Billie Holiday : une affaire d’état : au-delà du drame personnel, esquisse d’une injustice

Billie Holiday. Lady Day. Une voix. Et voilà ce que cette voix si belle a un jour entonné dans les salles prestigieuses où elle a vibré : « Les arbres du Sud portent d’étranges fruits. Du sang sur les feuilles, du sang à la racine. Des corps noirs se balançant dans la brise du sud. Un étrange fruit pendu à un peuplier ». Ces paroles, reflet d’une triste réalité, deviennent un hymne qui, et avant qu’Holiday ne le sache, devient la première étincelle d’un feu que sera le mouvement des droits civiques aux États-Unis pendant les années 60. Retour sur le biopic glaçant de Lee Daniels.

Depuis quelques années, le cinéma américain voit des réalisateurs afro-américains raconter leur propre Histoire et leurs propres histoires. Jordan Peele et son acclamé Get Out, Gerard Bush (en coopération avec Christopher Renz) et son incroyable Antebellum, Steve McQueen et le douloureux 12 years a slave, Ava Duverney et son œuvre Selma. Ils mettent des mots, les propres mots d’une communauté sur son Histoire.

Billie Holiday : une affaire d’état ou The United States vs Billie Holiday en version originale est un film de Lee Daniels sorti le 26 février 2021 sur la plateforme Hulu et le 2 juin au cinéma en France. C’est un biopic retraçant une période de la vie de la chanteuse Billie Holiday, de 1947 à 1959, année de sa mort.

Billie Holiday est au sommet de sa gloire et est interviewée par Reginald Lord Devine. Celui-ci lui pose des questions, notamment sur sa très controversée chanson Strange Fruit. Nous revenons alors dix ans en arrière pour voir où les problèmes de l’artiste commencent avec le bureau fédéral, qui la traque sans cesse…

Basé sur le livre de Johann Hari : Chasing the Scream: The First and Last Days of the War on Drugs, le film nous transporte dans les États-Unis d’après-guerre jusqu’en 1959, dans les bureaux fédéraux qui font la guerre à un nouvel ennemi : la drogue.

Porté à l’écran par Lee Daniels (Paperboy, The Butler) , le script est l’œuvre de Suzan-Lori Parks, la musique est interprétée par Andra Day qui est aussi le visage choisi pour incarner Holiday.

Trevente Rhodes (Moonlight, Bird box) incarne Jimmy Fletcher, Rob Morgan (Jessica Jones, This is Us) est Louis McKay, Da’Vine Joy Randolph est Roslyn, Tyler James Williams (Dear White People, Dear White people la série) est Lester Young, Tone Bell incarne John Levy, Natasha Lyonne (poupées russes) est Tallulah Bankhead et Garrett Hedlund (Invincible, Troie) est Harry Anslinger.

Ce film est intéressant en plusieurs points. L’histoire trouble d’Holiday ne semble être qu’un prétexte pour aborder des sujets annexes plus importants que son addiction ou sa vie sentimentale trouble. En cela, il n’est pas un biopic qui remplirait une simple fonction de « documentaire » sur la vie du personnage.

L’oppression de la société américaine

Daniels montre à travers son film que ce qui gênait bien plus les autorités avec Holiday était son militantisme artistique en interprétant la chanson « Strange Fruit », plus que son addiction à l’opium et à l’héroïne. Le personnage de Jimmy Fletcher indique que le chef du FBI, Harry Anslinger, était déjà en service pendant la Prohibition, moment où l’alcool était tout bonnement interdit, mais que cela ne gênait pas du tout son patron de boire et de mettre les pieds dans un bar au moment de l’histoire où la prohibition est finie.

En effet, c’est plus parce qu’elle gêne le gouvernement et l’ordre social établi par une élite blanche que la chanteuse sera aussi longtemps poursuivie et interdite de chanter ou envoyée en prison au lieu d’aller en cure de désintoxication.

Ces méthodes ne sont hélas pas nouvelles. Plus tard, Eartha Kitt qui fut la première Catwoman métis de l’Histoire sera elle aussi interdite dans les médias après un déjeuner avec la First Lady où elle montre sa désapprobation à la participation des USA à la Guerre du Viet Nam. Dans une interview, Kitt dira : « j’avais une voiture à l’arrivée et à mon départ je n’en avais plus, j’ai dû faire du stop pour rentrer chez moi ».

Mais Holiday n’en démord pas, elle tente de chanter cette chanson que son public mixte réclame. Dans le film, peu de séquences la montrent réellement enjouée lors de ses spectacles, elle paraît même lointaine, détachée, apathique et lobotomisée par les chansons romantiques à mesure que l’étau de la police se resserre. Ces chansons, ayant toujours pour thème l’amour semblent quelque peu répétitives et vides de sens mais elle est obligée de les interpréter. Les seuls moments où elle est heureuse de ses prestations sont les moments où elle a quitté la prison et qu’elle revient sur scène, ou lorsqu’elle débutait au Café Society.

Et puis, vient « Strange Fruit ». Elle, avec ses éternelles gardénias blancs dans les cheveux, et le regard qui ne fuit pas, les paroles chantées, presque dans un murmure embrassé d’un soupir qui hypnotise le spectateur. Les paroles sont glaçantes comme son regard alors froid et pourtant ne cachant pas sa colère. Impossible de rester de marbre devant la prestation d’Andra Day, qui interprète elle-même les chansons d’Holiday. Elle ne l’imite pas, ce qui est excellent, car l’interprète a un timbre de voix différent et Holiday a une voix inimitable. Mais le ton est similaire. Le message et l’émotion restent alors intouchés.

Une oppression double : Billie et les hommes

En sociologie, l’intersectionnalité désigne le cumul de plusieurs facteurs de discrimination. Dans le cas de Billie Holiday, être noire ET être une femme amoindrissent le pouvoir qu’elle a sur elle-même et son environnement. Le film la montre victime de plusieurs amants et époux violents et escrocs. C’est l’exemple de Monroe, Louis McKay et de John Levy par exemple, qui n’hésitent pas à la vendre au FBI et à coopérer pour la faire arrêter.

Nous arrivons sûrement à la partie de l’analyse la plus difficile, étant donné que certaines scènes de violence à l’encontre du personnage sont révoltantes. L’une d’elles montre John Levy frapper Billie Holiday et lui mettre des coups de pieds si forts qu’elle en a des côtes brisées, mais étant sous sa coupe, elle se voit obligée de monter sur scène, dissimulant sous sa robe de satin rose des bandages. Cette violence insoutenable est pourtant le calvaire de Billie depuis l’enfance où un personnage de son entourage révèle à Jimmy Fletcher un détail très sombre de la vie de la chanteuse. A 10 ans à peine, la pauvre fille est violée par un individu, et sa mère, qui se prostituait, lui tient des propos insoutenables en lui annonçant qu’étant assez « grande », il était temps qu’elle aussi s’y mette.

Son éducation et ces violences mènent Holiday à n’envisager les rapports amoureux que dans la violence, Fletcher et elle sont ensemble pour un temps, mais elle retombe dans les bras d’un autre homme violent, Louis McKay qui lui ne s’embarrasse pas de lui faire du mal comme tous ceux avec qui elle a été. Les deux seules relations où elle ne souffre ni physiquement ni moralement dans le film sont avec Jimmy Fletcher, qui restera jusqu’au bout et Tallulah Bankhead, une femme privilégiée et actrice que le FBI essaiera d’épingler pour d’autres raisons : les mœurs.

En bref, les relations d’Holiday avec les hommes sont destructrices et le film montre une personne détruite par ces violences et qui se détruit par des poisons.

Les Poisons d’Holiday

La chanteuse est déjà complètement addicte à l’opium, l’héroïne, l’alcool et les cigarettes. Un an en prison n’a pas suffi à l’éloigner et elle sera plusieurs fois épinglée pour consommation de stupéfiants. Néanmoins, l’aspect le plus surprenant reste la corrélation entre son succès planétaire et l’augmentation de ses addictions. Plus elle est célèbre et voyage et travaille et plus la drogue et surtout l’alcool ont une place importante. Si bien qu’une des premières scènes montrant son déclin est un enregistrement en studio pour « I’m a fool to want you » où elle ne se rappelle pratiquement pas des paroles et hallucine en appelant Monroe qui n’est plus dans sa vie à ce moment-là.

Pendant un trip sous héroïne avec Fletcher, nous assistons à des scènes surréalistes où celui-ci voit Billie jeune dans une maison close, ou devant les décombres de la maison d’une famille qui vient de subir un lynchage. Elle est effondrée, et le spectateur ne peut que s’indigner.

Ces quelques épisodes sous forme de trips hallucinogènes montrent ce que l’artiste a cherché à noyer toute sa vie. Les traumatismes sont intenses et expliquent ses rechutes fréquentes jusqu’à la cirrhose.

Une critique annexe inattendue…

Dans ce film, on ne se contente pas de critiquer la société blanche qui tient les rênes et fait les lois, mais on critique aussi les afro-américains qui travaillent pour le FBI et « collaborent » avec cette élite qui les opprime.

Ces citoyens américains voient leur position comme un service à la patrie et la possibilité de faire un travail que « les blancs » ne peuvent pas faire à cause de la ségrégation. En effet, Fletcher se destine à arrêter ceux qui vendent de la drogue à Harlem par exemple, or, ce quartier devient exclusivement noir et pauvre au cours des décennies, alors qu’au début des années 1920, il était au cœur d’un mouvement littéraire (et plus généralement artistique) important appelé Harlem Renaissance. Le portrait de ces afro-américains travaillant au FBI n’est pas fait à l’acide et montre la complexité de leur situation. Ils ont des familles à nourrir, ils veulent rendre service à leur patrie pour une cause qu’ils estiment juste, qui est de chasser la drogue qui les détruit. Malheureusement, ils sont instrumentalisés par une hiérarchie qui les considèrent comme des sous-fifres, pas comme des individus. Et lorsqu’ils ne veulent pas faire quelque chose, ils sont tout bonnement évincés.

Le Cas Billie Holiday en est la preuve, puisqu’au final, même si elle est arrêtée pour usage de stupéfiants, les policiers l’embarquent pour avoir tenté de chanter « Strange Fruit » un soir. Et d’ailleurs, son cadavre décédé est menotté au lit de son hôpital pour son usage de stupéfiants. Et pourtant, la pauvre femme ne risque pas de s’échapper …

En plus de cela, la violence des hommes noirs envers les femmes est elle aussi critiquée, et montrée comme ce qu’elle est : la reproduction de l’oppression à plus petite échelle.

Conclusion

La dernière réplique d’Holiday sera pour Anslinger, à qui elle annonce qu’un jour, ses propres petits-enfants chanteront « Strange Fruit ». Sur une dernière quinte de toux, Holiday s’éteint, elle est loin de savoir qu’elle décède juste avant le début du Mouvement des Droits civiques américains qui amorceront des changements drastiques.

Billie Holiday devient contre tout attente un porte-étendard de la cause noire en osant chanter « Strange Fruit ». Dans la réalité, elle le devient malgré elle, car le poème la touche personnellement, en lui rappelant le tragique décès de son père à peine quarantenaire, à cause de la ségrégation puisqu’on a refusé de le soigner parce qu’il était noir.

Le film de Daniels est très intéressant à regarder et malgré quelques couacs dans la trame temporelle, il reste hautement conseillé de le regarder pour en apprécier le travail. En plus d’avoir des personnages traités dans leur complexité, l’esthétique est sublime, en dépit de scènes violentes mais nécessaires. Il montre juste ce que subissait une chanteuse noire du XXe siècle et le zèle avec lequel on a tenté de lui confisquer sa voix. Holiday subit violence sur violence, à toutes les échelles et parvient à rester forte dans l’épreuve.

Fiche Technique:

Réalisateur: Lee Daniels
Scénariste: Suzan-Lori Parks
Directeur de la photographie: Andrew Dunn
Musique: Christopher Gunning
Décors: Daniel T. Dorrance
Costumes : Paolo Nieddu
Durée: 130 minutes
Langues: Anglais
Année: 2021

Sources pour rédiger cet article:

The United States vs. Billie Holiday-Wikipedia- ; The Tragic story behind Billie Holiday’s stange fruit –biography.com-; Intersectionnalité –Wikipedia– ; Eartha Kitt –Wikipedia– ; Billie Holiday: une affaire d’été -wikipedia-; Eartha Kitt, the White house incident –youtube-; Harlem Renaissance –wikipedia

Image: IMdB

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