Adieu les cons de Albert Dupontel : Un Grand soir un peu trop tiède

Albert Dupontel est toujours égal à lui-même, toujours sur le fil de l’indignation au regard d’une société qu’il déteste de plus en plus. Son nouveau film Adieu les cons reste dans cette veine critique, mais ne parvient pas à convaincre totalement, tant les stéréotypes, inhabituels à son cinéma, sont présents.

Synopsis :  Lorsque Suze Trappet apprend à 43 ans qu’elle est sérieusement malade, elle décide de partir à la recherche de l’enfant qu’elle a été forcée d’abandonner quand elle avait 15 ans.
Sa quête administrative va lui faire croiser JB, quinquagénaire en plein burn out, et M. Blin, archiviste aveugle d’un enthousiasme impressionnant. À eux trois, ils se lancent dans une quête aussi spectaculaire qu’improbable.

 Le Grand Soir

Le cinéma d’Albert Dupontel a ceci de constant qu’il semble toujours comme habité, comme empli de la rage d’un homme qui a des indignations profondes et sincères. Adieu les cons est bâti sur les mêmes fondations, mais contrairement à ses plus anciens films, il peine à traduire le côté jusqu’au-boutiste du cinéaste. Ce, non pas par un manque, mais par un trop-plein d’émotions, de mélodrames allions-nous dire.

Suze Trappet (Virginie Efira) est une coiffeuse quadra qui se meurt d’inhaler jour après jour les laques et les sprays qui remplissent ses poumons et ses heures de travail. Dans ce contexte, la chose qui devient vitale à ses yeux est la recherche d’un fils qu’elle a eu à 15 ans, et que ses parents l’ont obligée à délivrer sous X. Cette quête met sur son chemin JB (Albert Dupontel lui-même), un informaticien dépressif qui en arrive à rater même son suicide. Le coup de feu est parti quasiment dans le dos de Suze, dans un bureau adjacent.

Le reste est une suite de tableaux plus ou moins burlesques, très second degré, faites de courses poursuites avec la police, tout en partant à la recherche du fils perdu de Suze, tout en initiant une romance entre JB et Suze. Toutes ces choses qu’on entrevoit dès les premières images. Un film prévisible, donc, mais qui reste drôle, dans la même veine que 9 Mois ferme. les thèmes sont acides comme Dupontel aime bien les traiter. Ici, les cons caricaturaux dont il est question, ce sont les entreprises qui tuent leurs employés à petit feu, aussi bien Suze que JB ; ce sont les policiers, brocardés dans un contexte de violence policière particulièrement déplorée par les temps qui courent. Les cons sont les nerds, aveuglés de technologie, ne levant jamais les yeux de leur ordinateur ou de leur smartphone, au risque de laisser passer l’amour. Les cons sont les autres, mais pas les personnages de Dupontel, de Virgine Efira et de Nicolas Marié (un personnage improbable d’aveugle qu’ils rencontrent en chemin, et dont l’utilité est quand même assez floue) qui, eux,  confinent à une sorte de pureté, elle aussi caricaturale.

Et pourtant, malgré cette apparente conformité à son propre cinéma, malgré un engagement total et remarquable des acteurs, on a le sentiment que le cinéaste s’autocensure et produit un film assez consensuel, différent de ce à quoi il nous a habitués jusqu’ici. Adieu les cons souffre sans doute entre autres d’une trop grande pression des César récoltés à la fois pour 9 Mois fermes, mais surtout pour Au revoir là-haut. Il est impossible de faire fi de tout un pan de spectateurs nouvellement acquis au cinéaste. Alors, même si l’émotion pleut sur le film jusqu’à un final paroxystique, même si la sincérité de Dupontel n‘est jamais à mettre en doute, Adieu les cons peine à convaincre complètement, comme un objet cinématographique pas totalement identifiable, un film au goût d’inachevé. On l’écrit presque à contrecœur, tant le film possède des qualités indéniables, mais le goût sucré de ce film trop édulcoré est décidément trop prononcé…

Adieu les cons– Bande annonce  

Adieu les cons  – Fiche technique

Réalisateur : Albert Dupontel
Scénario : Albert Dupontel, Xavier Nemo
Interprétation : Virginie Efira (Suze Trappet), Albert Dupontel (ean-Baptiste Cuchas), Nicolas Marié (Serge Blin), Jackie Berroyer (Dr Lint), Philippe Uchan (M. Kurtzman), Bastien Ughetto (Adrien), Marilou Aussilloux (Clara)
Photographie : Alexis Kavyrchine
Montage : Christophe Pinel
Musique : Christophe Julien
Productrice : Catherine Bozorgan
Maisons de production : Stadenn Productions, Gaumont, Manchester Films, France 2 Cinéma
Distribution (France) : Gaumont  Distribution
Durée : 87 min.
Genre : Drame, Comédie
Date de sortie :  21 Octobre 2020
France – 2020

Note des lecteurs0 Note
3

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

The Christophers : le prix des âmes

Le dernier Soderbergh : grand petit film sur les affres de l'art au temps de son extrême marchandisation. "The Christophers" brasse avec finesse la question de la valeur d'une œuvre et de la place de l'artiste dans un monde qui fétichise la marchandise. Entre un vieux peintre cabotin et une jeune faussaire en quête de vengeance, Soderbergh opacifie savamment un scénario trop convenu pour mieux révéler les contradictions profondes des artistes, empêtrés entre beauté, gloire et compromissions.

Le Cuirassé Potemkine : cent ans de rage intacte

Cent ans après, "Le Cuirassé Potemkine" revient en salles avec une musique inédite signée Pet Shop Boys. Chef-d'œuvre du cinéma muet, le film d'Eisenstein n'a rien perdu de sa puissance subversive. La rage de ceux qu'on écrase n'a pas de date de péremption.

Ma famille chérie : entre tornade émotionnelle et grâce cassavetienne

Maelström d'émotions, caméra à l'épaule et visages en gros plan avec "Ma famille chérie". Isild le Besco signe un ouragan familial tendre et survolté, entre fulgurances cassavetiennes et grâce mélancolique d'Élodie Bouchez.

L’affaire Zanetti : Confessions d’une meurtrière

Dans un centre pénitentiaire italien, Elisa Zanetti, condamnée pour le meurtre de sa sœur, entame des entretiens avec un criminologue qui ravivent un passé familial trouble. Entre huis clos oppressant, flashbacks maîtrisés et performances intenses, le film interroge la portée réelle d’un travail de reconstruction face à un crime irréparable.

Le Passage : Sur la corde de l’humanité

Entre thriller haletant et drame humaniste, le premier long"métrage de Brandt Anderson plonge le spectateur au cœur de la crise des réfugiés syriens. "Le Passage" est une œuvre chorale, tendue et bouleversante dont la maitrise narrative ouvre sur une émotion absolue.
Beatrice Delesalle
Beatrice Delesallehttps://www.lemagducine.fr/
Le ciné, ma passion. L’écriture, mon Graal. Je tente de combiner les 2 sous la forme d’un avis, d’un éloge, d’un commentaire, d’une critique en somme. Ce n’est pas mon métier et ne le sera jamais, mais c’est ce que je fais de plus plaisant et de plus personnel par les temps qui courent. Ces derniers mois, j’ai craqué pour : Carlos Reygadas, Roni Elkabetz, Hiam Abbass, Steve McQueen, Lynne Ramsay, James Franco, David Gordon Green, Jia ZangKhe, Wang Bing, Kim Ki Duk, Hirokazu Kore Eda, Kiyoshi Kurosawa, Pablo Berger, Lars von Trier, Panos H. Koutras, Félix van Groeningen, Miguel Gomes, Çağla Zencirci, Nuri Bilge Ceylan, Emir Baigazin, François Ozon, Philippe Garrel, Alain Guiraudie, Thomas Cailley, Abdellatif Kéchiche. Pour leur film en fait, plutôt.

The Christophers : le prix des âmes

Le dernier Soderbergh : grand petit film sur les affres de l'art au temps de son extrême marchandisation. "The Christophers" brasse avec finesse la question de la valeur d'une œuvre et de la place de l'artiste dans un monde qui fétichise la marchandise. Entre un vieux peintre cabotin et une jeune faussaire en quête de vengeance, Soderbergh opacifie savamment un scénario trop convenu pour mieux révéler les contradictions profondes des artistes, empêtrés entre beauté, gloire et compromissions.

Ma famille chérie : entre tornade émotionnelle et grâce cassavetienne

Maelström d'émotions, caméra à l'épaule et visages en gros plan avec "Ma famille chérie". Isild le Besco signe un ouragan familial tendre et survolté, entre fulgurances cassavetiennes et grâce mélancolique d'Élodie Bouchez.

L’affaire Zanetti : Confessions d’une meurtrière

Dans un centre pénitentiaire italien, Elisa Zanetti, condamnée pour le meurtre de sa sœur, entame des entretiens avec un criminologue qui ravivent un passé familial trouble. Entre huis clos oppressant, flashbacks maîtrisés et performances intenses, le film interroge la portée réelle d’un travail de reconstruction face à un crime irréparable.