F1® le film : une course en ligne droite

Depuis les premiers James Bond, Grand Prix ou encore Bullitt, le cinéma met en valeur l’image de la voiture. Tantôt symboles de luxe, fidèles compagnons de route ou instruments de vitesse, les véhicules ont envahi l’écran. Et lorsqu’ils sont calibrés pour la course, comme dans F1, on s’attend à des scènes sensationnelles. Si le film de Joseph Kosinski offre bien des séquences spectaculaires, il convainc davantage sur sa promotion de ce sport d’équipe à haut risque que sur ses qualités cinématographiques. Malgré la présence de Brad Pitt, presque seul sur la piste, F1® le film se limite en effet à un scénario tout tracé.

Technicien dans la modélisation 3D, Joseph Kosinski (Oblivion, Tron : l’héritage) recourt souvent aux caméras embarquées pour traduire la vitesse. Depuis plusieurs années, il souhaitait tourner un film de course. Il a travaillé sur le projet de Le Mans 66 et envisageait alors Tom Cruise et Brad Pitt pour les rôles principaux. Malheureusement, faute d’accord sur le budget, c’est James Mangold qui s’est assis à la place du pilote. Qu’à cela ne tienne, après avoir fait ses preuves grâce à Top Gun : Maverick, le réalisateur américain reprend la route avec F1, qui s’ouvre d’ailleurs sur les 24 Heures de Daytona, une course déjà mise en scène dans Le Mans 66.

Soutenu par le milieu automobile et toute une galerie de pilotes renommés, comme Fernando Alonso, Max Verstappen et Lewis Hamilton, également producteur, F1 a été tourné sur les authentiques circuits de Formule 1, entre Monza, Zandvoort, Las Vegas et Abou Dhabi, durant les saisons 2023 et 2024. Pur blockbuster hollywoodien, le film nous fait voyager à travers le monde, mais se cantonne paradoxalement à une intrigue assez plate au sein d’une seule écurie fictive, APXGP.

Conduite sur les chapeaux de roue

Après un grave accident, Sonny Hayes, incarné par un Brad Pitt iconique, a quitté les circuits de Formule 1 depuis trente ans. Il mène une existence nomade dans sa caravane, mais n’a pas totalement renoncé à son rêve de remporter un jour un Grand Prix. Aussi, lorsque son ancien coéquipier, Ruben Cervantes, lui propose de rejoindre, comme second pilote, son équipe APXGP, Sonny ne peut pas refuser. Au sein de l’écurie au bord de la faillite, il rencontre le rookie Joshua Pearce, alias JP, un homme impétueux qui le juge totalement has been, ainsi que Kate McKenna, une directrice technique ayant progressivement gravi les échelons. Malgré des divergences d’opinions et des conflits internes, en particulier entre Hayes et JP, APXGP doit impérativement prendre du galon pour survivre face à la concurrence.

F1 utilise ainsi largement l’aspiration de Jours de Tonnerre, dont il suit la trame initiale. Un pilote qui rejoint une petite écurie. Un travail de collaboration avec des techniciens. Un objectif de victoire sur les circuits. Cependant, dans F1,  l’adversité a déserté les pistes. Sonny et Joshua n’entretiennent qu’un conflit de façade, essentiellement générationnel, qui se traduit par des piques verbales pas franchement subtiles. Les personnages féminins n’apportent pas plus de profondeur au récit. La mère de Joshua, ultra protectrice, ne sert qu’à questionner la prise de risques des pilotes. Quant à Kate McKenna, première femme à occuper le poste de directrice technique, elle se réduit à une figure de génie obscur de l’aérodynamique. Finalement, le scénario d’Ehren Kruger, à l’instar des Transformers 2, 3 et 4 puis de Top Gun : Maverick, sert plutôt de prétexte à une cascade de scènes d’action. Rush, qui mettait en scène la rivalité entre James Hunt et Niki Lauda, et Le Mans 66, celle entre Ford et Ferrari, développaient des intrigues bien plus fournies. Peut-être parce que les deux films se fondaient sur des faits historiques.

Du réalisme, c’est précisément ce que ne propose pas F1. Crashs à répétition, manœuvres d’antijeu pour ralentir les concurrents, drapeau rouge, les règlements et stratégies de la F1 sont exposés avec une certaine exagération. Et si le film loue l’esprit du sport, en particulier le travail d’équipe, c’est d’une manière caricaturale. Les pilotes et les mécaniciens passent pour des héros, tandis que les financiers restent obsédés par l’appât du gain. Malgré son récit balisé, F1 offre de bonnes scènes de course, même si les prises de vue répétitives et le montage nerveux ne donnent pas vraiment l’impression de vitesse, bien plus ébouriffante dans Le Mans 66. Grâce à la musique d’Hans Zimmer – qui a déjà signé la bande-originale de Rush  et à l’interprétation de Brad Pitt, on ne boude cependant pas son plaisir devant le stand, que l’on soit fan ou non de Formule 1.

F1® le film – Bande-annonce

F1® le film – Fiche technique

Réalisation : Joseph Kosinski
Scénario : Ehren Kruger, d’après une histoire de Joseph Kosinski et Ehren Kruger
Interprètes : Brad Pitt, Damson Idris, Javier Bardem, Kerry Condon, Tobias Menzies, Kim Bodnia
Image : Claudio Miranda
Décors : Mark Tildesley
Costumes : Julian Day
Montage : Stephen Mirrione
Musique originale : Hans Zimmer
Producteurs : Jerry Bruckheimer, Dede Gardner, Lewis Hamilton, Jeremy Kleiner, Joseph Kosinski, Chad Oman, Brad Pitt
Société de production : Copper, Dawn Apollo Films, Jerry Bruckheimer Films, Plan B Entertainment
Pays de production :  États-Unis
Distribution France : Warner Bros. Pictures (cinema), Apple Original Films (VOD)
Durée : 2h35
Genre : Action, Drame
Date de sortie : 25 juin 2025

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Festival

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Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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