Section Zéro d’Olivier Marchal: Critique du pilote

Synopsis: En Europe, dans un futur proche, les Etats endettés ont renoncé à leur souveraineté au profit de multinationales, immenses agrégats économiques ultra-puissants. Parmi ces nouvelles « sociétés titans », Prométhée, l’une des plus puissantes et dangereuses, ne cesse d’étendre son emprise sur la Fédération. Son but : remplacer la police par une milice privée, le Black Squad, dirigée par le dangereux Munro, et créer une armée d’hommes robotisés, les Mékas. Sirius, flic idéaliste, veut se battre pour empêcher la disparition du monde dans lequel il a vécu. Il va entrer en résistance et diriger un groupe d’élite, la Section Zéro, qui utilise tous les moyens, y compris l’illégalité et la violence. Derrière ce combat politique se joue également pour lui le combat d’un père et d’un mari pour retrouver les siens.

Projection au festival Séries Mania du pilote de Section Zéro, la série d’Olivier Marchal : grandes inspirations et manque d’originalité, inventivité française, clichés, et acteurs/personnages plus ou moins bons.

             Olivier Marchal, cinéaste/créateur français à qui l’on doit 36 Quai des Orfèvres ou encore Braquo, s’est attaqué à un genre presque méprisé – du moins laissé de côté – en France, la science-fiction. Il s’est précisément attaqué à son sous-genre, l’anticipation. Quel culot de la part d’un Français et même deux – puisque la série a été co-créée avec l’écrivain de polars Laurent Guillaume – de tenter une nouvelle expérience dans ce genre qui effraie la majorité des producteurs de l’hexagone, fonctionnant au risque zéro. Mais si on encourage l’initiative, on ne peut s’arrêter de réfléchir et de travailler une œuvre sur ce principe de pavé jeté dans la marre. Alors, Section Zéro est-elle un objet réussi ?

            Il nous faut rappeler que cet écrit se fonde sur le pilote de la série. S’il a été le seul épisode à avoir été présenté au festival, il y a bien des choses à dire. Olivier Marchal, créateur, scénariste, showrunner et réalisateur du show, s’est beaucoup inspiré de films qu’il adule: Mad Max (George Miller, 1979), Blade Runner (Ridley Scott, 1982), RoboCop (Paul Verhoeven, 1987). Si le créateur a beaucoup parlé de l’importante influence du premier dans notre rencontre (que vous pouvez retrouver ici), les autres sont bien ici, dans de nombreux décors (cyber)punks (tels que la boite de nuit ou la ruelle en pleine nuit au début de l’épisode), ou encore dans l’image même : l’image grisâtre et les entrepôts désaffectés tels ceux de Détroit de RoboCop ; ses voitures de polices qui ressemblent fortement à celles du même film (et saga), modifiées pour être plus Mad Max-isées ; d’ailleurs il reprend au plan près ceux des deux premiers films de la licence, notamment les arrivées dans des zones industrielles désaffectées. Voir autant de cinéphilie dans une des rares séries françaises de science-fiction a quelque chose de plaisant et grisant même, toutefois on peut voir cela dans un tout autre sens. En effet, on peut appréhender toutes ces références comme un manque d’originalité de cet univers. Dans le fond, Prométhée est l’équivalent de l’OCP de RoboCop. Dans la saga, l’entreprise, si elle tend à servir l’ordre et la justice, veut en fait contrer la grève des policiers et baisser leurs effectifs en les remplaçant par des robots, puis des cyborgs. On peut même aller du côté de Blade Runner avec les conglomérats créant des androïdes « plus humains qu’humains ». Quant à la séparation des villes en deux zones : pauvres / riches, Elysium et Trepalium (série diffusée sur Arte) sont déjà passées par là. Ce caractère est présenté de manière très anecdotique sans qu’on le voie bien concrétisé à l’écran.

            L’anecdotique est d’ailleurs très présent dans la série. Un exemple, on retrouve Sirius dans le quartier chinois à une baraque à bouffe asiatique, digne de Blade Runner. D’ailleurs plusieurs plans en sont repris, sinon inspirés. La cuisinière n’a rien d’asiatique et mieux, pas un seul figurant asiatique dans la séquence qui, dans le fond, ne sert qu’à introduire la maîtresse du personnage et à exposer son collègue comme un bon raciste-xénophobe du village. Les figurants sont peu nombreux et bougent à peine. La majorité des éléments de SF semblent vides, comme si dans le fond, ce qui compte, l’essentiel, la chair du show, c’est le trio de flics ténébreux dans une affaire politique qui les dépasse, et en proie à leurs doutes et problèmes personnels, notamment familiaux. En somme, l’essence Marchal donc. Et pourtant, on ne peut s’empêcher d’être fasciné par ce monde de science-fiction concocté par Marchal aux nombreuses règles présentées dans l’introduction, un univers véritablement inspiré et qui nous présente un avenir hypothétique peu fantaisiste et plutôt crédible, peut-être probable même. Notons toutefois que les œuvres qui ont inspiré la série ne l’étaient pas moins, bien au contraire.

            Ensuite deux gros problèmes ont perturbé notre séance, le jeu des acteurs et l’écriture des personnages. On ne saurait dire si le chef des gangsters russes a été bien ou mal écrit, mais les dialogues sont bien là, et tout de même, après Braquo, on était en droit d’attendre un certain niveau. En effet, le personnage tel qu’il apparaît à l’image est un tissu embourbé dans le cliché pur et dur. Et il n’est pas le seul, le collègue de Sirius est le second couteau sympatoche mais lourdaud et raciste, et menteur (ce qui annonce probablement de futures divisions au sein du groupe) ; le troisième larron, qui est une jeune femme lesbienne, tentera hélas de combler un manque certain de crédibilité, charisme et de présence à l’écran, en assurant un lot de séquences sexuelles hyper-érotiques et physiques (attention la Vie d’Adèle n’est pas loin). Un dernier exemple, le personnage de Sirius, flic déterminé, intelligent, taciturne et ténébreux, sobrement et justement incarné (et non joué) par Ola Rapace, a une fille adolescente. Devinez, elle est en rébellion avec l’autorité, s’habille en noir avec du maquillage noir, joue de la guitare et sort avec un futur (et possible ancien) taulard impliqué dans du trafic de drogue.

Enfin, si la réalisation n’est pas toujours des plus efficaces (les poursuites en voitures manquent de punch malgré les nombreuses références au RoboCop de Verhoeven, ce qui est assez ironique lorsqu’on repense à l’influence criée haut et fort par Olivier Marchal de Mad Max) malgré une bande-son irréprochable et si l’on regrette le passage de la pellicule (qui était utilisée dans Braquo) au numérique ici, Section Zéro n’a pas un démarrage raté mais plutôt en dents de scie. Remarquons toutefois que le pilote ne nous amène pas à la Section Zéro telle qu’elle est décrite dans la synopsis de la série, mais met en place ses prémices. Affaire à suivre.

Section Zéro: Bande-annonce

Section Zéro: Fiche Technique

Créateurs : Olivier Marchal & Laurent Guillaume
Showrunner : Olivier Marchal
Réalisation : épisodes 1 à 7 : Olivier Marchal ; épisode 8 : Ivan Fégyveres
Casting : Ola Rapace, Catherine Marchal, Pascal Gregory, Tchéky Kario, Francis Renaud, Constantin Balsan, Hilde De Baerdemaeker, Inès Spiridonov, Juliette Dol, Steve Driesen, Maud Jurez, Stefan Ivanov
Directeur de la photographie : Denis Rouden
Composition : Erwann Kermorvant
Producteurs : Thomas Amargyros et Edouard de Vésinne
Production : Canal +, Bad Company, Europacorp Télévision, Umedia
Diffusion : Canal + à partir du 4 Avril 2016
Genre : science-fiction d’anticipation

Format : 52 minutes (x 8 épisodes pour la saison 1)
Année de lancement : 2016

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