Scream Queens : Épisodes 1,2 & 3, critique serie

La revanche des puritains : 

Il fut un temps où Ryan Murphy était connu pour ses personnages tordus révélant les contrastes de la société en évoluant dans des univers aux premiers abords factices. Des chirurgiens de Nip/Tuck aux chanteurs de Glee, le scénariste s’amusait avec les codes pour brosser dans le sens du poil une Amérique fière de son image, avant de lui mettre le nez dans ses propres contradictions. C’est avec un certain culot que le chouchou de la Fox s’amuse à disséminer des personnages homos, trans, handicapés et autres figures hors des limites du « bon goût », sur une chaîne pourtant réputée pour sa pudibonderie et son orientation très réac. Ce travail de sape mérite d’être reconnu. Dans un média aussi superficiel que la télévision, poser des questions sur la place de ces marginaux dans une société qui les écarte n’a rien d’anodin, c’est un geste fort. A présent qu’il est au sommet de sa gloire, l’auteur semble être tombé dans son propre piège, ses dernières créations sombrant malheureusement dans les travers qu’il voulait dénoncer. Après le lycée de Glee, Scream Queens s’attaque à l’université et ses jeux de pouvoirs. Entre les fraternités de gosses de riches qui font la loi et les magouilles des professeurs pour rester en place se dessine un univers du paraître qui ne tardera pas à être mis à sac par un tueur en série particulièrement vénère.

Si assembler l’univers pop et coloré de Glee avec la crasse de American Horror Story peut paraître séduisant, les premiers épisodes laissent tout de même dubitatif. De la parodie de campus movie agrémentée d’hémoglobine, la série vire très vite au grand n’importe quoi, basculant dans une fantaisie étrange à laquelle il devient difficile d’accrocher. Tout sonne faux chez les Scream Queens. Si l’on peut éventuellement tolérer une histoire de campus où les étudiants ne mettent jamais les pieds en cours, la caractérisation des personnages vire très vite à la caricature outrancière. Les Kappa Kappa Tau, sororité centrale de l’histoire, sont rapidement présentées comme les fameuses « bitches », figures incontournables du cinéma teen depuis plus de trente ans, pouffiasses jusqu’au bout des ongles et ne vivant que pour la popularité et l’humiliation d’autrui. Un cliché relativement tolérable dans un film de une heure trente, mais qui parait bien limité pour une série de quinze épisodes. Quelles sont leurs motivations ? Pourquoi cette haine de l’autre et cette envie d’en mettre plein la vue ? Aucune réponse n’est apportée, ni même promise. Les personnages masculins ne sont pas en reste, obsédés par leur libido et fièrs de leur bêtise crasse. A ce niveau, Scream Queens n’est même plus dans la parodie mais dans le degré zéro de la caricature, se contentant de grossir le trait jusqu’à faire exploser le cadre de l’écran. Comptant sur la bienveillance du spectateur qui pourrait se sentir flatté de paraître si intelligent par rapport à ce qu’il voit. A partir de là, la nouvelle création de Ryan Murphy n’apparaît finalement pas si différente d’une émission de télé-réalité poussant la fiction à son paroxysme.

Car malgré son casting alléchant, la série ne provoque jamais l’empathie. Emma Roberts continue dans son registre phare de la pétasse écervelée et Abigail Breislin fait de la figuration. Jamie Lee Curtis sauve éventuellement les meubles, révélant un véritable talent pour la comédie, mais là encore son personnage est trop grossièrement esquissé, rapidement réduit à une figure de vieIlle fille frustrée dans ses ambitions immatures. Les amateurs de comédie et d’horreur peuvent donc passer leur chemin. La dimension la plus ironique de la série se trouve toutefois dans les choix du département costumes. Plutôt que de tenter le réalisme, avec des tenues réellement portées par des étudiants, Scream Queens préfère nous présenter son fantasme d’une jeunesse bien habillée, toujours tirée à quatre épingles. Le créateur poussant son délire conformiste jusqu’au bout, en utilisant le tailleur Chanel comme uniforme parfait de l’étudiante modèle. Difficile après ça de voir autre chose qu’un étalage de futilités pudibondes que les litres de sang auront bien du mal à masquer.

Synopsis : Dirigée d’une main de fer par Chanel Oberlin, la maison Kappa Kappa Tau est la sororité la plus prisée de l’université de Wallace. Mais, alors que la doyenne Cathy Munsch, profondément anti-Kappa, déclare la guerre en ouvrant le recrutement à toutes les étudiantes, un tueur fou en costume de diable répand la terreur à travers le campus, décimant les membres de la sororité un par un…

Scream Queens : Fiche Technique

Genre : Comédie horrifique
Création : Ryan Murphy, Brad Falchuk, Ian Brennan
Production : 20th Century Fox Television, Prospect Films, Ryan Murphy Productions
Brad Falchuk Teley-Vision
Acteurs principaux : Emma Roberts, Jamie Lee Curtis, Skyler Samuels, Keke Palmer, Abigail Breslin
Lea Michele
Musique : Mac Quayle
Pays d’origine : États-Unis
Chaîne d’origine : Fox
Nb. de saisons : 1
Nb. d’épisodes : 3 (15 prévus)
Durée : 42 minutes

 

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Vincent B.
Vincent B.https://www.lemagducine.fr/
Intéressé par tout, mais surtout n’importe quoi. Grand amateur de fantastique et de Science fiction débridé. Spécialiste Normand expatrié à Lille de la vague Sushi Typhoon (le seul qui s'en vante en tout cas). Je pense très sérieusement que l’on ne peut pas juger qu’un film est bon si l’on en a jamais vu de vraiment mauvais.

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