Aux jours qui viennent : Scansions de la vie sous emprise

Dans Aux jours qui viennent, Nathalie Najem évite le piège du film à thèse pour plonger dans les méandres d’une humanité blessée. Entre emprise et fragilité, son premier long métrage esquisse, sans jugement, le portrait d’un homme en déroute et des vies qu’il fracasse. À travers des visages bouleversants et une mise en scène vibrante, le film explore moins la violence que son envers : l’impuissance à aimer, à exister, à se reconstruire. Loin des démonstrations cliniques, c’est une œuvre troublante, qui cherche la lumière au cœur même des ténèbres.

Dans un premier long métrage sentimental, prenant et vibrant, Aux jours qui viennent, Nathalie Najem réussit à contourner les écueils d’un film didactique sur l’emprise et les violences conjugales et montre plutôt la souffrance de vies blessées, l’incapacité au bonheur de certains êtres.

La grâce du film de Nathalie Najem doit beaucoup à l’amour et à la considération qu’elle porte à ses acteurs.

La narration par les visages des acteurs

Que ce soit Bastien Bouillon dans un rôle complexe et ambivalent de père perdu, d’amant violent et possessif, de fils cynique et doux, d’homme désaxé, funambule de l’existence, Zita Hanrot, son ex violentée, mère lumineuse et jeune femme digne qui tente l’espoir d’une vie nouvelle, Alexia Chardard, femme émouvante et belle, toute en fragiles résolutions, Maya Hirsbein, la fille de dix ans qui regarde, absorbe et comprend tout des bizarres batailles des adultes, et Marianne Basler, extraordinaire d’élégance, en mère fracassée de séjours en hôpital psychiatrique, tous concourent à la maturité d’un récit épris de beaux plans sur leurs visages troublés et éperdus.

Un film peut en cacher un autre : la violence contre soi, le désamour, portrait d’un homme torturé

Joachim (Bastien Bouillon) harcèle son ex-femme (Laura) et tyrannise son actuelle compagne (Shirine). Le portrait que fait Nathalie Najem de cet homme jaloux et possessif est surtout celui d’un toxicomane, d’un homme malade, tourmenté, en proie à la noirceur. C’est sur cette arête-là, cette érosion sourde et sournoise qui dilue le personnage, l’offrant à la métamorphose abrupte, que le film situe son vrai sujet.

Joachim se détruit et détruit ceux qu’il aime. Plus par inaptitude à exister que par perversité. Ce prisme psychologique et sensible œuvre dans les scènes, même les plus agressives, toujours rattrapées par une certaine douceur ou incertitude. On est loin de la clinique du harcèlement et de la froideur de la violence intrafamiliale filmée à l’os par Xavier Legrand dans le remarquable Jusqu’à la garde.

Nathalie Najem semble aller chercher l’espoir (celui du titre), l’horizon de l’amour toujours présent, de nouveaux gestes de tendresse, quelque chose d’imperceptible qui redonne du lien, de l’équilibre et de l’affection vitale.

Une voix à côté des choses

Joachim, interprété avec cet écart qu’a Bastien Bouillon – par sa tonalité toujours un peu désinvolte, sa voix à côté, comme s’il ne prenait pas entièrement part à ce qu’il fait –, est un personnage d’homme violent, qu’on qualifierait aujourd’hui de pervers narcissique. Mais avant tout, on voit un homme paumé, déglingué, en manque de vie, d’amour, en manque de tout et débordé par ses maux. Un homme aux abois, rongé par ses propres manques. Quelqu’un qui voudrait bien faire avec son ancienne femme, sa fille, sa compagne, sa mère, mais qui n’y arrive pas et se comporte même à l’envers. À côté. De lui-même. Des choses. En ce sens, le choix de Bastien Bouillon, avec son intonation qui donne à voir qu’il (se) délaisse les choses, est un choix fort.

L’écriture de ce personnage fêlé, qui questionne et attise tout de même l’empathie, permet au film de n’être pas réduit à un programme sur les violences intrafamiliales et de traiter plus profondément du malaise des violences que l’on s’inflige, de la torture que peuvent être aimer et vivre avec un toxicomane.

Une généalogie disloquée

S’il fallait se convaincre que c’est là où le film trouve son intensité et sa personnalité, il faudrait aller regarder les scènes délicates et finement écrites avec la mère de Joachim (Marianne Basler).

Dans le moindre tressaillement de la peau de l’actrice se joue la folie d’une autre emprise que celle dont apparemment parle le film. L’emprise de la malédiction de la fragilité de vivre, du destin de ceux et celles qui n’arrivent pas à élever leur fils, puis plus tard des fils qui n’arrivent pas à être des pères convenables, à aimer leur femme, à devenir juste des gens bien.

Alors oui : aux jours meilleurs

Aux jours qui viennent remue et atteint, choisissant la veine sensible, incertaine et émouvante plutôt que la démonstration implacable pour nous faire comprendre les impasses traversées, les reconstructions possibles, les jours meilleurs qui affleurent au milieu des blessures toutes proches.

Bande-annonce : Aux jours qui viennent

Fiche technique : Aux jours qui viennent

  • Réalisation : Nathalie Najem
  • Scénario : Nathalie Najem
  • Genre : Drame psychologique
  • Durée : 1h48min
  • Date de sortie : 2023
  • Pays : France

Distribution

  • Bastien Bouillon : Joachim
  • Zita Hanrot : Laura
  • Alexia Chardard : Shirine
  • Marianne Basler : La mère
  • Maya Hirsbein : La fille

Équipe technique

  • Photographie : Simon Beaufils
  • Montage : Lilian Corbeille
  • Musique : Olivier Marguerit
  • Décors : Valérie Saradjian
  • Costumes : Caroline Spieth

Production

  • Sociétés de production : Les Films du Bélier, France 2 Cinéma
  • Budget : 2,8 millions €
  • Tournage : Paris et banlieue (2022)
  • Format : 2.35:1 – Couleur

Synopsis : Joachim, homme instable et violent, oscille entre sa relation toxique avec son ex-femme Laura et sa nouvelle compagne Shirine. Le film explore les mécanismes de l’emprise conjugale à travers le portrait d’un homme en perdition et des femmes qui tentent de lui échapper.

 

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