Wendell & Wild : un retour imparfait pour Henry Selick

Il aura fallu attendre treize ans après Coraline pour que le grand Henry Selick daigne nous livrer son tout nouveau film Wendell & Wild. Associé à Jordan Peele et pour le compte de Netflix, le papa de L’étrange Noël de Monsieur Jack montre qu’il est encore l’un des meilleurs artisans de l’animation en stop motion, et ce malgré un long-métrage imparfait.

Synopsis de Wendell & Wild L’histoire de deux frères démons, Wendell et Wild, qui demandent à Kat Elliot, une ado difficile rongée par la culpabilité, de les aider à rejoindre le monde des vivants. Mais ce que Kat souhaite obtenir en retour les propulse dans une aventure aussi étrange que comique, une épopée fantastique qui défie les lois de la vie et de la mort…

À l’heure où le numérique trône fièrement dans le domaine de l’animation, certains styles paraissent aujourd’hui comme bien marginaux. Et semblent ne plus trop attirer les spectateurs, comme pouvaient en témoigner l’échec commercial cuisant de Monsieur Link en 2019 – à peine 27 millions de dollars au box-office mondial pour un budget avoisinant les 100 millions. Mais malgré cela, au-delà de cet aspect mercantile, nous ne pouvons que remercier quelques artisans de persévérer dans ce domaine et de poursuivre à nous livrer de véritables œuvres d’art. Par là, nous voulons bien évidemment parler de studios comme Laïka et Aardman, ou encore de réalisateurs tels que Wes Anderson (Fantastic Mr. Fox, L’Île aux Chiens), Phil Tippet (Mad God) et Takahide Hori (Junk Head). Et alors que nous attendons avec impatience le Pinocchio de Guillermo del Toro et le retour de Laïka (récemment annoncé), c’est dans ce cadre que nous accueillons le nouveau métrage de Henry Selick à bras ouverts ! Lui, que nous pouvons considérer comme le grand nom de la popularisation de la stop motion – nous lui devons L’Étrange Noël de Monsieur Jack, James et la Pêche Géante et Coraline). Lui, absent depuis plus de treize ans, qui nous revient en s’associant avec Netflix et surtout Jordan Peele (Get Out, Us et Nope) en tant que co-scénariste et co-producteur. Bref, cet homme que nous étions pressés de revoir à l’œuvre et qui, après tant d’attente, prouve qu’il est l’un des maîtres incontestés de ce genre d’animation… et ce malgré un Wendell & Wild pour le moins imparfait.

Alors certes, étant donné les avancées effectuées au nom de la stop motion notamment par le biais du studio Laïka – qui nous avait livré un Kubo et l’Armure Magique exceptionnel – il est au début difficile de s’habituer au visuel de Wendell & Wild. Et pour cause, le film ne cherche nullement à effacer le côté marionnettes et pâte à modeler mais plutôt à l’assumer pleinement. Ce qui donne un aspect cartoon propre au réalisateur, mais qui laisse entrevoir à l’œil nu les limites techniques de certains détails. Comme de voir la jointure entre le regard et la bouche des personnages, celle-ci étant constamment changée pour créer l’illusion du mouvement des lèvres. Mais mis à part cela, nous ne pouvons qu’apprécier le travail exécuté sur ce Wendell & Wild. En effet, la stop motion y trouve une fluidité et une maîtrise tout à fait exemplaires, permettant aux personnages et à l’univers présentés d’être vivants au possible. Sans oublier des détails visuels pointilleux qui apportent de la crédibilité à ce qui nous est montré – allant d’un téléphone portable aux décorations personnelles à une chaîne stéréo. Mais elle est surtout sublimée par une mise en scène inventive qui joue habilement avec différents styles de réalisations (jeux de lumière, travail sur les échelles, animation 2D, effets numériques…) pour délivrer une œuvre visuellement riche et échevelée.

Malheureusement, Wendell & Wild pèche par le fait qu’il a été conçu par deux personnalités aux univers en tout point dissociables. D’un côté nous avons bien évidemment Henry Selick, puisant dans sa filmographie et son passif avec Tim Burton pour délivrer un conte gothique comme il sait si bien les faire. Dans lequel une jeune fille rebelle, se sentant responsable de la mort de ses parents, va trouver le moyen de les ressusciter sans se soucier des conséquences. Et de l’autre le satirique Jordan Peele qui, profitant de l’occasion pour reformer son duo comique avec Keegan-Michael Key – prêtant du coup leurs voix et leurs traits aux deux démons éponymes –, impose son humour pour le moins acide et moqueur de la société à l’ensemble, via une histoire d’entreprenariat toxique – un couple voulant raser une ville fantôme et donc un orphelinat pour y bâtir une prison, quitte à bafouer passé et souvenirs. Il est vrai que tout cela apporte de la matière d’écriture aux spectateurs, qui pourront pour le coup suivre un titre aux multiples intrigues et personnages, et ainsi y trouver leur compte question sujets, humour et émotions. Mais pendant tout le visionnage, nous avons l’impression de voir deux films bien distincts tentant de coexister, voire d’essayer de prendre le pas sur l’autre. Faisant de Wendell & Wild un film qui semble encore se chercher, comme peut en témoigner la bande-originale du film – switchant entre les compositions mélodieuses de Bruno Coulais (déjà à l’oeuvre sur Coraline) et la playlist rock accompagnant le personnage de Kat.

Et comme si Jordan Peele était venu parasiter le travail d’écriture de Henry Selick, le long-métrage donne l’impression d’en faire beaucoup trop. Par là, il faut comprendre que le scénario va jusqu’à proposer tellement de personnages et d’intrigues qu’il en devient difficile de savoir qui ou quoi suivre. Car en plus de la jeune Kat et des deux démons, il faut donc ajouter un couple d’entrepreneurs véreux, un démon incompris en guise d’antagoniste, une bonne sœur et un concierge chasseurs de démons, un élève trans et latino qui désire créer une amitié avec l’héroïne pour ne plus être un paria, une fille de riche cliché sur le papier mais qui va révéler son humanité, une femme se battant pour la préservation du passif de la ville fantôme… En somme, un trop plein qui fait enchaîner les histoires, quiproquos et relations dans ce qui paraît au final un véritable caparnahüm d’écriture. Empêchant ainsi certains personnages et intrigues d’avoir ne serait-ce un minium de raison ou d’explication. Et surtout reléguant l’histoire principale au second plan, faisant perdre au film tout son intérêt. Ce qui fait de Wendell & Wild un retour presque en demi-teinte de la part de Henry Selick, livrant son long-métrage le moins abouti de sa carrière.

Mais même si cette critique a pu se révéler un chouïa sévère envers le titre, il ne faut pas croire qu’il soit raté. Au contraire, Wendell & Wild reste un bon film d’animation, techniquement réussi qui fera l’affaire pour un (pas trop) jeune public et les adultes désirant se plonger dans un conte gothique le soir de Halloween. Il est juste décevant de voir à quel point le film aurait pu faire plus simple pour être le divertissement parfait, comme Selick nous avait si bien habitué auparavant. Qu’à cela ne tienne, la diffusion de Wendell & Wild sur Netflix n’est pas une chose que nous devions prendre à la légère ! Car en plus de replacer le réalisateur sur le devant de la scène, voir un tel projet mis en avant sur une plateforme de streaming aussi populaire promet encore de beaux jours pour l’animation en stop motion et ses artisans. Oui, Wendell & Wild est maladroit et imparfait derrière ses intentions et sa maîtrise visuel, mais du divertissement de la sorte, nous ne pouvons qu’en redemander !

Wendell & Wild – Bande annonce

Wendell & Wild – Fiche technique

Réalisation : Henry Selick
Scénario : Henry Selick et Jordan Peele, d’après le livre non publié Wendell & Wild de Henry Selick et Clay McLeod Chapman
Interprétation : Lyric Ross / Justine Berger (Kat Elliot), Keegan-Michael Key / Grégory Lerigab (Wendell), Jordan Peele / Frantz Confiac (Wild), Angela Bassett / Maïk Darah (soeur Démonia), James Hong / Marc Perez (père Bests), Sam Zelaya / Enzo Ratsito (Raúl), Ving Rhames / Thierry Desroses (Buffalo Belzer), Tamara Smart / Anne Mathot (Irmgard Klaxon)…
Photographie : Peter Sorg
Direction artistique : Paul Harrod, Robin Joseph et Lou Romano
Montage : Robert Anich, Sarah K. Reimers, Jason Hooper et Mandy Hutchings
Musique : Bruno Coulais
Producteurs : Henry Selick, Jordan Peele et Ellen Goldsmith-Vein
Maisons de Production : Netflix Animation, Monkeypaw Productions, Gotham Group, Artists First et SIF 309 Film Music
Distribution (France) : Netflix
Durée : 105 min.
Genre : Animation
Date de sortie :  28 octobre 2022
Etats-Unis – 2022

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Sebastien Decocq
Sebastien Decocqhttps://www.lemagducine.fr/
Se droguant avec Jurassic Park, Les Dents de la Mer, Independence Day, E.T. et Indiana Jones à l'âge de 6 ans (même moins pour certains), autant dire que le cinéma était une passion d'emblée. Qui continue à s'élargir au fil des années, à tel point que j'espère un jour en faire mon métier (scénariste, réalisateur, critique... tout est bon !). A mon actif, quelques montages vidéos et un semblant de court-métrage en réserve, je préfère toutefois encore plus m'enfouir dans une salle de cinéma et me laisser transporter par ce que propose le grand écran. Que ce soit un plaisir coupable comme les comédies musicales ou les gros blockbusters d'un certain Michael Bay (je sens la foudre s'abattre sur moi !). Ou bien de véritables chefs-d'oeuvre. Quoiqu'il en soit, du moment que c'est signé par Nolan, Cameron, Spielberg et Burton, je fonce littéralement payer mon ticket.

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