Rétrospective David Fincher : Panic Room, critique du film

Synopsis :  Meg Altman, récemment séparée d’un époux ayant fait fortune dans l’industrie pharmaceutique, et sa fille Sarah, diabétique, arrivent à New York et emménagent dans une grande maison équipée d’une panic room, pièce aux allures d’abri anti-atomique, destinée à servir de refuge aux occupants en cas d’agressions extérieures. Plutôt claustrophobe et ne jugeant pas l’installation très utile, le premier soir, Meg essaye de désamorcer celle-ci et y arrive partiellement. Malheureusement, trois malfrats pénètrent dans la maisonnée endormie. Meg surprend les intrus sur les caméras vidéos dont la maison est truffée, et elle et Sarah courent se réfugier dans la panic room. Mais c’est justement dans cette panic room que les malfaiteurs veulent se rendre, car c’est là que se trouve une fortune colossale… De plus, Sarah, étant diabétique insulino-dépendante, doit prendre ses médicaments qui se trouvent en dehors de la pièce. Que faire si l’on ne peut sortir ?

Art cloîtré

Cinéaste émérite issu des clips vidéos et autres vidéos promotionnelles, David Fincher fait partie du cercle très fermé des créateurs ayant un contrôle quasi total sur leurs projets. Représentant d’un style classique mais pourvu de réflexions psychiques, l’homme originaire du Colorado s’est fait une spécialité dans les films âpres et violents, travaillant avant tout sur l’ambiance filmique. Encore inégal dans son travail, l’auteur peut aussi bien parfaire son style, avec les merveilles cultes que sont Seven et Fight Club, que témoigner des faiblesses avec un Alien 3 malade et un The Game manquant de consistance malgré une superbe atmosphère. Ce dernier étant une déception commerciale, Fincher trouve refuge auprès de la Columbia qui lui accorde un certain budget mais pour un film de commande.

A l’origine écrit pour Nicole Kidman et Hayden Panettiere, c’est finalement Jodie Foster et Kristen Stewart pour son premier véritable rôle au cinéma qui portent le film sur leurs épaules. Fincher s’offre un casting de rêve pour son premier métrage en collaboration avec la Columbia, en les accompagnant  d’antagonistes de luxe en les personnes de Forest Whitaker et Jared Leto. Souhaitant marquer de son empreinte le cinéma hollywoodien, David Fincher permet à Panic Room d’être le premier film entièrement prévisualisé en trois dimensions avant même le début du tournage. Le souvenir de cette expérience se retrouve dans les célèbres plans du long-métrage, où la caméra traverse le décor comme bon lui semble.

Délivrance filmique

De hauts buildings, des paysages supra-urbanisés, le cadre new-yorkais semblait trop dense pour Fincher. Préférant de loin les espaces clos, le réalisateur a la malice de placer la totalité de son film dans un luxueux appartement et part d’un postulat simple : une femme et sa fille se retrouvent bloquées dans une panic room, une sorte de bunker de sécurité anti-infraction tandis que des malfrats tentent justement de dérober quelque chose à l’intérieur. Usant du travail des angles et des décors cloîtrés, tout en mêlant différentes techniques de mouvement caméra, du ralenti au plan séquence labyrinthique, David Fincher fait honneur à son style et réussit à marquer de son empreinte le cinéma contemporain hollywoodien.

Héritant du scénario de David Koepp, scénariste prodigieux ayant précédemment travaillé avec Spielberg et De Palma, Fincher semble pouvoir transcender toutes les histoires et tous les genres. Armé d’une volonté novatrice, il a témoigné d’une inventivité rare durant le tournage de son long-métrage, tournant les scènes de chaque étage séparément, puis, les raccordant grâce à des modélisations numériques 3D  pour les espaces intermédiaires. Ce désir d’images animées va tellement loin qu’il a parfois reconstruit certaines parties de plans séquences ou de plans en grues, les trouvant moins fluides qu’il ne l’avait espéré. Le génie filmique va encore plus loin, notamment dans la réussite de sa mise en scène fluide et numérique, au sein d’un long métrage accès sur la claustrophobie, l’isolement et la paranoïa. De même, David Fincher réussit à parfaitement raccorder ses séquences entre les différents étages malgré leur tournage totalement décalé, la direction d’acteurs est ainsi au bord de la perfection, même si les prestations des antagonistes aux deux femmes auraient mérité à être étoffées. Jodie Foster et Kristen Stewart réussissent à être crédibles de bout en bout, la seconde faisant preuve d’une maturité et d’un charisme étonnants malgré son jeune âge durant le tournage. Seule une photographie un peu terne, certainement le résultat d’un numérique de synthèse dans la création des décors, notamment hors de la pièce refuge, peut amener le pinailleur le plus aguerri à déconsidérer le film.

Claustration artistique

Nonobstant les fameuses qualités du travail sur l’image de David Fincher, force est de constater que son propos est très loin d’être aussi inoubliable que sa réalisation. Affublé à juste titre du statut d’auteur engagé, notamment sur Fight Club, véritable pamphlet vulgaire à l’image d’une société de consommation résolument corrosive pour la condition humaine, Fincher ne peut réellement que garantir un travail d’adaptation du script de David Koepp, sous l’œil avisé de la Columbia. Panic Room reste un film de commande, possédant comme tous les autres films de ce type un cahier des charges bien rempli pour satisfaire des exigences commerciales. Ainsi, le réalisateur fait dans la transcendance filmique mais pas cinématographique. En résulte un regard neuf sur des scénarios audacieux sans être essentiellement profonds, prouvant que tout bon réalisateur de talent sait travailler sur n’importe quel support. Heureusement que le long métrage permet au réalisateur de renouer avec le succès commercial, le film engrangeant 196 millions de dollars au box office mondial, pour un budget somme toute correct de 48 millions, un succès d’estime donc.

Pourtant, nombre d’éléments auraient dû trouver un aspect critique au sein du long métrage, notamment de la paranoïa excessive des personnes aisées pour leurs fortunes et leurs personnes, au point de fabriquer une chambre spéciale pour s’isoler du monde. Ainsi, Panic Room possède, et ce à forte raison, un libellé de film mineur dans la filmographie de Fincher, surtout du fait d’un projet n’émanant pas de lui et par conséquent, ses thématiques se retrouvent en suspens par rapport au travail esthétique. De même, difficile de garder longtemps en mémoire les prestations de Forest Whitaker et Jared Leto, jamais transcendants ni imposants, se contentant d’assurer un rendu correct à leurs prestations. Enfin, il s’installe un rythme inégal et parfois répétitif compte tenu des maigres enjeux du long métrage, ce qui sort totalement d’une quelconque immersion claustrophobique au sein de cette production. Un script sensiblement en deçà de la magnificence de la mise en scène, au point que certains retournements semblent anecdotiques voire prévisibles, ce qui peut sembler difficilement acceptable de la part d’un esthète et d’un perfectionniste comme l’est David Fincher.

Panic Room reste cependant la quintessence qualitative d’un film de commande hollywoodien. Affublé d’une mise en scène d’esthète, réussissant l’exploit d’une véritable beauté numérique et d’une fluidité dans le cadre audacieuse pour un film aux thématiques et à la trame si cloîtrées. Cependant, même si la mise en scène tient de l’orfèvrerie la plus parfaite, le scénario, parfois répétitif et surtout assez peu consistant, paraît bien inférieur aux qualités filmiques transcendantales de l’ami Fincher. Un exercice fondamentalement réussi mais qui ne réussit pas le génie d’être plus que cela, se nivelant à la simple angoisse de survie et sans jamais démontrer une volonté critique.

Panic Room : Bande-annonce

Panic Room : Fiche Technique

Réalisation : David Fincher
Scénario : David Koepp
Interprétation : Jodie Foster (Meg Altman), Kristen Stewart (Sarah Altman), Forest Whitaker (Burnham), Jared Leto (Junior)…
Photographie : Conrad W. Hall, Darius Khondji
Montage : James Haygood, Angus Wall
Musique : Howard Shore
Sociétés de production : Columbia
Distributeur : Columbia Pictures
Durée : 112 min
Genre : Thriller
Date de sortie : 24 Avril 2002
Etats-Unis – 2002

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Louis Verdouxhttps://www.lemagducine.fr/
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