Lisey Landon et le chemin de la libération

L’Histoire de Lisey est une mini-série de huit épisodes adaptée d’un roman de Stephen King et diffusée sur Apple TV durant l’été 2021. Dotée d’un excellent casting (comprenant entre autres Julianne Moore et Clive Owen), la série dresse le portrait d’une femme située à un tournant important de sa vie.

Travail de deuil.
Depuis deux ans, Lisa Landon, dite Lisey, est veuve. Son mari est mort d’une maladie foudroyante et ce n’est que maintenant qu’elle trouve le courage de plonger dans ses affaires pour y faire du tri. Et c’est là qu’elle va trouver un jeu préparé par son mari…
Au fil des épisodes, on apprend que, lors de son enfance, Scott Landon jouait avec son frère au Traque-Nard : son frère dissimulait des indices, qui menaient à d’autres indices et formaient ainsi, petit à petit, un parcours qui se terminait par la découverte d’une récompense (généralement un sucrerie). Et voilà que, bien des années plus tard, Scott a préparé exactement le même traque-nard, pour sa femme.
Sauf que l’enjeu ici est bien plus important qu’une simple barre chocolatée. Au fil des indices, Lisey va replonger dans le passé qu’elle a partagé avec Scott : leur rencontre, le mariage, la lune de miel, les périodes de vache maigre en Allemagne, et même une tentative de meurtre contre son mari.
De plus, les différents indices sont placés dans des endroits chargés de signification. Et ainsi, petit à petit, Lisey va faire son travail de deuil en revisitant les étapes importantes de sa vie de couple. Le jeu chronologique très subtil tissé par la réalisation permet de donner de la profondeur au personnage de Lisey.

La femme de l’écrivain
Ce travail de deuil est doublé d’un autre travail, encore plus important.
Jusque là, Lisey n’a pas été elle-même. Elle n’existait pas comme femme à part entière. Elle était « la femme de… ».
Car Scott Landon était un écrivain connu et respecté. Un écrivain aussi apprécié par les critiques et le milieu intellectuel que par le grand public. L’auteur de best-sellers qui ont fait la fortune du couple. Du coup, Scott voyageait régulièrement, invité par telle librairie pour une séance de dédicace ou telle université pour donner une conférence. Et Lisey suivait. Elle a passé sa vie d’épouse à suivre son mari, à être dans l’ombre du « Grand Écrivain ».
Or, deux ans après la mort de Scott, Lisey est confrontée à un problème de taille. Un fou furieux, envoyé par un universitaire, veut à tout prix récupérer les brouillons et les œuvres inachevées de Scott Landon. Quitte, pour cela, à torturer la veuve.
Même après la mort de son mari, Lisey vit encore dans son ombre. Elle est passée du statut de « celle qui accompagne le romancier » à « celle qui gère des inédits qui ont pris une valeur monumentale ». Et cet héritage prend vite l’apparence d’un boulet dangereux.
De façon plutôt maligne, ces inédits deviennent le symbole de ce travail de deuil que Lisey accomplit. Régler le sort de ces manuscrits, c’est aussi trouver son indépendance, se libérer de l’emprisonnement constitué par la mémoire de son mari.

La sœur
Mais Lisey n’est pas seulement « la femme de… ».
Elle est aussi « la sœur de… ».
En effet, Lisey doit s’occuper de sa sœur aînée, atteinte d’une grave pathologie mentale. Et ici, pas question de brader sa sœur comme elle le fait pour les manuscrits. La libération sera collective. C’est en sauvant sa sœur que Lisey trouvera sa liberté.

Finalement, c’est plus qu’un simple travail de deuil que nous présente la série. L’Histoire de Lisey, c’est l’histoire d’une femme qui se libère des diverses influences qui l’étouffaient. C’est l’histoire d’une femme qui gagne son indépendance en soldant les comptes de son passé.

 

Histoire de Lisey : bande annonce

Festival

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Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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