« Sid Cooper 2 » : contre les ronces

Pour la conclusion de ce diptyque, Pendragon ne baisse jamais le volume. Sid Cooper mêle teen movie, fantastique, shōnen, comics, animation et culture punk dans un généreux capharnaüm graphique. Sous cette énergie pop affleure, mine de rien, une histoire intime, celle des blessures que l’on transmet et des deuils inconsolables.

Voilà cinquante ans que la Frangleterre, improbable trait d’union entre la France et l’Angleterre, se fait lentement dévorer par des ronces gigantesques. Le « Fléau » progresse, Berry Hill menace de s’effondrer, les professeurs désertent et les élèves s’en vont. Sid Cooper, lui, reste. Abandonné dans cette étrange école après la mort de sa mère, l’adolescent a trouvé dans ses couloirs quelque chose qui ressemble à une famille : Kate, Lula, Malcolm et quelques autres plus ou moins marginaux avec lesquels il entend bien se remonter les manches.

Le premier tome avait posé un univers étonnamment ample pour une première bande dessinée. Le second doit par conséquent tout faire tenir : l’histoire de Sid, celle du château, les origines du Fléau et les fantômes laissés par les générations précédentes. Pendragon multiplie donc les retours en arrière, sans heureusement casser l’élan du récit. Le passé cesse progressivement d’être une énigme pour s’ériger en blessure. Derrière les ronces apparaissent l’amour, le deuil, les rancœurs et tout ce que l’on transmet aux suivants. Un peu malgré nous, parfois par impuissance.

Les ronces donnent en fait une forme aux souffrances qui traversent les personnages, s’accrochent aux murs comme les souvenirs aux vivants et peuvent même se lire comme une seconde nature reprenant brutalement ses droits. La colère contamine, la douleur aussi, et face à elles, l’amitié et la bienveillance constituent les armes à même de rompre le cycle. 

L’ensemble conserve l’énergie des shōnen. On se dispute, on combat, on chute et on repart de plus belle. Les dialogues ont de la fougue, parfois de la poésie, et graphiquement, Pendragon propose un trait souple et extrêmement expressif, qui doit probablement autant au manga qu’au cartoon et au comic book. 

Malgré son titre très fléché, Sid Cooper déborde largement la figure de son protagoniste. Pendragon fait vivre ses personnages secondaires et propulse le groupe en moteur du récit. C’est sans doute ce qui permet à ces quelque 300 pages de supporter la profusion : il y a une réflexion sur le passage à l’âge adulte, la perte et la nécessité de ne pas hériter docilement des erreurs de ceux qui nous précèdent.

Généreux, plein de bonnes idées, parfois un peu décousu, ce deuxième tome achève ainsi un diptyque qui aura risqué le trop-plein plutôt que de se contenter de la tiédeur. Et c’est à saluer.

Sid Cooper 2, Pendragon
Glénat, 16 septembre 2026, 304 pages

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3

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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