clotilde Courau, Henri-Noël Tabary, Mina Farid, Nuno Lopes, Zahia Dehar..
Genre Comédie dramatique
Date de sortie 28 août 2019
Distributeur : Ad Vitam
Nationalité Français

Game of Thrones saison 8 : final et réactions des fans

C’est fini. Ce lundi 20 mai est à graver dans le marbre pour les Fans de Game Of Thrones. En huit saisons la série a fait couler beaucoup de sang, de larmes et surtout d’encre. Difficile alors d’échapper aux différentes réactions des fans sur les réseaux sociaux. Entre coups de gueule et humour, retour sur les tweets face au final de Got.

FACE AU FINAL, DÉCEPTION GÉNÉRALE

Cette saison 8 était la plus attendue, et depuis la diffusion du premier épisode, les réactions des fans ont enflammé les réseaux sociaux. Que ce soit à cause de la lenteur du début de saison, ou des morts spectaculaires de la bataille contre le Night King, le public a été tiraillé entre éblouissement et propos vindicatifs. Au point qu’à la suite de l’épisode 5, une pétition a circulé sur Facebook pour refaire la saison 8.

MAD MAD MAD QUEEN

Pour les fans, les scénaristes n’ont pas tenu leurs engagements en changeant de manière inattendue et radicale le personnage de Daenerys. Alors qu’elle était désignée depuis le début comme la future Reine du Trône de fer, notre Kalheesi a pris des airs de Cersei Lannister en réduisant en cendres la ville de Port Real. Une décision incomprise qui a valu a Danny les pires insultes des spectateurs …
Mais au-delà de cet épisode, Danny et d’autres personnages féminins ont été critiqués et mis à mal. Dans leurs choix et prises de position belliqueuses, elles passent trop facilement pour des folles hystériques. Par exemple, l’implacable loyauté de Sansa pour l’indépendance du Nord la transformait aux yeux du public en ennemie à la cause de Daenerys. Encore une fois, les réactions des fans n’ont pas été tendres a son égard. A croire que les femmes sont incapables de régner avec équité et justice …

QUAND TWITTER PREND FEU

Qu’est-ce qui a suscité le plus de réactions de la part des fans ? Sont-ce les morts consécutives des personnages principaux ou bien les choix scénaristiques qui ont été le plus critiqués ? Ou simplement le constat d’une fin irréversible qui rend les fans mitigés et en manque ?

• Ceux qui sont déçus de la fin

https://twitter.com/shlaguY/status/1128163017517146112

https://twitter.com/MathieuHeredia/status/1130579922727112706?s=20

• Ceux qui sont en dépression post Game of Thrones

https://twitter.com/JeanneBertholon/status/1130395029615370240?s=20

• Ceux qui tournent en dérision la mise sur le trône de Bran

https://twitter.com/a_durs0/status/1130396906440548352?s=20

• Ceux qui ont eu pitié de la démocratie de Sam

• Ceux qui n’ont pas adhéré au régicide de Jon

• Ceux qui ont aimé (quand même) le final

https://twitter.com/aokiji_shaar/status/1130418490404495361?s=20

« Ce qui réunit le peuple, ce sont les bonnes histoires » : Tyrion Lannister

En somme, un épisode final qui divise. Dans les réactions, beaucoup expriment leur incompréhension (sans parler de surprise) face au geste de Jon. Car personne n’aurait soupçonné que cette soif du trône retourne la tête de Daenerys…
Bran désigné comme Roi de Westeros. Une nouvelle qui a étonné, déçu et suscité beaucoup de moqueries… Il semble inimaginable à certains qu’un personnage dans l’ombre depuis huit saisons, qui plus est en incapacité physique, se retrouve en position de pouvoir suprême.
Malgré tout, les spectateurs sont avant tout heureux de la fin. Finalement, la famille Stark se retrouve, saine et sauve, à la fin d’une guerre qui aura décimé une grande partie de leur famille.

Beaucoup de fans remercient cette série d’avoir suscité autant d’émotions fortes durant neuf ans et d’avoir créé un univers et des personnages innovants. Pour se consoler, il ne reste plus qu’a se remater les saisons, voire même faire découvrir aux irréductibles qui n’ont toujours pas goûté à la série. Car Game of Thrones fut une drôle de religion , qui sans doute continuera à se propager après sa fin.