Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.
Le western maori de Geoff Murphy plonge dans la guerre de Te Kooti, tourné à cru dans le bush néo-zélandais. Entre villages incendiés, humour noir et camps jamais figés, le film capture un engrenage de vengeance coloniale où personne ne reste épargné, jusqu'à une scène finale qui vide le mot "utu" de son sens.
Dans une casse automobile perdue en Nouvelle-Zélande, un ex-pilote confond amour et possession jusqu'à traiter sa fille comme un trophée. Son couple se déchire, son garage déborde de carcasses, et le paysage tout entier se referme sur lui comme un piège dont personne ne ressort.
A partir d'un projet à visée de propagande, le grand cinéaste égyptien Youssef Chahine a fait, avec Un Jour, le Nil, une oeuvre humaniste où les sourires et la louange des progrès techniques se teintent d'amertume. Un grand film, longtemps disparu car il ne plut pas aux commanditaires égyptiens et soviétiques, et dont la seule copie fut conservée et restaurée par la Cinémathèque Française.
Karim Moussaoui s'impose, avec ce film, comme un nouveau talent venu d'Algérie qu'il faudra absolument suivre dans le futur. Déjà remarqué précédemment lors de sa nomination aux Césars, il propose ici de montrer son pays déchiré entre passé et futur.
Dans cet « anti-western » insolite et jouissif, Robert Altman, prend un malin plaisir à détourner tous les codes du genre, pour un résultat unique en son genre.
Critique de Hier, aujourd'hui et demain (1963) : constitué de trois histoires indépendantes, ce film de Vittoria De Sica montre les villes de Naples, Milan et Rome, dans trois segments portés par Sophia Loren et Marcello Mastroianni, interprétant trois rôles en un seul film.
Par son atmosphère glaciale et malsaine de folie à peine contenue, Le Saut dans le Vide, le 8ème long métrage de Marco Bellocchio, fait inévitablement penser aux Poings dans les poches. Sauf qu'ici, nous sommes dans la bonne bourgeoisie italienne, avec un protagoniste juge qui vit une relation étrange et ambiguë avec sa soeur. Un film éprouvant pour lequel Michel Piccoli et Anouk Aimée ont reçu un prix d'interprétation à Cannes en 1980.
Avec les Garçons de Fengkuei, Hou Hsiao-hsien commence à creuser une veine proustienne qui sera récurrente tout au long de son œuvre. Il nous conte avec douceur son baptême de la maturité, le tout avec une nostalgie cocasse et mélancolique. Un grand cinéaste vient de naître.
Sommet dans l’oeuvre de Kiarostami, Et la vie continue exploite au maximum le motif de la voiture, à la fois espace de parole privilégié et cadre objectif sur le monde. Après le désastre national, le cinéaste prend l’initiative de filmer la réalité débordante qui s’offre à lui et propose une singulière épopée géographique, une traversée d’un territoire contrarié, où la vie, malgré tout, résiste à l’effondrement.
Avec Au travers des oliviers, Kiarostami nous rappelle que les grands faiseurs d’images cherchent moins la tromperie que l’échange et la communion avec les spectateurs. C'est toute la grandeur de ce cinéma qui utilise le faux pour mieux faire émerger la vérité.
Avant l’Hermione, avant le héros célébré des deux côtés de l’Atlantique, il y eut La Victoire et une première traversée clandestine. Avec Amériques, Esther Gil et Laurent Paturaud racontent cette aventure française dans la guerre d’Indépendance américaine en déplaçant légèrement le regard : Lafayette est là, mais le véritable guide se nomme Charles-François du Buysson.
Stéphane Piatzszek et Fabrice Meddour referment leur diptyque sur Newland Arrow, héritier de la haute finance new-yorkaise qui persiste à préférer aux salons bourgeois la poussière des trains et la compagnie des hobos. Une belle idée de personnage, une Amérique saisissante, mais un second volume qui avance parfois un peu trop vite.
« - Est-ce que tu savais que « famille » venait du dialecte primitif du centre de l’Italie ?
- Et ça y est… C’est reparti avec les théories…
- C’est dérivé du mot « famel ». Et « famel » dans ce dialecte, ça veut dire « esclave ». Étymologiquement, la famille, c’est l’ensemble des esclaves qui vivent sous le même toit.
- Hahaha !
- N’importe quoi !!
- Alors que « tribu » ça vient du sanskrit, d’un mot qui veut dire « naissance ». Avouez que ça a plus de gueule… »
On connaît la date et, surtout, on connaît la fin. Avec "Les Dates chocs de l’Histoire", Jean-Yves Le Naour revient aux éditions Bamboo sur ces heures aiguës où rien n’est encore joué, où le cours du monde peut infléchir. Deux premiers albums donnent le ton : "11 novembre 1918 : Au cœur de l’armistice" et "28 octobre 1962 : Au cœur de la crise de Cuba".
De la conseillère d’orientation qui enterre les vocations aux cours de religion, des humiliations de cour de récréation aux connaissances prétendument "inutiles", cet ouvrage collectif publié aux éditions Fluide Glacial examine l’école sans céder aux facilités de la nostalgie. Les styles graphiques et les tonalités s’y succèdent avec liberté : autobiographie, satire, mauvais esprit, tendresse et franche bouffonnerie se fondent dans un album où chacun semble retrouver un morceau de sa propre scolarité.