Nocturna, la nuit magique : un film de Victor Maldonado et Adrià Garcia – Critique

Quand nous parlons de films indépendants, cela touche également le domaine de l’animation. Et pour cause, ce genre cinématographique possède également ses grosses productions (Pixar, DreamWorks, Blue Sky…) et ses petits titres qui sortent du lot, ayant pour but d’émerveiller les enfants tout en devant faire face à la concurrence monstre des blockbusters. Nocturna est de ceux-là. Un long-métrage franco-espagnol sorti dans la plus grande indifférence (seulement plus de 173 000 entrées en France et pas de sortie américaine) qui, pourtant, a eu un beau succès lors de certains festivals (dont le Prix Goya du meilleur film d’animation en 2008). Un oublié du grand public, non sans défauts, mais qui peut rivaliser sans mal avec des Shrek et autres Toy Story.

Synopsis : Tim est un petit garçon qui vit dans un orphelinat, reclus des autres enfants à cause de sa peur pour le noir. Une nuit, remarquant la disparition de quelques étoiles alors qu’il regardait le ciel sur le toit du bâtiment, il fait la rencontre de Chat-man, un étrange personnage qui va lui faire découvrir l’univers de Nocturna. Un monde magique aussi incroyable qu’insoupçonné qui prend vie quand tout le monde dort. Mais qui se retrouve menacée par une terrifiante et mystérieuse ombre qui s’est mis en tête d’éteindre toute lumière qui sévit dans le noir…

Une imagination débordante qui reste dans l’ombre de Miyazaki

La première chose qui va vous toucher avec Nocturna, c’est son histoire. Un scénario totalement original, qui dépeint l’univers de la nuit avec une inventivité des plus bluffantes. Tout en s’inspirant des divers récits créés par Tim Burton et Hayao Miyazaki, les réalisateurs/scénaristes suivent le parcours d’un garçonnet qui va découvrir que les chats sont des animaux qui errent la nuit dans le seul but de faire dormir les enfants. Que de drôles de créatures, de manière symphonique, usent du vent, des branches contre les volets et du grincement des gouttières afin de donner vie à la nuit. Qu’une sorte de farfadet farceur est à l’origine des « petites fuites au lit ». Que des Ébouriffeuses, le penchant féminin d’Edward aux mains d’argent, travaillent durs pour vous offrir vos tignasses du matin. Des exemples, le long-métrage en regorge, mais ça serait gâcher la surprise devant tant d’imagination ! Un univers récréatif qui n’oublie pas de donner une petite leçon de vie à tous les jeunes spectateurs.

Hormis des personnages secondaires mis de côté assez facilement et une fin gentillette prévisible au possible, Nocturna est avant tout un message pour tout ceux pour qui le noir, l’obscurité, fondent leur plus grande peur. Transmis par la quête du personnage principal, Tim, qui doit affronter une ombre terrifiante (et qui fera sans doute peur aux plus jeunes d’entre vous) qui plonge la nuit dans le noir le plus total (extinction des lumières et des étoiles). Nocturna, c’est une assurance. Celle qu’avoir peur du noir est un sentiment absurde tant la nuit regorge de vie et de charme. Que c’est la peur elle-même qui lui donne cette image angoissante qui lui est adressée injustement. Bref, Nocturna ne se présente pas au public telle une coquille vide qui ne compte que sur son visuel, mais plutôt comme une œuvre qui veut titiller l’attention des jeunes par ce qu’elle a à dire.

L’’animation, justement : loin des prouesses faites en informatique qui règnent désormais sur le cinéma d’animation, Nocturna conserve le charme et la beauté du design en 2D tout en se rapprochant des plus grands films de Miyazaki. À tel point que ce long-métrage pourrait très bien figurer dans la filmographie de cet auteur d’exception, aussi bien du côté de l’animation que de l’ambiance musicale. Que ce soit au niveau visuel ou sonore, Nocturna vous emportera à coup sûr, que vous soyez petits ou grands !

Cependant, le film est encore loin d’arriver à la cheville des œuvres de Miyazaki : Nocturna manque cruellement de féerie. Alors qu’un tel univers, de tels personnages et une telle poésie nécessitent sans concession une ambiance enchanteresse, il est frustrant de ne pas être bien plus emporté que cela par des moments pourtant touchants. Une atmosphère qui semble faire du surplace alors que le visuel rayonne de magie. Le doublage participe également à cette petite déception. Si des doubleurs professionnels s’en sortent comme à l’accoutumée (Roger Carel, Philippe Peythieu…), d’autres n’ont pas suffisamment de punch pour donner vie à leur personnage (l’animateur télé Jean-Luc Reichmann), n’étant tout simplement pas habitués à ce genre d’exercice et donnant une voix plutôt monotone aux protagonistes concernés. Avec une ambiance et un doublage qui ne débordent que trop rarement, voire jamais, d’énergie et de merveilleux, Nocturna ne déploie pas entièrement ses ailes, ce qui peut expliquer son manque d’engouement face aux œuvres de Miyazaki.

Qu’à cela ne tienne ! Nocturna a beau ne pas être parfait, il reste cependant bien meilleur que certaines grosses productions américaines, qui s’écroulent également sous le concept « assassin » des suites et autres spin-offs. Le cinéma d’animation possède également ses titres qui sortent de nulle part et qui demandent qu’on y jette un coup d’œil. Nocturna est sans conteste un long-métrage qui mérite toute notre attention, à défaut d’être un petit bijou, alors qu’il en avait toutes les capacités.

Nocturna, la nuit magique – Bande-annonce

Fiche technique – Nocturna, la nuit magique

France, Espagne – 2007
Réalisation : Victor Maldonado et Adrià Garcia
Scénario : Victor Maldonado, Adrià Garcia et Teresa Vilardell
Doublage : Jean-Luc Reichmann (Chat-man), Hélène Bizot (Tim/l’Étoile polaire), Philippe Peythieu (Murray), Roger Carel (Moka), Évelyne Grandjean (une Ébouriffeuse), Catherine Cerda (une Ébouriffeuse), Florence Dumortier (une Ébouriffeuse), Hervé Caradec (l’informateur)…
Date de sortie : 24 octobre 2007
Durée : 1h20
Genre : Film d’animation
Directeurs artistiques : Victor Maldonado et Adrià Garcia
Animation : Alfredo Torres
Montage : Félix Bueno
Musique : Nicolas Errèra
Budget : 7,96 M€
Producteurs : Philippe Garell et Julio Fernández
Productions : Filmax, Animakids Productions et Castelao Producciones
Distributeur : Gebeka Films

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Sebastien Decocq
Sebastien Decocqhttps://www.lemagducine.fr/
Se droguant avec Jurassic Park, Les Dents de la Mer, Independence Day, E.T. et Indiana Jones à l'âge de 6 ans (même moins pour certains), autant dire que le cinéma était une passion d'emblée. Qui continue à s'élargir au fil des années, à tel point que j'espère un jour en faire mon métier (scénariste, réalisateur, critique... tout est bon !). A mon actif, quelques montages vidéos et un semblant de court-métrage en réserve, je préfère toutefois encore plus m'enfouir dans une salle de cinéma et me laisser transporter par ce que propose le grand écran. Que ce soit un plaisir coupable comme les comédies musicales ou les gros blockbusters d'un certain Michael Bay (je sens la foudre s'abattre sur moi !). Ou bien de véritables chefs-d'oeuvre. Quoiqu'il en soit, du moment que c'est signé par Nolan, Cameron, Spielberg et Burton, je fonce littéralement payer mon ticket.

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