Beast : un safari tendu et efficace

A défaut de proposer un divertissement qui révolutionne le genre et préférant ne pas prendre de risque, Beast reste une agréable surprise pour tout amateur de film de « monstres ». Un survival sachant aller à l’essentiel et se montrer efficace pour se présenter comme un spectacle de bonne facture.

Synopsis de Beast : Le Dr. Nate Daniels, revient en Afrique du Sud, où il a autrefois rencontré sa femme aujourd’hui décédée, pour y passer des vacances prévues de longue date avec ses deux filles dans une réserve naturelle, tenue par Martin Battles, un vieil ami de la famille, biologiste spécialiste de la vie sauvage. Mais ce repos salvateur va se transformer en épreuve de survie quand un lion assoiffé de vengeance, unique rescapé de la traque sanguinaire d’ignobles braconniers, se met à dévorer tout humain sur sa route et prend en chasse le docteur et sa famille…

Un temps relégués à la case des DTV dont il vaut mieux ignorer l’existence, il semblerait bien que les majors hollywoodiennes soit à nouveau attirées par la production de films d’animaux mangeurs d’hommes. Il suffit de voir les dernières périodes estivales, où se sont enchaînés des titres tels qu’Instinct de survie (2016, Sony Pictures), En eaux troubles (2018, Warner Bros.) et Crawl (2019, Paramount Pictures). En cet été 2022, c’est donc le studio Universal Pictures qui se permet d’occuper la place avec Beast, un énième long-métrage du genre dans lequel une petite famille va devoir faire face à un lion hors normes. Par « énième », vous comprendrez bien vite qu’il ne faudra pas attendre monts et merveilles de la part du scénario, ce dernier reprenant le schéma narratif inhérent à ses congénères. Certes, le film troque les requins et autres crocodiles par un lion, imposant ainsi la savane africaine comme lieu d’action. Mais à part cela, rien ne change côté écriture : une famille dysfonctionnelle/marquée par un drame – le récent décès de la mère suite à un cancer – qui va trouver dans ses péripéties avec l’antagoniste le moyen de se retrouver. De se reconstruire. Le tout sans chercher à innover quoique ce soit, se permettant même par moment de copier ses aînés – les héros coincés dans une jeep avec le lion rôdant aux alentours fait irrémédiablement penser à Cujo. Vous l’aurez compris, Beast n’a rien d’original à nous mettre sous la dent… et pourtant, le titre parvient à se démarquer quelque peu de la concurrence.

Car conscient de son statut de divertissement estival sans prise de tête, le titre ne perd aucun seconde pour nous plonger dans le bain. Et ceux alors que les films du genre commencent à avoisiner les 110 minutes, pour finalement pas grand-chose. Juste pour meubler de manière artificielle une durée de visionnage qui n’en avait pas forcément besoin. Allant par moment dans le too much pour justifier le spectacle. Beast, c’est comme Crawl ou encore Don’t Breathe dans un autre style : un titre qui préfère aller directement à l’essentiel, et ce sans fioriture ! Et pour cause, après son introduction et la présentation des personnages, le film garde un rythme effréné et soutenu dès l’entrée en scène du lion. Le tout pour se terminer exactement là où il faut, sans jamais paraître trop long et évitant les incohérences propres au genre. Ces dernières sont tout de même présentes – le lion qui se « téléporte » sur la fin et un combat durant lequel le héros semble encaisser sans mal des coups pourtant mortels – mais restent ainsi en dose suffisante pour ne pas parasiter l’ensemble.

Un rythme soutenu qui trouve également sa force dans la mise en scène du réalisateur islandais Baltasar Kormákur. Si le bonhomme n’a jamais vraiment brillé durant sa carrière hollywoodienne, il a toutefois su livrer des titres certes oubliables mais pour le moins sympathiques et efficaces. Comme peuvent en témoigner Contrebande, 2 Guns ou encore Everest. Nous pouvons dès lors ranger Beast dans la même catégorie, le cinéaste livrant ici un survival diablement tendu. Faisant de la savane un endroit où pèse le danger, qui peut surgir de n’importe où. Pour arriver à ce constat, Baltasar Kormákur a joué à fond la carte des plans-séquences et du hors champ pour créer une atmosphère immersive, oppressante. Le tout servi par des effets spéciaux de bonne facture, une musique qui sait se faire entendre quand il le faut et un casting plutôt impliqué. Et ce sans avoir peur des effets gores, sans toutefois en abuser ni des jump scares purement gratuits. Ce qui lui permet de se prendre au sérieux sans jamais mettre sa générosité de côté, évitant toute légèreté malvenue comme tout Marvel qui se respecte (n’est-ce pas, En eaux troubles ?).

Bref, Beast ne prétend à aucun moment être autre chose qu’un banal divertissement, qu’un survival que l’on aurait déjà vu des milliers de fois. Et même s’il ne cherche pas à renouveler le genre, le long-métrage fait suffisamment preuve de qualité pour être l’un des titres les plus appréciables de ces dernières années. De quoi satisfaire les spectateurs qui auraient été déçus cet été par L’Année du Requin et qui apprécient les films de « monstres » tout ce qu’il y a de plus classiques. Reste à savoir si les prochains titres des studios hollywoodiens – pour dire, nous parlons d’un remake à Anaconda depuis quelques temps – sauront continuer sur cette lancée. Ou si, une nouvelle fois, nous retrouverons très vite ce genre aux côtés des Sharknado et autres séries Z désespérantes.

Beast – Bande annonce

Beast – Fiche technique

Réalisation : Baltasar Kormákur
Scénario : Ryan Engle et Jaime Primak Sullivan
Interprétation : Idris Elba (Nathanael ‘Nate’ Samuels), Sharlto Copley (Martin Battles), Leah Jeffries (Norah Samuels), Iyana Halley (Meredith ‘Mery’ Samuels), Martin Munro (Kees), Tafara Nyatsanza (Banji)…
Photographie : Philippe Rousselot et Baltasar Breki Samper
Décors : Jean-Vincent Puzos
Costumes : Moira Anne Meyer
Musique : Steven Price
Producteurs : Baltasar Kormákur, James Lopez et Will Packer
Maisons de Production : Universal Pictures, RVK Studios et Will Packer Productions
Distribution (France) : Universal Pictures International
Durée : 93 min.
Genre : Thriller, survie
Date de sortie :  24 Août 2022
Etats-Unis – 2022

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3

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Sebastien Decocq
Sebastien Decocqhttps://www.lemagducine.fr/
Se droguant avec Jurassic Park, Les Dents de la Mer, Independence Day, E.T. et Indiana Jones à l'âge de 6 ans (même moins pour certains), autant dire que le cinéma était une passion d'emblée. Qui continue à s'élargir au fil des années, à tel point que j'espère un jour en faire mon métier (scénariste, réalisateur, critique... tout est bon !). A mon actif, quelques montages vidéos et un semblant de court-métrage en réserve, je préfère toutefois encore plus m'enfouir dans une salle de cinéma et me laisser transporter par ce que propose le grand écran. Que ce soit un plaisir coupable comme les comédies musicales ou les gros blockbusters d'un certain Michael Bay (je sens la foudre s'abattre sur moi !). Ou bien de véritables chefs-d'oeuvre. Quoiqu'il en soit, du moment que c'est signé par Nolan, Cameron, Spielberg et Burton, je fonce littéralement payer mon ticket.

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