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Lovecraft Country, The Fugitive : Que valent ces séries ?

Au programme de cette nouvelle vague de séries : The Fugitive, un show dont chaque épisode ne dure que 8 minutes avec Kiefer Sutherland, dans le rôle du détective Clay Bryce et Lovecraft Country, une fiction horrifique et politique de HBO retraçant l’histoire de la ségrégation américaine.

Lovecraft Country : Road Trip horrific à la Jordan Peele

Lovecraft Country est une série d’horreur fantastique adapté du roman de Matt Ruff. Aux commandes, Misha Green, la réalisatrice du peu connu Mudbound, film abordant déjà l’esclavagisme dans l’Amérique profonde. Mais c’est aussi une série produite par Jordan Peele, réalisateur de Get Out et Us, en collaboration avec le très célèbre J. J. Abrams. Comme tout bon pilote, cet épisode nous introduit avec brio dans l’aventure fantastique de Lovecraft tout en présentant nos personnages principaux: Atticus Black, un ancien soldat afro-américain retournant chez lui à la recherche de son père disparu. Tout commence grâce a un Road Trip initié par son oncle George, contributeur du très fameux Green Book (Guide pour les conducteurs noirs en Amérique listant les restaurants et hôtels acceptant les clients noirs pendant la ségrégation). Enfin, la belle et marginale Letitia, s’incruste avec eux, en quête d’argent et de frissons. Mais dans le contexte des années 50 aux Etats-Unis, pour nos héros noirs, ce Road Trip va rapidement se transformer en scénario d’horreur quand des créatures mystiques tout droit sorties des écrits de H. P. Lovecraft, ainsi que des forces de l’ordre racistes, se mettent à leur poursuite.

Cette série n’est pas produite par Jordan Peele pour rien. Et l’on a un peu de la pâte du réalisateur dans cette manière de mélanger les monstres surnaturels aux personnages racistes lambda. Mais elle se veut tout aussi intelligente qu’attrayante et l’horreur nous surprend et nous attire. Un peu comme les séries Supernatural ou X-files, à chaque épisode, une intrigue surnaturel s’invite dans leur quête, qu’ils vont devoir combattre pour survivre. Lovecraft Country : à suivre donc, pour cette première série à la hauteur des fans de Get Out mais aussi des fans du roman originel de Matt Ruff.

Céline Lacroix

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The Fugitive, le suspense impossible 

Nouveau remake de la série diffusée en 1963, elle-même adaptée au cinéma avec le film du même nom avec Harrison Ford et Tommy Lee Jones (Andrew Davis, 1993), gros carton au box-office, puis le spin-off U.S. Marshals (Stuart Baird, 1998), Le Fugitif est une série d’action relatant la fuite d’un homme accusé à tort d’un crime face à des forces de l’ordre promptes à lui tailler un costume bien commode. Face à l’aveuglement de la justice, notre héros décide de s’y soustraire afin de rechercher lui-même l’auteur du crime. Pour mieux s’inscrire dans l’époque actuelle, le docteur Kimble des précédentes moutures du Fugitif, accusé du meurtre de son épouse, est ici remplacé par Mike Ferro, ancien prisonnier en liberté conditionnelle, qui, par le jeu d’un hasard cruel, se voit accusé d’être l’auteur d’un attentat à la bombe dans le métro de Los Angeles.

Il est difficile de commenter en détail le premier épisode de la série, pour la bonne et simple raison que celui-ci s’étend sur à peine huit minutes ! Le Fugitif est en effet produit par Quibi, une plateforme fondée en 2018 par Jeffrey Katzenberg, un ancien responsable des studios Disney et DreamWorks. Le principe de Quibi ? Proposer des contenus très courts (baptisés « quick bites » dans leur langage marketing) destinés à être visionnés sur appareils mobiles. Il est difficile de ne pas songer qu’avec ces contenus « snackable », pour rester dans l’argot commercial anglo-saxon, on est désormais arrivé au bout d’un processus de mutation artistique destiné à satisfaire la société actuelle noyée par les images et à la capacité d’attention en rétrécissement constant. Entre l’individu se rendant dans une salle de cinéma pour y regarder un film de Nuri Bilge Ceylan de plus de 3h et celui qui visionne un épisode d’une série Quibi sur son smartphone, aux toilettes ou entre deux arrêts de bus, il y a aujourd’hui, pour l’exprimer poliment, deux modes de consommation très divergents…

Si l’on fait fi du débat de fond que suscite le format de la série, on ne peut toutefois en ignorer les conséquences. Tout d’abord, la philosophie de Quibi lui interdit d’acheter les droits de diffusion de films ou séries existants, qui ont été créés pour un format long, donc inadaptable. Quibi se voit par conséquent condamné à produire du contenu original, un modèle économique qui nous paraît assez bancal à moyen et long terme… Ensuite se pose la question évidente : comment faire naître l’intérêt du spectateur pour une fiction en une poignée de minutes ?  Si la comédie en fournit nombre d’exemples réussis, on reste dubitatifs concernant d’autres styles. Le Fugitif en est un parfait exemple : comment faire naître le suspense dans un épisode d’une durée inférieure à bon nombre de vidéos YouTube ? L’impression très mitigée qu’il laisse répond à la question. On admire certes toujours l’extrême efficacité américaine pour partager les éléments narratifs de base en un temps record (en quelques séquences, on apprend que Mike a fait de la prison, éprouve des difficultés à renouer avec sa fille, entretient une relation amicale avec son agent de probation, puis se retrouve au mauvais endroit au mauvais moment), il est bien difficile de s’intéresser au sort du héros ou de ressentir de l’empathie à son égard en si peu de temps. D’autant plus que Boyd Holbrook (Narcos, Milk, Logan) ne transpire pas le charisme dans ce premier épisode… L’apparition dans les prochains épisodes de Kiefer Sutherland dans le rôle du flic doué mais borné (rôle qui valut à Tommy Lee Jones, pour sa prestation dans le film de 1993, l’Oscar du meilleur second rôle masculin) devrait aider une série reposant sur des bases décidément fort fragiles…


Thierry Dossogne

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