Claire Mathon : de l’ombre à la lumière

Après le récent top sur les chefs opérateurs au cinéma dans lequel elle figurait déjà, la place est laissée à Claire Mathon, l’une des directrices de la photographie les plus douées de notre époque.

Portrait

Seul César sur les dix nominations de Portrait de la jeune fille en feu, Claire Mathon est cette année devenue l’une des rares femmes – quatre, au total – à avoir été récompensée pour la photographie d’un film. Avec une filmographie parfaitement éclectique, allant de la fiction au documentaire, passant par Alain Guiraudie (L’inconnu du lac, Rester vertical), Mati Diop (Atlantique),  Maïwenn (Polisse, Mon roi, …) et tout récemment Céline Sciamma et son Portrait de la jeune fille en feu, Claire Mathon est sur tous les fronts. Preuve en a été l’année dernière notamment, puisqu’elle était directrice de la photographie sur deux films en compétition à Cannes, Portrait de la jeune fille en feu et Atlantique, situation qu’elle décrit elle-même comme “assez exceptionnelle”. 

Au cours de sa formation, la photographie s’est peu à peu imposée comme une évidence : “C’est finalement ce qui me passionnait le plus, ce qui me ressemblait”. Et effectivement, elle semble animée d’une sorte d’instinct merveilleux pour saisir les visages, les corps, les paysages dans l’humeur qu’on leur veut à un moment. La force de son travail, c’est sans nul doute de rendre compte de l’instant et de ses “états passagers”, ce qu’elle réalise d’une façon assez incroyable, dans un langage visuel propre à sa volonté de comprendre : “Ce qui définit sans doute le mieux mon travail, c’est ce désir d’entrer dans le langage de cinéastes très différents, de me laisser surprendre, de faire avec le contexte du tournage, de laisser entrer l’inattendu pour ensuite maîtriser les éléments” [à voir dans Le Monde, site web : « César 2020 : Claire Mathon, « Madame Lumière » », ndlr]. Soucieuse de se comporter conformément à cette attitude humble qui consiste à d’abord se laisser envahir par le monde avant de prétendre à le maîtriser, elle sait composer avec ce qui l’entoure. Ne pas forcer les choses, les corps ou les instants, mais savoir les accompagner.

Mettre en lumière

L’un des éléments capitaux en photographie et chers au cœur de Claire Mathon, c’est la lumière. Travailler à éclairer les visages, les illuminer, les obscurcir selon ce que l’on souhaite à en tirer. Filmer la lumière des paysages, la recomposer aussi comme sur le tournage d’Atlantique et ses couchers de soleil rougeoyants, éblouissants, étouffants, qui à l’image deviennent un véritable enjeu dramatique, le cœur de la montée de la fièvre. Le ciel change d’état, et ainsi les corps et les esprits des jeunes femmes de Dakar. Trouver une manière de filmer l’océan aussi, de multiples manières, pour réussir à rendre compte de son immensité, en capturer les reflets. Pour Portrait de la jeune fille en feu, un temps important a été consacré à trouver le bon éclairage. Par la lumière, il s’agit de parvenir à trouver la bonne teinte, et avec elle la justesse. Pour trouver la bonne teinte, il faut oser : les mélanges techniques, comme pour Atlantique et ses deux caméras, une pour les scènes de jour, l’autre pour les scènes de nuit, les mélanges de lumière naturelle et artificielle comme pour Portrait de la jeune fille en feu. Mélanger les genres aussi, puisque Atlantique est en partie filmé à la manière d’un documentaire, Polisse a des allures de reportage, par son souci de capter des moments de vie difficiles finalement à reconstituer. C’est à travers cette justesse que l’on peut espérer rendre justice aux corps, aux visages, aux regards, aux paysages, au monde.

En un mot, ce que Claire Mathon réussit à faire, c’est mettre en lumière : que ce soit les visages dans Portrait de la jeune fille en feu, les couleurs de l’amour dans Mon roi, la brutalité des corps dans L’Inconnu du lac. Savoir adapter ses gestes pour entrer dans l’instant, en rendre compte, et le capturer, tout en justesse, pour le retenir à l’infini.

Interview de Claire Mathon, Nommée pour le César 2020 de la Meilleure Photo pour Portrait de la jeune fille en feu

Festival

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