« Sweet Jayne Mansfield » : icône déchue

Sweet Jayne Mansfield réunit Jean-Michel Dupont et Roberto Baldazzini à l’occasion d’une biographie dessinée présentant Jayne Mansfield sous son jour le plus irradiant, mais aussi le plus délétère.

Quand elle épouse Mickey Hargitay, alors Monsieur Univers, et qu’elle trouve refuge à Beverly Hills, dans un indicible et cossu Pink Palace, Jayne Mansfield croit certainement avoir fait le plus dur : concrétiser un rêve d’enfant en occupant une place enviable dans la chaîne alimentaire hollywoodienne. Celle que l’on compare alors volontiers à Marilyn Monroe tire profit de ses formes généreuses pour demeurer sous les feux de la rampe. Elle prend des bains de champagne, se fait volage, prend goût aux objectifs et aux gros titres de la presse. Mais comme souvent dans pareil cas, la célébrité appelle l’ivresse, puis la déchéance…

Comme en atteste la couverture de l’album, Jean-Michel Dupont et Roberto Baldazzini usent de couleurs pétillantes et de vignettes souvent lubriques pour mettre en images le parcours d’une étoile hollywoodienne en mal chronique de reconnaissance. Car Jayne Mansfield, ce sont des publicités dégradantes, des rôles de bimbos sans cervelle, l’évocation d’un faux kidnapping censé lui rendre un peu de sa superbe… C’est surtout une femme multipliant les conquêtes, ayant des rapports erratiques avec les hommes, peinant à s’épanouir dans une relation durable, papillonnant jusqu’à se trouver sous l’emprise d’un homme violent, Sam Brody. « Un orgasme avec Sam, c’est comme être en même temps au ciel et en enfer », confesse-t-elle ainsi.

Jayne Mansfield a un parcours… de cinéma. Privée de père durant son enfance, dotée d’un quotient intellectuel de 163, mais surtout de mensurations à peine croyables, elle n’hésite pas à mettre en avant sa silhouette sculpturale et à peroxyder ses cheveux pour crever l’écran. Sex-symbol des années 1950 et 1960, elle subit un traitement médiatique que Marilyn Monroe ou Brigitte Bardot ne connaissent que trop bien. Tout l’intérêt de l’album de Jean-Michel Dupont et Roberto Baldazzini consiste à mesurer la distance persistant entre les rêves d’une gamine enfouie dans des revues people et la réalité hollywoodienne dans ce qu’elle a de plus cruel. Ce n’est toutefois pas tout, puisque Sweet Jayne Mansfield possède des reliefs psychologiques appréciables et une description sans fard de l’industrie cinématographique.

Au crédit des premiers, on signalera l’attrait, voire la fascination pour la gloire, et ce que les individus sont prêts à perdre en dignité pour gagner en pouvoir (argent, popularité). Pour la seconde, il suffira de se reporter à la carrière en dents de scie de Jayne Mansfield, passée de Hollywood à Cinecittà, de la Fox aux studios où elle fut prêtée, des tournages artistiquement ambitieux aux séries B fauchées et mal outillées. Bien entendu, ce parcours sinueux va se solder par une tragédie, contenue en germe dans les premières pages de l’album. Train de vie dispendieux, hypomanie, libertinage, drogues : il est difficile de ne pas voir que Jayne Mansfield a brûlé la chandelle par les deux bouts. Et de ne pas rapprocher ces étoiles filantes aux situations exacerbées mises en scène par David Cronenberg dans Maps to the Stars. Car, au fond, Marilyn et Jayne n’étaient-elles pas des lumières qu’un système toxique a vampirisées, puis jetées dans l’ombre ?

Aperçu : Sweet Jayne Mansfield (Glénat)

Sweet Jayne Mansfield, Jean-Michel Dupont et Roberto Baldazzini
Glénat, mai 2021, 168 pages

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3.5

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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