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Zelig (1983), de Woody Allen : fou rire en noir et blanc

En 1983, dans une période particulièrement créative, Woody Allen donne vie à un grand film qui, hélas, est aujourd’hui parfois oublié à côté des classiques qu’il réalise à la même époque. Exercice de style insolite au service d’un récit hautement original et terriblement drôle, ce mockumentary sur un improbable homme-caméléon est une vraie pépite. Sa collaboration avec le chef opérateur Gordon Willis permet au cinéaste new-yorkais d’expérimenter à l’écran son rêve de vivre dans les années 1920 avec un réalisme inouï. Zelig est une rencontre au sommet entre une ambition technique à peu près inégalée dans la carrière d’Allen et une écriture affutée comme jamais, à la fois drôle et d’une finesse rare. S’il ne fallait retenir qu’une poignée de films illustrant l’apport inestimable du metteur en scène de 85 ans au septième art, celui-ci mériterait assurément sa place. 

Les qualités esthétiques du cinéma allénien

Dans la carrière de ce cinéaste réglé comme un coucou (un film par an depuis 1971, seules quatre exceptions à la règle en cinquante ans !), il va presque de soi qu’il y eut des périodes plus inspirées que d’autres. Cette évidence posée, la décennie comprise entre 1977 (Annie Hall, bien sûr) et 1986 (le superbe Hannah et ses sœurs) fut à n’en pas douter le premier pic créatif de Woody Allen, sans doute son âge d’or. Si des classiques comme Manhattan (1979), Stardust Memories (1980), La Rose pourpre du Caire (1985) ou encore Intérieurs (1978), son tout premier drame, sont passés à la postérité, ce fut sans doute au détriment d’autres films moins souvent cités car dominés par les chefs-d’œuvre précités. Sorti en 1983, Zelig fait indiscutablement partie de ces réussites qui ont pâti du succès de leurs « grandes sœurs ».

Si Woody Allen est largement considéré comme un des plus grands dialoguistes du septième art, on lui a parfois injustement reproché un certain académisme sur la forme, sous-entendant que le sens de la repartie l’intéressait nettement plus que les focales utilisées ou la position de la caméra. S’il est vrai qu’en tant qu’autodidacte (il abandonna assez rapidement ses études supérieures), Allen est davantage un « auteur » qu’un technicien, il n’a jamais manqué d’idées visuelles parfois audacieuses et, surtout, il a su s’entourer de pointures, notamment au poste de chef opérateur. A cet égard, la période comprise entre 1977 et 1986 est évidemment marquée par sa collaboration avec Gordon Willis, qui fut responsable de la photographie de pas moins de sept longs-métrages. Fort de l’expertise de l’homme qui mit notamment la trilogie du Parrain en images, Woody Allen poussa très loin le curseur de l’ambition visuelle. En témoignent les premiers films du cinéaste en noir et blanc (Manhattan, Stardust Memories et Broadway Danny Rose) ou l’impressionnante hybridation formelle de La Rose pourpre du Caire, dont les protagonistes « brisent le quatrième mur ». Ce dernier film, ultime collaboration entre les deux hommes, en représente certainement une forme d’aboutissement.

Jamais un projet d’Allen ne fut toutefois aussi ambitieux esthétiquement que Zelig, et Gordon Willis joua un rôle essentiel dans son succès. Ajoutez-y une histoire follement originale et des dialogues souvent hilarants, et vous obtenez le contre-argument ultime à ceux et celles qui reprochent au cinéaste new-yorkais son manque de prise de risques formels…

Leonard the Lizard

Zelig se présente comme un mockumentary (ou documentaire parodique, un genre déjà pratiqué par le cinéaste au début de sa carrière, dans Prends l’oseille et tire-toi et le court-métrage télévisuel Men of Crisis: The Harvey Wallinger Story) consacré à Leonard Zelig, un « homme caméléon » totalement fictif qui aurait connu la célébrité dans les années 1920-30. Cet individu, incarné par Woody himself, a pour particularité de se transformer complètement au contact d’autrui : entouré d’obèses, de gangsters ou de Noirs, il le devient lui-même ! Ce don pour le moins atypique va forcément susciter la curiosité d’une cohorte de médecins et de psychothérapeutes, et lui valoir d’être adulé comme une star – à vrai dire comme un phénomène de foire. En réalité, seul le docteur Eudora Fletcher (Mia Farrow) s’intéressera à l’homme derrière l’énergumène, convaincue qu’à l’origine des transformations se trouve un trouble d’ordre psychique. L’intérêt scientifique se mue progressivement en des sentiments plus intimes…

Le film frappe avant tout par le caractère jusqu’au-boutiste de son idée maîtresse. Si son sujet est évidemment fantaisiste, Zelig possède l’apparence d’un authentique documentaire. Woody Allen, unique scénariste (presque) comme toujours, a en effet pris un malin plaisir à pasticher le montage typique du documentaire, avec son alternance d’images d’archives et d’interviews actuelles d’experts. La parodie reproduit parfaitement la forme ultra-codifiée du documentaire, avec sa voix off très sérieuse, ses témoignages, son commentaire d’images d’époque, etc. Le cinéaste a assuré l’efficacité de l’illusion jusqu’à inviter comme commentateurs, aux côtés de personnages fictifs incarnés par des comédiens (dont Ellen Garrison qui incarne le Dr. Fletcher âgée), de vrais intellectuels, parmi lesquels les écrivains Saul Bellow et Susan Sontag ou le psychologue Bruno Bettelheim, qui se sont prêtés au jeu avec conviction.

Comme signalé plus haut, l’illusion formelle dépasse celle du scénario. Allen et Willis ont livré un travail ahurissant et, surtout, particulièrement détaillé. Les différents comédiens ont ainsi été incrustés dans les innombrables images d’archives bien réelles des années 20-30, une prouesse technique qui rend le simulacre criant de vérité et qui fut réalisée plus d’une décennie avant que les technologies digitales la facilitent grandement – on pense bien sûr à l’exemple célèbre de Forrest Gump (Robert Zemeckis/1994), basé sur le même principe. Toutes les autres séquences en noir et blanc ont été tournées en utilisant notamment du matériel d’époque et en garnissant les images d’impuretés en postproduction afin de les rendre authentiques. Les effets spéciaux du film ont exigé tellement de temps que Woody Allen en profita pour tourner deux autres longs-métrages (Comédie érotique d’une nuit d’été et Broadway Danny Rose) ! Sur le plan musical, l’investissement fut également conséquent puisque, là encore, on y trouve un mélange entre documents d’époque et créations originales. Dans la bande-son se côtoient en effet une ribambelle d’airs de jazz des années 20 (on connaît l’amour de Woody Allen pour ce genre musical et cette période en particulier) et pas moins de six chansons composées pour les besoins du film par le pianiste et compositeur de jazz américain Dick Hyman. Parmi celles-ci, « Leonard the Lizard » et « Doin’ the Chameleon », qui imitent le style des années 20, illustrent la popularité supposée de Leonard Zelig, au sujet duquel on écrivait des chansons et inventait de nouvelles danses. Bref, Zelig ressemble à une grande farce délirante mais poussée jusqu’au bout de sa logique avec un talent prodigieux.

Profondeur du sous-texte, familiarité des obsessions

A force de s’émerveiller sur le principe du faux documentaire et sa réalisation technique brillante, on finirait presque par négliger le principal : le film est d’une irrésistible drôlerie ! La finesse de l’écriture et le génie du gag de Woody Allen sont ici d’autant plus impressionnants que, forme du documentaire oblige, l’humour passe bien plus souvent par la voix off et les situations que dans les répliques, ce qui est rare chez le cinéaste. Rythmée, intelligente et légère, l’œuvre décoche gag sur gag avec un redoutable sens du timing (le fameux delivery des Anglo-Saxons, intraduisible en français). Quelques exemples en vrac : « J’ai travaillé avec Freud à Vienne. Nous avons rompu notre collaboration au sujet du concept de l’envie du pénis. Freud pensait qu’il devait n’être appliqué qu’aux femmes. » ; « Enfant, Leonard était fréquemment harcelé par des antisémites. Ses parents, qui n’étaient jamais d’accord avec lui et le blâmaient de tout, prenaient le parti des antisémites. » ; « Je dois retourner en ville, je donne un cours sur la masturbation. Si je ne suis pas là, ils commenceront sans moi. » ; « J’ai demandé au rabbin le sens de l’existence. Il me l’a expliqué, mais en hébreu. Je ne comprends pas l’hébreu. Il voulut alors me faire payer 600$ pour des leçons d’hébreu. »

Là où Zelig se distingue, c’est que la forme, loin de n’être qu’une esbroufe technique, renforce la puissance humoristique du film. Le décalage entre les gags ou le slapstick et les interviews d’intellectuels parlant de Zelig avec le plus grand sérieux renforce ainsi l’absurdité comique des situations. Surtout, l’incrustation des personnages dans d’innombrables images d’archives forme souvent un gag en tant que tel : voir Woody Allen créer un incident avec le pape Pie XI sur le balcon de la basilique Saint-Pierre ou l’apercevoir parmi une marée de chemises brunes lors d’un meeting nazi, derrière Hitler ou Goebbels, est une garantie de fou rire grâce au mélange d’irrévérence et de légèreté – sans parler de l’illusion visuelle, qui est parfaite. Ainsi, l’air de rien, Zelig est un des très rares exemples (le seul ?) de comédies de Woody Allen où l’on rit parfois uniquement par la grâce du procédé technique, en l’absence de réplique hilarante ou d’aphorisme décalé.

Comme tous les bons films de Woody Allen, Zelig a beau ne pas se prendre au sérieux un seul instant et faire preuve d’un délicieux humour irrévérencieux ou absurde, derrière l’éclat de rire surgit une réflexion plus profonde. Elle est révélée dans le film par le biais du célèbre psychologue d’origine autrichienne Bruno Bettelheim, dont les interventions sont d’ailleurs, à l’instar d’autres célébrités interviewées, autant un commentaire sur le personnage de Leonard Zelig que sur le sous-texte du film. Rejetant le débat autour des supposées psychoses ou névroses de Zelig expliquant son curieux talent, Bettelheim déclare à la caméra : « J’avais l’impression que ses sentiments n’étaient pas très différents de la norme, de ceux d’une personne qu’on qualifierait de normale, équilibrée, mais portées à un degré extrême. Personnellement je trouve qu’on peut le considérer comme le conformiste ultime. » En remontant le temps avec son patient, le Dr. Fletcher apprend que la cause directe de la première transformation du « caméléon humain » est à chercher dans ce moment où, à l’école, il n’osa pas avouer qu’il n’avait pas lu Moby Dick. Zelig n’est rien d’autre qu’un homme sans identité, un être qui refuse d’être « soi », qui ne s’incarne que dans le contact avec les autres. Le conformisme, la volonté de s’intégrer et d’être aimé, la peur terrible de se jeter dans le bain de la pensée et de l’action individuelle : tel est le sujet ô combien actuel du film.

Face à cet être qui, tel le caméléon, change d’apparence pour survivre (dans la société), à défaut d’exister, Allen décrit un monde extrêmement superficiel, dont il n’est finalement que le produit. La société des années 1920 qui, après les horreurs de la guerre, évolue rapidement et s’adonne aux loisirs sans bornes, n’est qu’une allégorie à peine masquée du monde actuel. Un monde où, saoulés de distractions, les gens passent vite à autre chose et ont la mémoire courte. Zelig a beau être célébré comme un phénomène, faire l’objet de chansons ou de films, ses talents extravagants de transformisme ne lui offrent guère une garantie de popularité durable, la population finissant par se lasser et oublier demain ce qu’elle vénérait hier.

Enfin, Zelig est une œuvre dans laquelle Woody Allen a, comme toujours, glissé énormément de choses très personnelles. Ainsi, à l’instar de La Rose pourpre du Caire, ce grand passéiste romantique profite de la magie de la technologie pour se propulser lui-même dans l’époque où il aurait adoré vivre. Assister aux concerts fiévreux de jazz dans son âge d’or, être invité aux soirées glamour chez William Hearst aux côtés de Marion Davies et James Cagney, partager le terrain avec la légende Babe Ruth (Allen est un fan de baseball), discuter avec Charlie Chaplin ou Josephine Baker… Zelig n’est pas une plongée dans les années 20, c’est une plongée dans les années 20 de Woody Allen. Cette projection fictive dans un passé idéalisé n’empêche pas le metteur en scène d’inclure dans le scénario bon nombre de ses thèmes fétiches : New York, la judaïté, ses parents (qui se disputent), les névroses et angoisses existentielles, l’autoflagellation, le romantisme, les femmes fortes, le mélange de références hautement intellectuelles et la jouissance de plaisirs populaires, etc.

Exercice de style, technique éblouissante et presque avant-gardiste pour l’époque, scénario hautement inventif et jubilatoire, critique de quelques tares modernes en filigrane, rire et émotion, fantasmes et délires, myriade de références personnelles jamais nombrilistes… En à peine 1h19 de métrage, on peut dire que Zelig brasse beaucoup de choses. Elles représentent autant de portes d’entrée possibles dans cette œuvre formidable. Du très grand Woody !

Synopsis : Leonard Zelig est un homme-caméléon : son apparence change en fonction des personnes qu’il fréquente. Les médecins s’intéressent à son cas sans en percer le secret, jusqu’au jour où le docteur Fletcher s’isole avec lui et arrive à le soigner sous hypnose.

Zelig : Bande-annonce

Zelig : Fiche technique

Réalisateur : Woody Allen
Scénario : Woody Allen
Interprétation : Woody Allen (Leonard Zelig), Mia Farrow (Dr. Eudora Fletcher)
Photographie : Gordon Willis
Montage : Susan E. Morse
Musique : Dick Hyman
Producteur : Robert Greenhut
Société de production : Orion Pictures
Durée : 79 min.
Genre : Documentaire parodique/Comédie
Date de sortie : 14 septembre 1983
États-Unis – 1983

Edvard Munch, de Peter Watkins : la danse de la mort

Le réalisateur Peter Watkins a forgé au fil des années une œuvre singulière dans un style atypique mêlant fiction et documentaire. A l’occasion d’un voyage à Oslo en 1973, il découvre les tableaux de Munch qui le bouleversent. Il apprend par la suite que le peintre norvégien a connu une hostilité constante de la part de ses contemporains. Watkins, lui-même artiste incompris, se plonge alors dans la vie du peintre qui lui inspire un film de plus de trois heures, véritable référence sur le processus de la création artistique.

Munch, le peintre de la mort

A l’instar du célébrissime tableau le Cri, nombre de peintures d’Edvard Munch transpirent le mal de vivre. Un mal-être enraciné dès l’enfance marquée par la mort de sa mère puis celle de sa sœur ainée, toutes deux emportées par la tuberculose. Tout au long de sa vie, Munch sera hanté par le souvenir de ce double traumatisme. Le tableau l’Enfant malade illustre cette angoisse persistante face à « la maladie, la folie et la mort, ces anges noirs, écrira-t-il, qui ont veillé sur mon berceau ».  Peter Watkins retranscrit cinématographiquement ces peurs, ces obsessions – angoisse d’abandon, jalousie viscérale… – en reprenant en boucle les images des drames de l’enfance. Comme des motifs picturaux reproduits à l’infini.

Une mise en scène originale

Pour raconter la vie d’Edvard Munch (1863-1944), Peter Watkins opte pour une mise en scène qui lui est familière. Elle consiste en une fausse approche documentaire enserrée au cœur d’un récit biographique. Des personnages, des décors, par ailleurs magnifiquement photographiés, et des faits comme il y en a dans tout biopic. Le film donne notamment à voir comment chaque tableau intervient à des étapes clé de la vie du peintre. L’occasion pour Watkins de brouiller les codes de la narration. Ainsi, les figures qui gravitent autour de Munch se retrouvent-elles interviewés, témoignant comme elles le feraient dans un reportage télé contemporain. Dans le même ordre d’idée, le réalisateur invite ses acteurs/personnages à regarder régulièrement la caméra, faisant voler en éclats le sacro-saint principe du quatrième mur. Il en résulte une proximité aussi troublante qu’efficace. La Watkins touch.

Un film politique

Le film est aussi une charge contre la société conservatrice et puritaine dont le peintre est issu. Cette haute bourgeoisie fin de siècle qui se pavane sur l’artère principale d’Oslo et que vilipendent certains intellectuels réformateurs. Munch fréquente notamment les cabarets et bistrots enfumés où se retrouvent les membres de la Bohème, groupe d’anarchistes emmené par le charismatique Hans Jaeger. Munch y apparait réservé mais attentif, silencieux mais respecté. Peu porté sur les mots – on ne l’entend guère – il s’en tient à la peinture comme arme de subversion. Une vision hallucinée de la condition humaine que rejetteront en bloc toutes les galeries et académies de peinture de la vieille Europe. Un aveuglement qui en dit long sur la modernité de Munch bien avant le surréalisme qu’il préfigure à maints égards.

Quand cinéma et peinture conversent aussi magnifiquement on ne peut que se réjouir. Un film à découvrir.

Bande annonce :

Fiche technique :

  • Titre : Edvard Munch, la danse de la vie
  • Titre original : Edvard Munch
  • Réalisation : Peter Watkins
  • Scénario : Peter Watkins avec les acteurs
  • Production : NRK (télévision norvégienne) et Sveriges Radio AB Production
  • Photographie : Odd Geir Saether
  • Montage : Peter Watkins  assisté de Lorne Morris
  • Son : Kenneth Storm-Hansen et Bjorn Hansen
  • Pays d’origine : Suède et Norvège
  • Format : Couleur – Mono
  • Genre : Biographie – Drame
  • Durée : 210 min.
  • Langues : anglais et norvégien

 

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De l’or pour les chiens : l’évasion d’une jeune femme

De l’or pour les chiens est une première oeuvre captivante grâce au regard singulier que la réalisatrice porte sur cette jeune fille qui tente de suivre ses émotions avec fougue.

La première scène et l’une des dernières scènes du film se répondent : là où l’une fait parler les corps et le bruit des gémissements sur le sable chaud d’une plage des Landes, l’autre fait parler le coeur et l’osmose de l’esprit avec sa condition humaine par le biais d’un long monologue fermé entre 4 murs. D’emblée, Anna Cazenave Cambet dévoile la sexualité impétueuse de son personnage avec une scène aride, et sans fioritures, et prend à contre pieds cette idée que la libération narrative de son personnage passera uniquement par l’appropriation de son pouvoir sexuel : Esther se l’étant déjà approprié très jeune. Ces deux scènes sont le fruit du film : celui de voir une jeune femme, innocente, un brin candide et observatrice, découvrir le monde et ses turpitudes.

Alors qu’Esther tombe amoureuse d’un jeune garçon, avec qui elle passe tout son été à baiser, elle décide de le suivre à l’improviste chez lui à Paris, sans rien en poche à part son sac et une bouteille remplie de sable. Sauf que tout ne se passera pas comme prévu. Dans cette première partie du film, estivale, solaire et non loin des codes du teenage movie, la cinéaste (avec le travail de son chef op’) fait preuve d’une grande minutie pour accoucher de beaux tableaux. Avec un style naturaliste voire même documentariste, elle aime prendre le pouls de grands espaces, sentir le décorum vibrer, tout en aimant souvent recentrer son axe, autour du facteur organique des corps, notamment celui de son actrice principale, Tallulah Cassavetti. Mais que l’on ne s’y trompe pas, le coeur du film, c’est un échange en filigrane entre Esther et son environnement.

Un environnement premièrement masculin, manipulateur et violent, un environnement familial déstructuré où compétition et incompréhension entre mère et fille ne font pas bon ménage dans un milieu social difficile et sexiste. On se prend rapidement d’affection pour ce personnage d’Esther et sa robe presque trop petite pour elle, souvent en retrait, où il est difficile de savoir si elle prend le pouvoir de sa vie ou si elle subit certaines situations (« tu veux pas le faire, parce que je le fais mal? »). Cette ambiguïté, sans qu’il y ait de jugements dans le récit, permet aussi au personnage de s’émouvoir par lui même, et de lui laisser une totale liberté dans l’expression de ses émotions à l’image de cette danse improvisée dans un bar PMU, qui rappelle doucement celle de Haemi dans Burning.

Puis vint la deuxième partie, celle à Paris, où Esther trouvera refuge dans un couvent de religieuses, où Esther se livrera mais aussi fera ce qu’elle aime faire le plus : écouter les autres. Dans cette deuxième partie, le soleil des Landes et les ondes des vagues ne sont plus. Une lumière qui s’assombrit, un silence monacal, des gestes du quotidien, un respect des lieux et des rites, des frustrations qui se placardent contre les murs, le film prend alors une tournure mystique qui se rapproche des premières oeuvres de Bruno Dumont. Le film, presque coupé en deux, qui fait éclore deux ambiances bien distinctes n’est en aucun cas incohérent : au contraire, au lieu de suivre un schéma narratif habituel, il suit les émotions de son personnage. Dans un cas comme dans l’autre, De l’or pour les chiens fait se mouvoir le corps et l’esprit de femmes qui prennent la parole de manière hétéroclite et qu’on écoute avec bienveillance. Dans la vie d’Esther, il n’y a pas de voie toute tracée, ni de chemins à suivre. Seule maitre de son destin, elle se laisse guider par ses émotions et sa compréhension d’un monde parfois en suspens, mais terriblement tangible. Avec ce portrait de jeune femme, Anna Cazenave Cambet signe un premier film fort, loin des attentes du genre. 

Bande Annonce – De l’or pour les chiens

Fiche Technique – De l’or pour les chiens

Réalisation : Anna Cazenave Cambet
Scénario : Anna Cazenave Cambet, Marie-Stéphane Imbert
Casting : Tallulah Cassavetti, Ana Neborac, Corentin Fila
Durée : 1h 39 minutes
Genre: Romance, Drame
Date de sortie : 30 juin 2021 ( Rezo Films)

 

Titanic (1997) de James Cameron : l’autre procès de la bourgeoisie

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Au moment où le Titanic coule devant les caméras de James Cameron en 1997, il emporte avec lui un Monde coupé en 3 classes, dans lequel une bourgeoisie cintrée y a joué une très belle pièce de théâtre. Pour ceux qui n’ont pas pu aller sur les chaloupes, il est tragiquement temps avant les autres de retenir son souffle : un destin funeste les attend tous.

Synopsis : Southampton, le 10 avril 1912 : le paquebot le plus grand et le plus moderne du monde, réputé pour être insubmersible, le Titanic, appareille pour son premier voyage. Quatre jours plus tard, il heure un iceberg. A son bord, un artiste pauvre et une grande bourgeoise tombent amoureux.

De Jack London à allociné

Tous les Jack et Rose ne se rencontrent-ils que dans les fictions ? De Roméo et Juliette à Coup de foudre à Notting Hill en passant par les Aristochats, ces grandes histoires d’amour naissent d’un grand malentendu et leur passion immole un cadavre : la bourgeoisie. Dans ce synopsis d’allociné, qui distribue les éléments connus de tous, la confrontation entre la culture et la bourgeoisie est incontournable. Elle est très vivante dans le chef d’oeuvre de Jack London, Martin Eden, quand gauche, le jeune homme donnant son nom au roman trimballe ses épaules dans un pompeux intérieur bourgeois, invité à y entrer après avoir sauvé une belle jeune première. Bêtement, il ne se sent pas dans son élément et craint alors de casser une tasse, une vitrine,  d’un mouvement brusque et animal. Jack Dawson, lui, est aussi une pile d’énergie, moins balourde : il joue sa vie au poker, triche un poil, récupère un billet, prêt à passer une nuit dehors. Heureux, il hurle comme un enfant de 5 ans lâchant des « Wouhou » assez réguliers dès ses premières minutes sur le bateau. Et personne ne s’en plaint, ce qui peut apparaître surprenant.

L’enfant et le bourgeois

S’il y a si peu d’enfants dans Titanic, qui pourraient gêner Jack quand il vient faire l’idiot sur la proue, c’est parce qu’il a décidé de tous les jouer, à lui tout seul. La bourgeoisie dans Titanic combat l’enfance, refuse toute idée de folie, de créativité, génératrice d’instabilité. Si Rose a menacé de se suicider, on le tait, discrètement, par l’entremise d’un serviteur dévoué, incarné par David Warner, strict et droit comme un I. On ne badine pas avec les gosses. Ni avec le suicide.

Une bourgeoisie stricte, corset âme

A ce titre, la scène du corset est révélatrice de ce que James Cameron utilise comme cliché pour mettre en scène ces milieux bourgeois comme un vecteur de rejet. Rose se pomponne, devant un beau miroir, quand Frances Fisher, jouant sa mère, prend la place soudaine d’une servante pour lacer le corset de sa fille. Maigre, les traits tirés, elle enserre celle qu’elle voit comme une jeune ingrate, incapable de se faire aux avances d’un jeune premier fortuné apte à sauver sa famille en faillite, pour littéralement l’étouffer à l’écran en représailles. Qui n’a pas soufflé ou réagit en ouvrant de grands yeux quand la mère le lasse une fois de trop ? Le corset enserre le personnage, redresse les illusions d’une classe sociale paumée, encore une fois dans un grand film historique.

Les feux de l’amour

La bourgeoisie brille dans Titanic d’un feu presque éteint, moins flamboyant que ceux de l’amour, malgré la présence pour un plan de Victor Braeden, l’éternel interprète de « Victor » dans la série phare de l’après-midi, maintenant des matinées sur TF1 (ne me demandez pas pourquoi je connais ces horaires). Lors d’une courte scène, d’un plan à peine, le John Jacob Astor cherche, songeur, l’origine de la famille fictive nouvellement fortunée que Jack Dawson vient d’inventer, roublard, l’autorisant à manger à la table des rois. Et, après un instant, oui, il semble à ce grand Mr Astor, financier et riche magnat, qu’il le connaît…  Derrière ces yeux mi-clos, songeurs, on imagine un temps de grandes compétences, un génie : non, il n’y a derrière ce rideau qu’un non-sens total, à l’image même de cette Tour Eiffel flottante traversant un océan. James Cameron filme dans Titanic une bourgeoisie cintrée, stupide, comique :  inconsciente de sa propre chute, magnifique dindon de la farce.

Usual suspect

Quand Jack Dawson est récompensé à table d’avoir sauvé Rose, il a cette réflexion puissante lors du dîner mondain, d’une éloquence renversant les montagnes : « il faut que chaque jour compte ». En fait non. Cela sonne plutôt creux. Mais malgré tout, la réplique permet de constater que si le héros même du film n’est pas plus brillant que le bourgeois cintré qui abandonne ses femmes pour aller boire un brandy, il est définitivement plus charismatique que celui perçu unanimement comme le mal incarné, dans tous les angles, qui provoque l’inéluctable catastrophe. Quoi, il n’y pas assez de canots ? On en limite le nombre, pour l’argent. Les icebergs ? On accélère pour que le capitaine remporte le ruban bleu, le trophée de la traversée de l’Atlantique la plus rapide, au mépris du danger, dans un nombrilisme tout petit bourgeois. Les cloisons étanches? Finalement pas assez nombreuses, pas assez hautes, on n’aurait jamais imaginé que… Et puis les autres en paieront le prix.

La vengeance au deux visages

Ces figures bourgeoises tissent dans le plus gros blockbuster du 20ème siècle un spectre assez large du procès de la bourgeoisie au cinéma. Moins fin que Chabrol, moins tendre que Jack London, qui faisait exprimer par Martin Eden l’incompréhension pour un homme du peuple devenu érudit que cette classe sociale, ayant les moyens, la culture et l’argent ne fasse rien de mieux que de compter ses sous comme un Picsou aigri et inculte. Chez James Cameron, ces bourgeois là ne font que se pavaner, sourire et chanter, sans jamais penser aux autres, même pas à eux : seulement à leur image. Dans un sens, la bourgeoisie est le seul groupe du film littéralement cinégénique, se mettant en scène dans un cadavre exquis dont elle ne peut pas avoir conscience. Ces tensions naissent et explosent sur le visage de Billy Zane, fabuleux dans un rôle ingrat et oublié, méprisé par sa propre vérité. Elles se cristallisent dans la détresse de Thomas Andrews, l’ingénieur, perdu qu’une telle bêtise ait pu exécuter son navire parfait. D’un honneur à peine remonté par le personnage de Molly Brown, parfaite franc-tireuse se moquant de tout et incarné avec délectation par Kathy Bates, il ne reste après 3h20 qu’un diamant appelé pompeusement le cœur de l’océan. Un joyau, éclatant, après laquelle tout le monde court. Mais surtout une très belle pierre.

Bande annonce

Fiche technique

Titre original et français : Titanic
Réalisation et scénario : James Cameron
Musique : James Horner
Direction artistique : Martin Laing et Charles Dwight Lee
Décors : Peter Lamont
Costumes : Deborah Lynn Scott
Photographie : Russell Carpenter
Son : Christopher Boyes
Montage : Conrad Buff, James Cameron et Richard A. Harris
Production : James Cameron et Jon Landau (producteurs), Rae Sanchini (no) (producteur délégué), Al Giddings, Grant Hill et Sharon Mann (en) (coproducteurs), Pamela Easley (productrice associée)
Sociétés de production : 20th Century Fox, Paramount Pictures et Lightstorm Entertainment4
Sociétés de distribution : 20th Century Fox (International), Paramount Pictures (Canada et États-Unis)
Sociétés d’effets spéciaux : Digital Domain et Industrial Light & Magic4, Robert Legato
Budget de production : 200 millions de dollars5
Pays d’origine : États-Unis
Langue originale : anglais, italien, russe et allemand
Format6 : couleurs (DeLuxe) – 2.35 : 1 – 35 mm – son DTS Dolby Digital SDDS
Genres : catastrophe , drame , romance
Durée : 195 minutes
Dates de sortie en salles :
États-Unis : 14 décembre 1997 (première à Los Angeles) ; 19 décembre 1997 (sortie nationale)
Belgique, France : 7 janvier 1998 (sortie nationale) ; 4 avril 2012 (ressortie en 3D)

« Atlas historique de Rome » : ville, capitale, État, mythe

Rome est une ville en mouvement perpétuel. Pour en prendre la pleine mesure, cet atlas emploie une centaine de cartes, de plans ou d’infographies et retrace son évolution géohistorique.

Elle serait éternelle. C’est probablement par ses sédiments historiques, son aura culturel, son statut pontifical, son histoire rayonnante ou sa position de capitale italienne que Rome a acquis son immortalité. Centre névralgique d’un empire conquérant et vigoureux, objet de fascination pour des touristes ébahis devant tant de richesses architecturales, la ville fondée selon la légende par Romulus en 753 av. J.-C. méritait bien les attentions que lui portent aujourd’hui Aurélien Delpirou, Eleonora Canepari, Sylvain Parent et Emmanuelle Rosso.

Cet Atlas historique de Rome ne manque certainement pas de sujets : la prédestination du site, le mausolée d’Auguste, les conceptions de l’espace urbain, l’empreinte du fascisme ou encore la Rome du XXIe siècle. Celle qui est aujourd’hui érigée en ville paradoxale partagée entre le Vatican et l’Italie, entre le centre et ses périphéries tentaculaires ou entre le Nord et le Sud possède une histoire riche, plurielle, tout entière condensée dans sa démographie fluctuante. Il faut ainsi attendre le milieu du XXe siècle pour atteindre le volume démographique du IIe siècle apr. J.-C. ! Et ce n’est pas tout : entre 1870 et 1971, la population romaine se voit multipliée par 13, tandis que la superficie de l’espace urbanisé apparaît 50 fois plus importante ! La modernisation de cette ville-État-capitale est cependant longtemps restée inachevée, notamment en raison des conflits qui ont opposé l’État central et l’aristocratie chrétienne restée fidèle au Pape après l’absorption de Rome par les institutions italiennes.

Coincée entre les âges d’or de l’Antiquité et la Renaissance, la Rome médiévale voit circuler à son sujet toutes sortes de raccourcis. L’atlas les met à mal en rappelant notamment que l’appareil institutionnel se modernise sous la Commune, que la ville pontificale continue de rayonner à travers le monde chrétien et que le tissu urbain se transforme graduellement, même si les preuves en attestant demeurent chiches. Des travaux urbains d’ampleur ont ensuite eu lieu sous le patronage des pontifes, confortant Rome en tant que centre de la catholicité, mais aussi que capitale mondiale de la culture et du baroque (un langage artistique alors révolutionnaire). Le Rome moderne est par ailleurs une ville cosmopolite, où fourmillent les étrangers et les visiteurs, une capitale vivante et ouverte – rattachée au Royaume d’Italie au XIXe siècle.

Durant leurs pérégrinations géohistoriques, les auteurs se penchent sur le développement de l’arrière-pays romain, sur le Forum plurifonctionnel, sur l’ancrage des Dieux dans l’Urbs ou encore sur la dimension urbaine enrichie par les magistrats et les empereurs. Ils rappellent que des travaux d’assainissement ont été exigés par les rois au VIe siècle av. J.-C., que le Colisée, amphithéâtre en pierre, a symbolisé l’avant-garde et la puissance de la ville, un peu à l’instar du théâtre de Pompée.

Rome n’a en fait jamais cessé d’évoluer et de grandir, sans jamais annihiler les traces de son passé, qu’il soit royal, impérial ou républicain. Si 96 pages ne suffisent pas à résumer l’épopée romaine (l’ouvrage n’en a pas la prétention), elles font néanmoins la démonstration d’un espace changeant, aux statuts cumulatifs, durablement associé aux arts et à la culture, incarnant à la fois une religion et un État. Rome est tout cela à la fois, et bien davantage encore.

Atlas historique de Rome, Aurélien Delpirou, Eleonora Canepari, Sylvain Parent et Emmanuelle Rosso
Autrement, mai 2021, 96 pages

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4

« La Soucoupe et le Prisonnier » : de Strip-tease aux assises

Aux éditions Glénat paraît La Soucoupe et le Prisonnier, de Jean-Charles Chapuzet et Boris Golzio. L’album se penche sur la figure tragicomique de Jean-Claude Ladrat, passé à la postérité pour avoir fabriqué des soucoupes dans son jardin.

En 2018 paraissait aux éditions Marchialy un ouvrage intitulé Mauvais plan sur la comète. Jean-Charles Chapuzet y retraçait le parcours de Jean-Claude Ladrat, l’une des figures emblématiques de l’émission Strip-tease. La bande dessinée qui nous intéresse aujourd’hui, La Soucoupe et le Prisonnier, constitue le prolongement de cette rencontre mémorable. Son intérêt tient essentiellement en un point : évoquer l’histoire d’un inventeur surréaliste qui aura marqué les années 1990. Et expliquer comment ce dernier a pu passer de la fabrication d’une soucoupe dans son jardin à la prison.

Jean-Claude Ladrat caresse un rêve : rejoindre les Bermudes depuis sa Haute-Saintonge. Pour ce faire, il va errer pendant 91 jours dans l’Atlantique, à bord d’une soucoupe patiemment confectionnée par ses soins. L’expédition comporte des risques : il pourrait échouer, mourir de faim, se perdre en mer… L’album en témoigne longuement. Mais Jean-Claude Ladrat semble au-dessus de tout cela : l’aventure, qu’il faudrait probablement appeler « mission » puisqu’elle lui a été dictée par une voix surnaturelle, vaut bien ces quelques risques.

La Soucoupe et le Prisonnier n’est pas seulement le portrait d’un jusqu’au-boutiste qui a fait les gros titres de la presse dans les années 1990. C’est aussi une histoire filiale peu banale, puisque Suzanne, la mère de Jean-Claude, avec qui il vit, le soutient dans son entreprise, qui prend un nouveau tour lorsqu’il décide de s’atteler à une soucoupe… volante ! Boris Golzio met en images l’avant et l’après-gloire cathodique de ce fermier-inventeur-explorateur aussi absurde que convaincu. Ses planches sont dominées par les teintes bleutées, sépia ou rosées, dans lesquelles se fondent des dessins le plus souvent expurgés d’autres couleurs.

L’album revient aussi sur la condamnation aux assises de Jean-Claude Ladrat, ancien marin reconverti, prétendument par naïveté, en délinquant sexuel. Il expose la manière dont le village de Germignac a été durablement lié à ses histoires loufoques. Un ancien maire résume ainsi : « N’empêche, encore aujourd’hui, tapez Germignac dans Google, vous tombez sur la soucoupe ! » À la lecture de l’album, on devine un Jean-Charles Chapuzet fasciné, parfois amusé, et considérant probablement dans un même élan Ladrat comme un individu attachant mais dysfonctionnel.

C’est cette impression qui perdure en tout cas après la lecture de La Soucoupe et le Prisonnier. L’album, généreux en bonds temporels, ce qui lui confère un air faussement décousu, est précisément intéressant de par la distance qu’il instaure vis-à-vis de son antihéros. Un personnage qu’on croirait romancé tant il sort de l’ordinaire. C’est sans doute ce qui a poussé Jean-Charles Chapuzet et Boris Golzio à lui consacrer une bande dessinée (alors qu’existaient déjà un livre et une émission télévisée).

Aperçu : La Soucoupe et le Prisonnier (Glénat)

La Soucoupe et le Prisonnier, Jean-Charles Chapuzet et Boris Golzio
Glénat, avril 2021, 96 pages

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3

Découvrez « La Grande Histoire de l’euro de foot »

Avec un parfait sens du timing, le journaliste au magazine So Foot Pierre Dubourg se penche sur l’euro de football dans la collection « Librio » (Flammarion).

Souvenez-vous de cette punchline du sélectionneur italien Giovanni Trapattoni après l’euro 2004 : « La Grèce a gagné le tournoi grâce à trois coups francs et un corner. » Rappelez-vous, quatre ans plus tôt, des deux buts mémorables inscrits par les remplaçants français Sylvain Wiltord et David Trezeguet en finale contre l’Italie. Remémorez-vous cette Espagne conquérante de 2008 et 2012, ou cette posture « hulkéenne » de Mario Balotelli après son mémorable doublé contre l’Allemagne en demi-finale de l’édition 2012. La Grande Histoire de l’euro de foot est un opuscule ludique, qui nous replonge dans les grands moments qu’a connus ce tournoi, depuis sa création en 1960 jusqu’au sacre du Portugal de Cristiano Ronaldo en 2016. Pour ce faire, il s’intéresse aux stars, aux anecdotes, aux équipes sacrées, aux buts légendaires, au climat politique de l’époque, etc. Pierre Dubourg donne de l’allant à son récit footballistique en en découpant les points névralgiques, qu’il reproduit inlassablement de tournoi en tournoi.

« Imaginé dans l’entre-deux-guerres par Henri Delaunay, le Championnat d’Europe a été le reflet de son époque. Du boycott du général Franco à la crise de la zone euro, en passant par l’éclatement de la Yougoslavie et la réunification de l’Allemagne, le tournoi a épousé les formes et les passions du Vieux Continent, à mesure que son histoire se construisait lentement, et parfois brusquement, partant des divisions de la guerre froide pour aboutir au traité de Maastricht. » Au-delà du seul facteur sportif, La Grande Histoire de l’euro de foot se penche en effet sur les interactions étroites entre le terrain sportif et géopolitique. L’édition 2012 a par exemple vu l’Allemagne et la Grèce s’opposer, alors que les deux nations s’affrontaient régulièrement dans les cénacles européens et internationaux. La Grèce vivait alors une crise économique sans précédent, tandis que l’Allemagne, en qualité de créancière inflexible, apparaissait aux yeux des Grecs comme la responsable de tous leurs maux. Les commentaires d’avant-match, souvent à la limite (voire au-delà) de la provocation, n’ont finalement été que le strict reflet des tensions qui animaient les relations entre les deux pays.

Il y a cependant des histoires plus souriantes dans le petit ouvrage de Pierre Dubourg. Comment ne pas citer celle du Danemark, repêché au dernier moment lors de l’euro 1992 et vainqueur au terme d’un tournoi où se sont signalés des compétiteurs de la trempe de Peter Schmeichel et Brian Laudrup ? La Tchécoslovaquie de 1976 est un autre exemple de succès inattendu. Doublement d’ailleurs, puisqu’il y eut cet incroyable but sur pénalty d’Antonin Panenka face à Sepp Maier ! L’épopée des Bleus en 1984, sous la houlette de Michel Platini, constitue probablement un souvenir collectif impérissable et démontre à quel point le football peut être fédérateur et vecteur d’émotions fortes. D’autres événements sont cependant moins reluisants : la rivalité entre les joueurs du PSV et de l’Ajax qui plombe la campagne hollandaise en 1976, les aveux de dopage de Franz Beckenbauer au sujet de l’édition 1972, les performances médiocres des Français en 2004… Une énième preuve que « la grande histoire de l’euro » est faite de hauts et de bas, de moments de liesse et de tristesses inconsolables.

La Grande Histoire de l’euro de foot, Pierre Dubourg
Flammarion/Librio, mai 2021, 160 pages

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3.5

« Sweet Jayne Mansfield » : icône déchue

Sweet Jayne Mansfield réunit Jean-Michel Dupont et Roberto Baldazzini à l’occasion d’une biographie dessinée présentant Jayne Mansfield sous son jour le plus irradiant, mais aussi le plus délétère.

Quand elle épouse Mickey Hargitay, alors Monsieur Univers, et qu’elle trouve refuge à Beverly Hills, dans un indicible et cossu Pink Palace, Jayne Mansfield croit certainement avoir fait le plus dur : concrétiser un rêve d’enfant en occupant une place enviable dans la chaîne alimentaire hollywoodienne. Celle que l’on compare alors volontiers à Marilyn Monroe tire profit de ses formes généreuses pour demeurer sous les feux de la rampe. Elle prend des bains de champagne, se fait volage, prend goût aux objectifs et aux gros titres de la presse. Mais comme souvent dans pareil cas, la célébrité appelle l’ivresse, puis la déchéance…

Comme en atteste la couverture de l’album, Jean-Michel Dupont et Roberto Baldazzini usent de couleurs pétillantes et de vignettes souvent lubriques pour mettre en images le parcours d’une étoile hollywoodienne en mal chronique de reconnaissance. Car Jayne Mansfield, ce sont des publicités dégradantes, des rôles de bimbos sans cervelle, l’évocation d’un faux kidnapping censé lui rendre un peu de sa superbe… C’est surtout une femme multipliant les conquêtes, ayant des rapports erratiques avec les hommes, peinant à s’épanouir dans une relation durable, papillonnant jusqu’à se trouver sous l’emprise d’un homme violent, Sam Brody. « Un orgasme avec Sam, c’est comme être en même temps au ciel et en enfer », confesse-t-elle ainsi.

Jayne Mansfield a un parcours… de cinéma. Privée de père durant son enfance, dotée d’un quotient intellectuel de 163, mais surtout de mensurations à peine croyables, elle n’hésite pas à mettre en avant sa silhouette sculpturale et à peroxyder ses cheveux pour crever l’écran. Sex-symbol des années 1950 et 1960, elle subit un traitement médiatique que Marilyn Monroe ou Brigitte Bardot ne connaissent que trop bien. Tout l’intérêt de l’album de Jean-Michel Dupont et Roberto Baldazzini consiste à mesurer la distance persistant entre les rêves d’une gamine enfouie dans des revues people et la réalité hollywoodienne dans ce qu’elle a de plus cruel. Ce n’est toutefois pas tout, puisque Sweet Jayne Mansfield possède des reliefs psychologiques appréciables et une description sans fard de l’industrie cinématographique.

Au crédit des premiers, on signalera l’attrait, voire la fascination pour la gloire, et ce que les individus sont prêts à perdre en dignité pour gagner en pouvoir (argent, popularité). Pour la seconde, il suffira de se reporter à la carrière en dents de scie de Jayne Mansfield, passée de Hollywood à Cinecittà, de la Fox aux studios où elle fut prêtée, des tournages artistiquement ambitieux aux séries B fauchées et mal outillées. Bien entendu, ce parcours sinueux va se solder par une tragédie, contenue en germe dans les premières pages de l’album. Train de vie dispendieux, hypomanie, libertinage, drogues : il est difficile de ne pas voir que Jayne Mansfield a brûlé la chandelle par les deux bouts. Et de ne pas rapprocher ces étoiles filantes aux situations exacerbées mises en scène par David Cronenberg dans Maps to the Stars. Car, au fond, Marilyn et Jayne n’étaient-elles pas des lumières qu’un système toxique a vampirisées, puis jetées dans l’ombre ?

Aperçu : Sweet Jayne Mansfield (Glénat)

Sweet Jayne Mansfield, Jean-Michel Dupont et Roberto Baldazzini
Glénat, mai 2021, 168 pages

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3.5

Tout ce que vous devez savoir à propos de The Crown

La série The Crown, de Peter Morgan est devenue l’une des séries les plus populaire sur la plateforme Netflix. La quatrième saison est sortie l’an dernier, et si vous êtes mordus de l’histoire de la famille royale d’Angleterre, vous attendez certainement la suite avec impatience. Pour vous faire patienter, entre le nouveau casting attendu et les péripéties à attendre, nous vous dévoilons tout ce que vous devez savoir sur cette série à succès.

The Crown, ou comment devenir incollable sur la famille royale

The Crown est une série créée par Peter Morgan diffusée depuis fin 2016 sur Netflix. Cette série relate avec une fidélité historique la vie de la reine Elisabeth II, de son jeune âge jusqu’à nos jours. Entre romances, rivalités politiques, histoires personnelles, nous découvrons comment Elisabeth II dirige l’une des plus célèbres monarchies du monde. Et cela avec toutes les personnes qui gravitent autour ainsi que les événements marquants de son règne.

Quatre saisons sont disponibles jusqu’à présent, la première saison couvre les années 1947, soit l’année du mariage de la Reine, à 1956. La saison 2 fait le récit des années 1956 à 1964, puis 1964 à 1977 pour la saison 3. Et enfin, la saison 4, sortie en novembre dernier, couvre les années 1977 à 1990.

Que s’est-il passé dans la saison 4 ?

La saison 4 n’a pas affaibli le succès de The Crown, bien au contraire. Les dix épisodes de cette saison couvrent les années 80 de la famille royale. Alerte spoiler, la saison s’achève en même temps que le mandat de Margaret Thatcher, jouée par Gillian Anderson. Elle aura acquis une notoriété certaine au cours de cette décennie, notamment grâce à ses actions menées d’une main de fer. Elle reçoit l’Ordre du Mérite par la Reine Elisabeth II, admirablement jouée par Olivia Colman, qui a remplacé Claire Foy des saisons 1 et 2.

Lady Diana Spencer est l’autre femme de caractère mise en lumière dans cette saison. En effet, après le mariage avec Charles, tromperies et désillusions entrent dans le jeu, et un triangle amoureux se forme avec Camilla Parker Bowles.

Suite à cette saison, vous voulez certainement savoir ce qu’il va se passer dans les prochaines saisons. En revanche, il va falloir vous armer de patience et de quelques tasses de thé pour patienter, car le tournage de la saison 5 est prévu cet été. Cela veut dire qu’elle ne sera certainement pas disponible avant 2022 sur la plateforme. Et si vous ne connaissez pas encore cette série, c’est le moment ! Un essai gratuit de VPN vous permettra donc de binge-watcher the Crown, puisque ces réseaux virtuels privés sont très efficaces pour une expérience optimale de visionnage.

Un nouveau casting pour les saisons à venir

Si vous suivez la série depuis le début, il ne vous aura pas échappé que pour coller au mieux à la réalité et ainsi marquer le temps qui passe, les acteurs changent toutes les deux saisons. Avec la saison 5, nouvelle décennie et donc nouveau casting.

Pour incarner Elisabeth II, c’est Imelda Staunton (vous la connaissez forcément dans la peau de Dolorès Ombrage de la saga Harry Potter) que vous retrouverez dès la saison 5. Jonathan Pryce prendra la place de Tobias Menzies dans le rôle du Prince Philip.

serie-crown

Après Emma Corrin dans les saisons précédentes, c’est à Elizabeth Debicki que revient l’interprétation de la princesse Diana. Quant au prince Charles, c’est Dominic West qui prendra la suite de Josh O’Connor.

Écrit par Josiane Clément

 

Les meilleurs films de casino jamais réalisés

Pour jouer casino en ligne ou se familiariser avec cet univers, on peut s’exercer à des jeux gratuits, mais aussi suivre des films inspirés de cette industrie. Certes, la durée classique d’un film ou de quelques épisodes de séries ne favorisent pas une maitrise parfaite du sujet, mais c’est toujours palpitant de s’immiscer dans un environnement quasi réel afin de développer quelques stratégies et de savoir les bonnes attitudes à adopter. Certains films et séries de casinos ont clairement été une réussite. Pour embarquer dans cet univers, nous vous proposons une liste d’immanquables à tester tout de suite.

Les meilleurs films inspirés de casino

Casino Royale

Produite en 2006, Casino Royale vous transporte dans une ambiance fun, que vous n’êtes pas prêt d’oublier. Et si vous voulez tester la même ambiance en direct, essayez l’option de casino en direct du meilleur site casino en ligne pour votre plaisir. Casino Royale un classique du cinéma. Pas seulement parce qu’il nous embarque dans les aventures de l’iconique James Bond incarné par Daniel Craig, mais surtout parce que son scénario est bien ficelé et attractif, que vous soyez fan de casino ou non. Apprenez quelques stratégies de poker avec les acteurs charismatiques, que vous pourrez peut-être développer plus tard en ligne, pour tenter de remporter de l’argent.

Las Vegas 21

Voici un film que les curieux du blackjack vont adorer. Dans une ambiance réaliste, le réalisateur Robert Luketic et les acteurs vous embarquent à bord d’une aventure originale centrée sur le blackjack et les calculs mathématiques. Peut-on réussir au blackjack en faisant preuve de génie et en utilisant la mathématique ? La réponse vous attend dans cette production, qui reste l’une des meilleures du monde cinématographique inspiré du casino. Ce film a été mis à la disposition du public en juin 2008.

Lucky You

Mettant en vedette le célèbre jeu de poker, ce film réalisé par Curtis Hanson en 2007 vous propose une immersion dans l’ambiance d’une compétition de poker. La stratégie est de mise au poker, la concentration et quelques astuces malignes aussi. Mais comment Huck Cheever va-t-il réussir son tournoi de poker tout en gérant ses frasques amoureuses ? Lucky You vous garantit un moment divertissant et instructif, si vous adorez le poker. Il pourra même vous aider à surmonter quelques-unes de vos craintes.

Mississipi Grind, encore appelé Under Pressure

L’acteur Ryan Reynolds dévoile toute l’étendue de son charisme dans ce film datant de 2015, réalisé par Anna Boden et Ryan Fleck. Ayant pour objectifs de gagner de grosses sommes en jouant au poker dans un casino de Nouvelles-Orléans, Germy et Curus ont fait un voyage sur le fleuve du Mississippi. Les deux amis se sont rencontrés lors d’une partie de poker à Iowa. À travers ce film, tous les amoureux des jeux d’argent pourront voir la psychologie des joueurs, des risques qu’ils peuvent prendre pour remporter d’énormes sous. Au terme du film, les deux amis ont atteint leurs objectifs, mais après avoir osé.

Rounders

Pour les jeunes étudiants qui raffolent du poker, rounders est l’histoire d’un étudiant qui aime aussi ce jeu tout comme vous. Comme certains débutants, il a fait l’erreur de miser tout son argent qu’il perd malheureusement face à un russe. Cet échec le fait reculer d’un pas devant ce jeu qu’il adore tant, afin de se concentrer sur sa formation en droit. Mais cette décision n’a été que de courte durée.

Car la libération de prison de son meilleur ami Worm qui avait une grosse dette à des personnes dangereuses le poussera à chercher de l’agent pour l’aider à rembourser. Et le meilleur moyen pour remporter une somme si importante est le jeu de casino. Ce film de 1998 réalisé par John Dahl peut vous aider à franchir une étape dans votre connaissance du casino, en l’occurrence du poker.

Les meilleures séries TV inspirées du casino

Si la durée classique d’un film ne vous suffit pas, vous pouvez prolonger le plaisir à travers plusieurs épisodes de séries. Voici une liste de séries inspirées de casinos à tester pour passer d’agréables moments et apprendre quelques rouages de l’industrie au passage.

Sneaky Pete ou Sournois Pete

Sneaky Pete ou sournois Pete est l’histoire d’un ex-prisonnier qui vole l’identité de son compagnon de cellule à la sortie de prison. Après ce changement d’identité Giovanni Ribisi, acteur principal, utilise ses talents d’escroc pour émerveiller sur les tables de poker et surtout tromper ses ennemis. Bryan Cranston et David shore nous ramène dans cette série une histoire tout aussi captivante et chaude que leur série à succès Breaking Bad.  Il faut dire qu’elle a reçu un accueil auprès positif auprès du public. La série a été réalisée de 2015 à 2019.

Poker after dark ou poker à la tombée de la nuit

Êtes-vous passionné de Poker ? Poker after dark est la parfaite série qu’il vous faut suivre. Dans cette émission, vous retrouvez des joueurs professionnels qui s’affrontent comme sur un terrain de sport. Techniques d’approches hors du commun, intelligence, les mises qui grimpent, tout est mis en jeu pour remporter de sérieuses sommes d’argent. En plus, les finalistes portent des microphones pour transmettre leur stratégie de jeu. Cette série est produite sur 4 saisons. Réalisée en 2007, elle a finalement été annulée pour quelques polémiques liées au Black Friday, mais reste une valeur sûre pour ceux qui veulent immerger dans l’univers du poker.

L’homme chanceux de Stan Lee ou stan lee’s Lucky man

L’homme chanceux de stan lee retrace l’histoire d’un détective d’homicide qui détient de super pouvoirs grâce à un bracelet antique qu’il a en sa possession.  Ancien déchu des jeux de casino qui lui ont coûté la perte de sa femme et sa fille et d’encaisser une énorme dette, ce bracelet viendra à son secours. Il use de ses pouvoirs pour jouer aux jeux d’argent. Imaginez l’association des jeux de hasard et des pouvoirs surnaturels. Le créateur de la bande dessinée Stan Lee a encore frappé fort à travers cette production qui est disponible sur Sky 1.

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« Pulp » : du Far West à New York

Les éditions Delcourt continuent de rendre hommage au travail conjoint d’Ed Brubaker et Sean Phillips. Après Sale Week-end et avant Un été cruel voit le jour Pulp, un récit échevelé et de grande qualité, mettant en scène un scénariste sexagénaire au passé trouble, le tout en format moyen.

« Longtemps, au Mexique, j’ai trouvé la porte de sortie que je cherchais. On travaillait aux champs, on élevait son enfant… Chaque jour ressemblait au précédent. C’est comme ça que la vie doit se vivre, je crois… modeste, humaine… » Au début de Pulp, Max Winter est un pigiste désargenté, sujet aux crises cardiaques, et bientôt remplacé par un rédacteur payé au lance-pierre. À la fin du récit, on le retrouve en justicier menant une croisade contre des sympathisants nazis américains, et regrettant une vie passée paisible et bucolique. Ce personnage ambivalent, finement caractérisé, peu en phase avec son temps, constitue la principale richesse du scénario d’Ed Brubaker (Captain America, Daredevil), pourtant substantiel.

Pulp prend pour cadre le New York des années 1930. Max y écrit des récits basés sur son propre vécu, ce qui lui permet de gagner de quoi survivre dans une métropole où la crise économique a fait son œuvre, malgré un secteur d’activité en perte de vitesse. À plusieurs moments, Ed Brubaker oppose la Grosse Pomme au Far West, laissant entendre que l’une et l’autre se valent pour ce qui est du comportement de prédation des hommes. Max Winter y retrouve en tout cas Jeremiah Goldman, un ancien adversaire perdu de vue, et s’unit à lui pour réaliser un braquage censé le tirer définitivement d’affaire. C’est du moins ce qu’il croit, puisque son acolyte le mène en bateau et cherche surtout à mettre à mal les groupuscules nazis qui pullulent alors aux États-Unis. C’est l’autre grande force de Pulp : à l’histoire mystérieuse de Max va s’ajouter un propos politique appréciable. C’est ainsi que Jeremiah Goldman avoue subir une haine importée d’Europe envers les juifs et avoir perdu son job en raison de sa religion. Ses propos sont corroborés par les acclamations qui accompagnent l’évocation du Führer dans les salles de cinéma américaines.

Si le scénario donne pleinement satisfaction (avec notamment un processus de mise en abîme, ou un discours sur la réappropriation des héros de BD), les dessins de Sean Phillips renforcent encore l’attrait de l’album. Ses planches sont admirables, parfaitement découpées, parsemées d’effets d’arrière-plan, dotées d’expressivité et d’allant. Ce one-shot sur un ancien pistolero s’avère d’autant plus réussi qu’Ed Brubaker et Sean Phillips y donnent la pleine mesure de leur talent, une nouvelle fois en format moyen, et que la figure de Max Winter demeure entourée de mystère. Sa relation avec Rosa est à peine esquissée, son histoire familiale tumultueuse et pleine de non-dits. Max est un homme usé, un liant suranné entre deux époques, une force de caractère pour qui le renoncement est probablement pire que la mort. Il y a évidemment de la tradition littéraire derrière Pulp, une science du récit, une capacité à lier les arches les unes avec les autres, à les développer en regard. Difficile dès lors de bouder son plaisir.

Aperçu : Pulp (Delcourt)

Pulp, Ed Brubaker et Sean Phillips
Delcourt, mai 2021, 72 pages

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4

« George Sand, fille du siècle » : ivre de liberté et d’équité

La scénariste Séverine Vidal et la dessinatrice Kim Consigny publient aux éditions Delcourt, dans la collection « Encrages », une biographie graphique de George Sand. De ses relations amoureuses à ses combats féministes et sociaux, on découvre une grande figure littéraire engagée dans son siècle.

C’est en noir et blanc et sous des traits épurés que l’on revisite le parcours d’Aurore Dupin, passée à la postérité sous le pseudonyme de George Sand. La scénariste Séverine Vidal et la dessinatrice Kim Consigny se penchent en effet sur une éminence littéraire doublée d’une féministe libertine, amoureuse des mots et familières des maux. Chaque vocable a son importance et contribue à la destinée d’une personnalité hors pair.

« Ne me laisse pas, je t’en supplie… Si tu ne m’emmènes pas, j’irai toute seule de Nohant à Paris à pied, pour te retrouver ! » Aurore Dupin, orpheline de père, s’adresse ici à sa mère. Cette dernière se voit contrainte de la laisser sous le patronage de sa grand-mère paternelle, en échange d’une pension. Les effets sur la jeune George Sand ne font aucun doute : privée de ses deux parents, trop souvent assimilée à son père Maurice, elle doit se plier à une éducation conservatrice peu en phase avec ses élans littéraires et créatifs.

Aurore a des idées bien arrêtées. Elle aime tourner en dérision l’aristocratie et ses conventions. Surtout, elle préférerait vivre dans le dénuement qu’être prisonnière d’un beau mariage. Mieux vaut être pauvre qu’une « poupée de bois ». Son enfance n’est certes pas malheureuse, mais néanmoins tapissée d’émotions douloureuses : la perte de son père, le départ de sa mère, les relations houleuses avec sa grand-mère, la culpabilité ressentie envers elle, l’impossibilité de s’accomplir artistiquement et filialement…

La caractérisation de la jeune George Sand suffit à démontrer tout le talent romanesque de Séverine Vidal. Et pour comprendre le vie intérieure de la future autrice, il suffit de se pencher sur ces mots, énoncés lors de l’été 1815 : « J’ai sans cesse un roman dans ma cervelle ! Il me faut un monde de fictions que je porte avec moi, partout, dans mes promenades, au jardin, aux champs, dans mon lit avant de m’endormir et en m’éveillant, avant de me lever ! » Celle qui est encore Aurore Dupin va subir les crises d’apoplexie de sa grand-mère, intégrer un couvent, prendre connaissance du passé dissolu de sa mère et développer une sensibilité sociale en rupture avec son éducation.

En 1822, elle épouse Casimir Dudevant. La voilà, sans le savoir, engagée dans la prison maritale qu’elle dénonçait durant sa jeunesse. Son mari régente Nohant en tyran et finit par lever la main sur elle. Quelque chose est définitivement rompu. C’est surtout l’occasion pour Aurore de s’affranchir de sa condition de femme soumise. Elle va trouver successivement réconfort dans les bras d’Aurélien de Sèze, Jules Sandeau, Marie Dorval, Alfred de Musset, Michel de Bourges ou encore Frédéric Chopin. Entretemps, elle construit patiemment sa carrière littéraire, élève son fils Maurice et sa fille Solange, mène des combats politiques tout en refusant de verser dans la violence révolutionnaire.

Tout cela contribue à l’édification de son mythe. On lui accole le surnom de « Don Juan femelle », elle passe la moitié de son temps à Paris pour écrire, elle se déguise en homme et prend un pseudonyme masculin, elle intègre la rédaction du Figaro. « Vous devenez le drapeau de ralliement de toutes les femmes se piquant de savoir et de littérature ! », lui dit-on. Elle ne tarde pas à dénoncer un « complot masculin » et bientôt implore : « Apprenons à être révolutionnaires obstinés et patients, jamais terroristes. » Elle est ainsi placée face à ses contradictions : une révolutionnaire aristocrate, refusant les effusions de sang que certains de ses compagnons appellent de leurs vœux.

Pendant ce temps, ses enfants grandissent et leur individualité prend forme. Maurice et Chopin se regardent en chiens de faïence. Solange est criblée de dettes. Avant de devenir une mère dépossédée de son enfant. George Sand vit dans sa chair les combats des prolétaires, la prise de pouvoir de Napoléon Bonaparte ; elle est animée de principes féministes et égalitaristes. Elle écrit pour le théâtre, cherche à éponger ses dettes, se rapproche d’Alexandre Manceau, bien plus jeune qu’elle.

Séverine Vidal et Kim Consigny parviennent avec talent à restituer une vie riche, symptomatique d’une époque et de milieux spécifiques (sociaux, artistiques, politiques). Maniant l’ellipse avec habileté, n’empesant jamais son récit, la scénariste française quadrille son histoire de sous-propos, certains très actuels (sur la condition des femmes par exemple), tandis que Kim Consigny conçoit à l’épure des planches se prêtant parfaitement à leur exercice conjoint. On ne saurait trop conseiller George Sand, fille du siècle, précisément pour ce qu’il dit de l’une comme de l’autre.

Aperçu : George Sand, fille du siècle (Delcourt)

George Sand, fille du siècle, Séverine Vidal et Kim Consigny
Delcourt/Encrages, avril 2021, 344 pages

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3.5