Jeepers Creepers : Reborn loupé!

Renaissance tant espérée pour les fans ou bien énième tentative mercantile pour les autres, Jeepers Creepers : Reborn s’adresse à tout ce beau monde comme un grandiloquent doigt d’honneur. Car, en plus de piétiner la mythologie horrifique créée par Victor Salva, ce reboot est une véritable torture pour les sens. Une sorte de produit informe qui ferait passer les plus mauvaises vidéos YouTube pour des chefs-d’œuvre maitrisés, tant ce « truc » enchaîne les erreurs et facilités avec un je-m’en-foutisme juste sidérant de bêtise !

Synopsis de Jeepers Creepers : Reborn : Alors qu’ils assistaient à un festival d’horreur, Chase et sa petite-amie Laine ainsi que d’autres jeunes, découvrent le passé de la ville où se tient le festival et notamment la plus macabre de ses légendes : une créature immortelle qui se réveille tous les 23 ans au Printemps durant 23 jours pour se nourrir d’organes humains et y semer la mort et la désolation. Cette créature est nommée le Creeper, et il compte bien profiter du festival pour continuer son cycle de mort et dévorer de pauvres innocents par ce qui l’attire vers ses victimes : la peur…

Titre reconnu du début des années 2000, Jeepers Creepers fait partie de ces œuvres tombées dans l’oubli. Celles qui ont su avoir un bon succès et se faire une place dans le cœur de certains fans, mais qui n’ont pas eu la pérennité escomptée. Cela, Jeepers Creepers le doit principalement à son géniteur qu’est le réalisateur Victor Salva. Un homme qui a fait de l’ombre à sa propre carrière suite à la révélation de ses crimes pédophiles aux yeux du public – crimes qu’il a voulu d’ailleurs exorciser par le biais du Creeper lui-même, monstre obnubilé par les jeunes hommes. Dès lors, il a fallu pas loin d’une quinzaine d’années pour que Salva parvienne à mettre sur pieds un troisième opus (le second datant de 2003). Une bien longue et laborieuse production soldée par un cuisant échec, boycotté de toute part à cause du passé du cinéaste pour finalement finir en tant que téléfilm sur Syfy. Et ce après une sortie limitée dans les salles américaines, ne récoltant que 4 pauvres petits millions de dollars au box-office outre-Atlantique – les deux premiers films ayant dépassé à l’époque les 35 millions. Voir débarquer un reboot était sans doute la chose la plus judicieuse à faire pour relancer la franchise. De la voir évoluer entre les mains d’autres personnes, qui puissent rendre honneur à la mythologie pourtant si prometteuse du Creeper en termes de cinéma horrifique. Mais encore fallait-il trouver les bons artisans pour réussir le pari… car dans l’état actuel des choses, cette supposée renaissance n’est finalement rien d’autre qu’une simple blague de mauvais goût. À la limite du sabordage, c’est pour dire !

Commençons par l’aspect le moins pire du métrage – « pire » est utilisé ici avec ironie – à savoir le traitement du fameux Creeper et de sa mythologie. Voulant sans doute surfer sur l’aura de la nouvelle trilogie Halloween, ce Reborn se permet d’envoyer valdinguer la franchise pour la remodeler comme bon lui semble. Essayant d’apporter un côté méta à l’ensemble. Si le premier film reste référencé comme un fait divers adapté au cinéma, l’impasse est faite sur les deux suites – jugées « nulles » par l’un des protagonistes – afin de prétendre raconter la véritable légende du Creeper. Se permettant ainsi des libertés qui auraient fonctionné dans le meilleur des mondes, mais qui ici montrent à quel point personne, en faisant ce long-métrage, n’a compris l’œuvre initiale. La connotation sexuelle de la créature, miroir malsain de Victor Salva ? Abandonnée pour un monstre beaucoup plus lambda dans ses ambitions, qui chasse tout ce qui bouge sans aucun critère. Le côté road movie horrifique de la saga ? Lui aussi abandonné pour un banal huis clos au sein d’une vieille demeure en ruine, le Creeper se débarrassant de sa fameuse fourgonnette d’entrée de jeu. Et malheureusement, Reborn va encore plus loin dans la dénaturation de son antagoniste, lui faisant perdre tout son aura. Certes, le remplacement du charismatique Jonathan Breck par le fade Jarreau Benjamin y est déjà pour quelque chose. Mais il faut également prendre en compte un maquillage pas toujours convaincant – de fausses dents souvent visibles et un chapeau servant plus de cache-misère que de look à part entière. Et surtout une mise en scène qui ne cherche nullement à l’iconiser. Plutôt à en faire une bête de foire qui se pavane devant la caméra (le Creeper est toujours filmé frontalement) tout en usant du fan service comme un bon petit singe bien dressé (rejouer inlassablement la chanson Jeepers Creepers au tourne-disque) mais un chouïa fatigué (n’ayant pas la même résistance/puissance que dans les films précédents).

Quitte à parler de mise en scène, autant dire que le choix de Timo Vuorensola n’était clairement pas la meilleure des idées pour ce reboot. Car si le bonhomme démontre ici qu’il ne sait comment traiter la franchise, il se présente à nous comme une arnaque en soi. S’étant fait connaître avec Iron Sky, gros délire sous forme de série B dopée aux champignons pour amateurs de DTV, Vuorensola prouve là qu’il ne sait pas faire un film ne serait-ce un minimum maîtrisé. Évidemment, nous pourrions rejeter la faute sur un budget assurément faible mais aussi sur la situation sanitaire actuelle – le COVID-19 ayant lourdement impacté le tournage. De ce fait, nous pourrions (presque) pardonner une mise en scène et des effets techniques faits à la va-vite. Ou encore la séquence de la convention à laquelle se rendent les personnages principaux. Une sorte de petite fête foraine locale avec 9-10 figurants en fond qui reviennent souvent selon les plans. Mais cela n’excuse en rien des comédiens en totale roue libre, jouant aussi bien que des élèves de CM2 à un spectacle de fin d’année – pauvre Dee Wallace (E.T. l’extra-terrestre, Cujo, Hurlements), qui se retrouve à faire la potiche pour les premières minutes du film… Ni une mise en scène aux fraises, fade au possible car n’arrivant jamais à créer la moindre tension, la moindre sensation. Des jeux de lumière amateurs qui offrent un rendu visuel ô combien incohérent entre les scènes. Un montage qui se fiche des faux raccords comme une vache ignorant les mouches qui la survolent. Et – cerise sur le gâteau ! – une utilisation abusive de fonds verts dégoulinant de très mauvaises incrustations, donnant des airs de Sin City ou de 300 fauchés. Par « abusive », il faut entendre par là que le film se permet d’afficher des décors numériquement ajoutés pour tout ou n’importe quoi : un ciel orageux, un cimetière dans lequel marchent les personnages, un passager sortant d’une voiture, un plan où les survivants rejoignent des policiers au même niveau qu’eux… Bref, rien qui ne puisse excuser que nous ayons sous les yeux une chose ressemblant à un métrage amateur rafistolé dans tous les sens.

Pour comprendre l’ampleur du désastre, il suffit de voir à quel point le scénario lui-même arrive à s’effacer derrière autant de médiocrité. Et pourtant, l’écriture aussi n’est pas en reste ! Car non contente d’accumuler les clichés éculés du genre, elle propose des idioties et invraisemblances à la pelle. Comme ce personnage en pleine forêt qui arrête son véhicule pour uriner… à une centaine de mètres plus loin de celui-ci. Ou encore les protagonistes qui n’arrêtent pas de tomber sur les fesses à chaque fois que le Creeper fait une apparition soudaine devant eux, comme si le sol était savonneux. Et qui ont le temps de hurler sans bouger car la créature ne fait que les regarder bêtement sans agir. Et ce n’est pas le fil rouge qui va arranger la situation. Ce dernier mettant en avant une sorte de secte vouant un culte au Creeper qui aurait pu apporter un vent de fraîcheur à la saga. Mais qui, finalement, se retrouve anecdotique tant elle ne sert à rien – les personnages se réunissant d’eux-mêmes et le monstre n’ayant pas besoin d’elle pour se mettre en chasse. Si ce n’est donner une intrigue de bébé à sacrifier et de visions démoniaques tirée par les cheveux, digne des plus mauvais opus des franchises Halloween, Vendredi 13 et Les Griffes de la Nuit.

Il est vrai que si nous devions endosser le rôle de l’avocat du diable, Jeepers Creepers : Reborn pourrait être vu comme une moquerie du genre horrifique. Car enchaîner autant de tares et de fautes de mauvais goût, il parait impossible que cela n’ait pas été assumé de A à Z par le réalisateur et son équipe. Et pourtant, étant donné les enjeux derrière ce reboot et le fait que le film originel ait sa communauté de fans, nous ne pouvons y voir qu’une tentative maltraitée. Une anomalie dont on se serait vite débarrassée à cause d’un résultat tout simplement honteux – le film n’est sorti dans les salles américaines que pendant 2 jours pour finalement atterrir sur les services de VOD et dans les bacs de DVD, affichant des recettes à peine supérieures à Jeepers Creepers 3. Bref, une renaissance avortée qui risque fort de laisser le Creeper une nouvelle fois dans l’ombre et dans le cœur des fans du film originel.

Jeepers Creepers : Reborn – Bande annonce

Jeepers Creepers : Reborn – Fiche technique

Réalisation : Timo Vuorensola
Scénario : Sean-Michael Argoa
Interprétation : Sydney Craven (Laine), Imran Adams (Chase), Jarreau Benjamin (le Creeper), Peter Brooke (Stu), Matt Barkley (Jamie), Ocean Navarro (Carrie), Alexander Halsall (Michael), Georgia Goodman (Lady Manilla)…
Photographie : Simon Rowling
Décors : Sivo Gluck
Costumes : Justine Arbuthnot, India Arbuthnott, Thea Alys Halleron-Place et Luca Levai
Montage : Eric Potter
Musique : Ian Livingstone
Producteurs : Jake Seal et Michael Ohoven
Maisons de Production : Orwo Studios et Black Hangar Studios
Distribution (France) : Metropolitan Video
Durée : 88 min.
Genre : Horreur
Dates de sortie :  19 septembre 2022 (sortie limitée en salles, VOD), 17 Novembre 2022 (DVD/Blu-ray en France)
États-Unis – 2022

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Sebastien Decocq
Sebastien Decocqhttps://www.lemagducine.fr/
Se droguant avec Jurassic Park, Les Dents de la Mer, Independence Day, E.T. et Indiana Jones à l'âge de 6 ans (même moins pour certains), autant dire que le cinéma était une passion d'emblée. Qui continue à s'élargir au fil des années, à tel point que j'espère un jour en faire mon métier (scénariste, réalisateur, critique... tout est bon !). A mon actif, quelques montages vidéos et un semblant de court-métrage en réserve, je préfère toutefois encore plus m'enfouir dans une salle de cinéma et me laisser transporter par ce que propose le grand écran. Que ce soit un plaisir coupable comme les comédies musicales ou les gros blockbusters d'un certain Michael Bay (je sens la foudre s'abattre sur moi !). Ou bien de véritables chefs-d'oeuvre. Quoiqu'il en soit, du moment que c'est signé par Nolan, Cameron, Spielberg et Burton, je fonce littéralement payer mon ticket.

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