Scream Queens Saison 1: Critique série

Les trois premiers épisodes de Scream Queens n’étaient pas franchement emballants. Malgré un début en fanfare, le concept semblait déjà s’épuiser. Il restait toutefois dix épisodes au nouveau délire de Ryan Murphy pour développer un peu ses intrigues tordues, ses personnages niais et éventuellement surprendre le spectateur optimiste qui sommeille en chacun de nous.

Synopsis : Grace Gardener fait sa rentrée sur le campus de l’université Wallace. Elle souhaite se rapprocher de sa défunte mère en rejoignant la sororité des « KKT » (Kappa Kappa Tau) dirigée par Chanel Oberlin. Mais au cours d’un test d’initiation pour rejoindre la sororité, un mystérieux tueur déguisé en la mascotte de l’université attaque et tue l’une des candidates. À la suite de cet événement, l’université est frappée par une série de meurtres qui pourrait être liée à un crime horrible qui a eu lieu au sein des « KKT » en 1995, soit vingt ans auparavant.

Pop ! Goes my heart…

Sauf que ce cher Ryan semble pris dans une spirale infernale de non-créativité, se dédiant corps et âme à des intrigues prétextes qui débouchent sur des créations boursouflées par un esprit postmoderne outrancier et qui atteint rapidement ses limites narratives et esthétiques.

Des références pour cinéphiles et sériephiles endurcis, la série en regorge. Des plans subjectifs démocratisés par Carpenter dans Halloween à la fameuse scène de douche de Hitchcock rejouée par Jamie Lee Curtis (fille de Janet Leigh, la première victime de Norman Bates), chaque détail narratif ou visuel fonctionne en forme de clin d’œil adressé au spectateur. L’univers de Scream Queens semble entièrement bâti sur une certaine idée de la pop culture. Les couleurs sont pétantes, les costumes chatoyants, les acteurs sont beaux et séduisants, et les références contemporaines fusent (les délires de Joaquin Phoenix par-ci, Karl Lagerfeld par-là). L’auteur se permet même une référence à Jean Luc Godard, et faire ça aux States, il fallait oser. Partant de là, Ryan Murphy aurait pu créer une œuvre télévisuelle néo-Pop Art, mélangeant toutes les influences de la culture populaire, du film d’horreur à la comédie teen, pour déboucher sur un objet aussi singulier qu’incisif. Ça aurait pu marcher si le showrunner n’avait pas oublié que la pop s’apprécie dans l’instant court, comme un flash. L’image « Pop » se doit d’imprimer une idée rapidement dans le cerveau, elle ne se ressent pas dans la durée mais éclate comme un bulle (d’où le « pop »). C’est pareil pour une œuvre audiovisuelle, si elle veut être ainsi, elle ne doit pas durer plus que de raison. Et si Scream Queens avait duré le temps d’un film de 1h20 ou 1h30 en condensant son propos, à l’instar du Kaboom de Gregg Araki (2010) qui réussit son coup avec une démarche similaire, l’ensemble aurait été beaucoup plus agréable, et nous aurait peut-être épargné quelques absurdités (les cours d’analyse filmique présentés sont d’une grande idiotie).

Seulement voilà, Ryan Murphy (ou la FOX) voulait treize épisodes et rapidement la durée se fait sentir. Le péripéties sont à rallonge, les scénaristes multiplient les fausses pistes qui ne dupent personne, puisque le concept annonce d’entrée de jeu que la vraie révélation ne viendra qu’à la toute fin, et les dialogues tentent de combler le vide par des blagues parfois réussies, mais souvent lourdes ou hors de propos. A force de diluer dans le temps une tension comique qui ne peut marcher que sur une durée concise, la série perd de vue ses objectifs et se concentre sur des sous-intrigues aussi stupides qu’inutiles sur lesquelles viennent se greffer des personnages auxquels on a bien du mal à croire. Car en plus de rater cette esthétique du choc, nécessaire à toute œuvre grand public qui se voudrait incisive, Murphy perd également de vue la colonne vertébrale vitale de toute œuvre feuilletonante : la progression narrative.

Raconter une histoire de tueur en série est une chose, mais si les personnages impliqués n’évoluent pas, n’apprennent rien ou ne changent pas, le format série devient inutile. Du début à la fin, Chanel (Emma Roberts), la pétasse de service, reste telle quelle, de même que son antagoniste Grace qui reste naïve d’un bout à l’autre. Et si éventuellement le caractère d’un personnage change, c’est en dehors de toute logique. Ainsi la doyenne apparaît aux premiers abords manipulatrice, puis psychotique, avant de passer par le stade de l’adulte compréhensive, pour redevenir psychopathe, amorale et experte en arts martiaux. Clairement les scénaristes sont dépassés, ne savent plus où ils vont et essayent de sauver les meubles par des saillies burlesques et trash afin de détourner l’attention d’un spectateur qui sent son sourcil gauche se lever de plus en plus haut. Pendant ce temps, les acteurs sont livrés à eux-mêmes, en roue libre totale, et déploient des efforts considérables pour faire exister des personnages que le showrunner n’a même pas pris le temps de définir correctement. Défile alors une succession de performances parfois très agaçantes, comme Niecy Nash en agent de sécurité qui appuie sa black attitude de façon trop caricaturale ou Abigail Breslin en mode hystérique incontrôlable. Tout le monde tire la grimace pour sauver la série du désastre et au milieu de cette épuisante mascarade, seul Glen Powell (Chad le beau gosse) et Jamie Lee Curtis (Munsh la doyenne) tirent leur épingle du jeu. Le premier se révèle hilarant avec son visage parfait capable de balancer les énormités les plus grossières sans broncher, la seconde, ex-muse de Carpenter, nous rappelle avec plaisir l’actrice de talent qu’elle est, et surtout fait preuve d’une puissance comique dévastatrice qui n’a rien à envier aux meilleurs personnages de cartoons. Ils sont les seuls que l’on prend plaisir à revoir, ce qui rend le final d’autant plus frustrant, étant donné que ni l’un ni l’autre n’ont finalement d’influence véritable sur la trame principale.

Désastre aussi bien artistique que public, Scream Queens est plutôt mal partie. A moins que les scénaristes ne se retroussent les manches et ne décident de modifier la structure de la série. S’ils font le choix de l’anthologie (comme pour American Horror Story), un changement de lieu, des personnages mieux développés et une écriture moins soumise à la référence pop directe pourraient bien sauver une série qui possède un certain potentiel, mais souffre des ambitions limitées d’un créateur à l’ego surdimensionné. Sauf que la saison 2 annoncée ne présage rien de bon, en nous promettant de nouveaux personnages dans… un hôpital psychiatrique, ou comment tenter de surfer sur le succès d’American Horror Story en reprenant les mêmes éléments… A croire que le cœur n’y est plus.

Fiche technique: Scream Queens

Titre original: Scream Queens
Genre: Comédie horrifique
Création: Ryan Murphy, Brad Falchuk, Ian Brennan
Production: 20th Century, Fox Television, Prospect Films
Ryan Murphy Productions, Brad Falchuk Teley-Vision
Acteurs: Emma Roberts, Jamie Lee Curtis, Skyler Samuels,Keke Palmer,Abigail Breslin, Lea Michele
Musique: Mac Quayle
Pays d’origine: États-Unis
Chaîne d’origine: Fox
Nb. de saisons: 1
Nb. d’épisodes: 13
Durée: 42 minutes
Diff. originale: 22 septembre 2015 – en production

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Vincent B.
Vincent B.https://www.lemagducine.fr/
Intéressé par tout, mais surtout n’importe quoi. Grand amateur de fantastique et de Science fiction débridé. Spécialiste Normand expatrié à Lille de la vague Sushi Typhoon (le seul qui s'en vante en tout cas). Je pense très sérieusement que l’on ne peut pas juger qu’un film est bon si l’on en a jamais vu de vraiment mauvais.

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