My Zoé de Julie Delpy : L’amour à mort

My Zoé :  Parmi ce que Julie Delpy a réussi de mieux dans son film, il y a le titre. La cinéaste arrive à bien transcrire cette triste situation où certains couples qui se séparent s’arrachent littéralement le ou les enfants par pur égoïsme, et désir de possession. Pour le reste, le film est plutôt décevant, manquant d’émotion malgré le sujet éminemment sensible.

 

Synopsis :  Après son divorce, Isabelle, généticienne, tente de reprendre sa vie en main. Elle tombe amoureuse et décide de relancer sa carrière. Mais son ex-mari, James, a du mal à l’accepter et lui rend la vie dure dans la bataille qu’il mène pour obtenir la garde de leur fille Zoé. Une tragédie les frappe et la famille s’en trouve brisée. Isabelle décide alors de prendre le destin en main.

 

Never let me go

Au gré de son programme de promotion, on apprend que Julie Delpy, la réalisatrice de My Zoé, a vécu une histoire similaires à celle de son héroïne. En tout cas, la première partie du film, axée sur le déchirement d’un couple autour de la garde de leur enfant, recouperait une situation que la cinéaste aurait vécu personnellement. Dans My Zoé, le « My » est tout aussi important que le prénom. La possessivité envers l’enfant, qui est la victime collatérale des séparations houleuses, son objectivation, telles sont les thèmes en filigrane de ce film, thèmes que la cinéaste arrive à très bien rendre.

Cette première partie se présente comme une suite de saynètes entremêlant disputes « conjugales » particulièrement acerbes, et moments d’Isabelle (Julie Delpy elle-même) avec son enfant Zoé (Sophia Ally). Fraîchement séparée de James (Richard Armitage), un homme plutôt toxique, Isabelle est engluée dans des demandes sans fin de partage équitable du temps de garde, comptant jusqu’aux quarts d’heure qui lui sont « dus ». Ces scènes sont sèches, comme inhabitées, malgré la performance de Delpyq ui, on le sait,  est une très bonne actrice. L’aridité n’est pas uniquement due au propos, celui de la fin de l’amour et du début des (violents) ressentiments, mais aussi à la narration elle-même, ne laissant rien s’installer véritablement, passant d’une scène à l’autre sans que ça développe beaucoup ni l’histoire, ni les personnages. Ne surnagent que des bribes de vie qui ne permettent pas au spectateur d’entrer dans l’histoire.

Les séquences entre Isabelle et sa fille Zoé sont à l’avenant. Mère et fille semblent en représentation d’une vie inexistante dans la réalité, et la surenchère des « Amour de ma vie » qu’Isabelle lance à Zoé sonne creux, davantage comme le comblement d’un vide et non l’amour maternel très passionnel qu’on veut sincèrement nous donner à voir. De fait, le film sonne un peu faux, un peu à côté, avec une mise à distance qui n’est certainement pas voulue, et qui pourtant s’installe au fur et à mesure du film.

D’une manière assez prévisible, la première partie du film se clôt sur le drame, la disparition de l’enfant. Il laisse place à un nouveau film, à de la science-fiction. Isabelle est une scientifique, un médecin, ce qui aurait dû faciliter la transition d’une partie à l’autre, à défaut de la valider. La puissance de l’amour maternel est en réalité le vrai liant entre les deux parties. Mais la proposition est tellement invraisemblable et inconsistante en même temps qu’une fois de plus, le spectateur reste en dehors, jamais embarqué dans les délires pourtant vifs de la protagoniste. Et c’est dommage, car les questionnements bioéthiques que My Zoé apporte méritaient qu’on s’y attarde. Daniel Brühl, un des producteurs du film, semble dépassé par le rôle de savant fou qu’il endosse dans le film. Gemma Atterton, qui interprète le personnage de sa femme, fait la girouette sans raison et sans conséquences. Tout passe, rien ne nous retient.

C’est un vrai dommage que My Zoé soit si peu attrayant. Julie Delpy est une cinéaste fougueuse qu’on aime pour son originalité et ses audaces. On aime son Skylab ou son Lolo, déjà sur le thème de la maternité. Mais on a beau essayé de trouver des arguments en faveur du métrage, on ne peut que déplorer la fausse route qu’il a empruntée. Son cinéma est sincère, mais cette fois-ci, ses intentions n’ont pas atteint leur but.

 

My Zoé– Bande annonce

 

My Zoé – Fiche technique

Titre original : My Zoe

Réalisateur : Julie Delpy
Scénario : Julie Delpy
Interprétation : Julie Delpy (Isabelle), Sophia Ally (Zoé), Richard Armitage (James Lewis), Gemma Arterton (Laura Fischer), Daniel Brühl (Thomas Fischer), Saleh Bakri (Akil Keser), Lindsay Duncan (Kathy)
Photographie : Stephane Fontaine
Montage : Isabelle Devinck
Producteurs: Metalwork Pictures, Warner Bros. Film Productions Germany, Amusement Park Films, Baby Cow Productions, Electrick Films, Magnolia, Mae Films
Distribution (France) : Bac Films
Durée : 200 min.
Genre : Drame
Date de sortie :  30 Juin 2021
Royaume-Uni | Allemagne | Etats-Unis | France – 2019

Note des lecteurs0 Note
2.5

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Wedding Nightmare : Deuxième partie – Battle of the ring

En apparence, ce "Wedding Nightmare : Deuxième partie" promettait d'être une suite qui se démarque de la surexploitation des studios. Le film de Matt Bettinelli-Olpin et de Tyler Gillett s’inscrit pourtant dans cette triste réalité, après un premier volet qui avait su encapsuler tout le plaisir régressif d'une série B, avec ce qu'il faut de suspense, d'effusion de sang et de maladresse calculée pour que le spectateur s'amuse ludiquement dans une partie de cache-cache à mort.

Pour Klára : mange, existe, aime

Cinquième long métrage du Slovène Olmo Omerzu, "Pour Klára" embarque une famille décomposée sur les rivages ensoleillés de l'Adriatique pour mieux l'observer se noyer à sec. Un drame familial d'une subtilité redoutable, porté par un regard qui n'accuse personne — et qui, du coup, nous met tous en cause.

Romería : la mémoire des vagues

Carla Simón n'a jamais vraiment cessé de filmer sa propre histoire. Avec "Romería", son troisième long-métrage en compétition à Cannes 2025, elle va plus loin que jamais : reconstituer la jeunesse de ses parents, morts du sida, à travers le regard d'une fille de 18 ans qui débarque en Galice pour la première fois. Un film sur les origines, les silences de famille et le pouvoir du cinéma à combler ce que la vie n'a pas laissé le temps de vivre.

The Drama : pour le pire ou pour le rire ? Telle est notre (délicieuse) interrogation

Voilà une œuvre qui montre qu’un certain nouvel Hollywood (ici A24 mais ça pourrait être Neon ou FilmNation) peut nous offrir des bons films dits du milieu. Deux stars à l’alchimie indéniable, un scénario original et impeccablement écrit et la réalisation alerte d’un cinéaste qui confirme une voie singulière pour un petit bijou. Une œuvre dont on ne saurait dire si c’est un drame ou une comédie ou les deux, en tout cas accouchée d’une veine romantique acerbe.

Un jour avec mon père : ce qui reste dans la lumière

Il y a des films qui arrivent comme arrivent les souvenirs d'enfance : par effraction, sans prévenir, avec cette netteté particulière des choses qu'on n'a pas cherché à retenir. "Un jour avec mon père", premier long métrage du réalisateur britanno-nigérian Akinola Davies Jr., est de ceux-là. On entre dans ce film comme on entre dans une journée ordinaire et on en ressort changé, sans trop savoir pourquoi, avec quelque chose de chaud et de douloureux logé quelque part dans la poitrine.
Beatrice Delesalle
Beatrice Delesallehttps://www.lemagducine.fr/
Le ciné, ma passion. L’écriture, mon Graal. Je tente de combiner les 2 sous la forme d’un avis, d’un éloge, d’un commentaire, d’une critique en somme. Ce n’est pas mon métier et ne le sera jamais, mais c’est ce que je fais de plus plaisant et de plus personnel par les temps qui courent. Ces derniers mois, j’ai craqué pour : Carlos Reygadas, Roni Elkabetz, Hiam Abbass, Steve McQueen, Lynne Ramsay, James Franco, David Gordon Green, Jia ZangKhe, Wang Bing, Kim Ki Duk, Hirokazu Kore Eda, Kiyoshi Kurosawa, Pablo Berger, Lars von Trier, Panos H. Koutras, Félix van Groeningen, Miguel Gomes, Çağla Zencirci, Nuri Bilge Ceylan, Emir Baigazin, François Ozon, Philippe Garrel, Alain Guiraudie, Thomas Cailley, Abdellatif Kéchiche. Pour leur film en fait, plutôt.

Wedding Nightmare : Deuxième partie – Battle of the ring

En apparence, ce "Wedding Nightmare : Deuxième partie" promettait d'être une suite qui se démarque de la surexploitation des studios. Le film de Matt Bettinelli-Olpin et de Tyler Gillett s’inscrit pourtant dans cette triste réalité, après un premier volet qui avait su encapsuler tout le plaisir régressif d'une série B, avec ce qu'il faut de suspense, d'effusion de sang et de maladresse calculée pour que le spectateur s'amuse ludiquement dans une partie de cache-cache à mort.

Pour Klára : mange, existe, aime

Cinquième long métrage du Slovène Olmo Omerzu, "Pour Klára" embarque une famille décomposée sur les rivages ensoleillés de l'Adriatique pour mieux l'observer se noyer à sec. Un drame familial d'une subtilité redoutable, porté par un regard qui n'accuse personne — et qui, du coup, nous met tous en cause.

Romería : la mémoire des vagues

Carla Simón n'a jamais vraiment cessé de filmer sa propre histoire. Avec "Romería", son troisième long-métrage en compétition à Cannes 2025, elle va plus loin que jamais : reconstituer la jeunesse de ses parents, morts du sida, à travers le regard d'une fille de 18 ans qui débarque en Galice pour la première fois. Un film sur les origines, les silences de famille et le pouvoir du cinéma à combler ce que la vie n'a pas laissé le temps de vivre.