À Deauville, l’animation s’invite rarement en compétition. Méli-Mélo y trouve pourtant sa place. Leah Nelson y adapte le livre de Sarah Leavitt sur l’Alzheimer de sa mère, dans une œuvre résolument adulte, qui ne s’épargne aucune dureté. Un premier film qui change le deuil en œuvre, et l’oubli en matière à célébrer.
On n’attendait pas un geste aussi puissant. Ici, une famille ordinaire emportée par la maladie d’un des siens, et c’est l’Amérique intime que Deauville affectionne. Le dessin ne cherche jamais à expliquer Alzheimer, il préfère en garde la trace, comme seul l’art le peut. Car Méli-Mélo est d’abord la confession de Sarah Leavitt, qui y raconte le déclin de sa propre mère. Leah Nelson, avant de l’adapter, vivait elle aussi une épreuve familiale proche et n’avait jusque-là signé que des courts-métrages. De cette double intimité naît une œuvre bouleversante, dont il a fallu dix ans pour transformer un vécu intime en récit universel, qui parle à quiconque a vu un parent s’éloigner de lui-même.
Avant la maladie, le film prend le temps d’installer un monde et une femme. Sarah dessine pour vivre et cherche encore sa place dans le San Francisco queer des années 90. Tout se vit depuis sa tête et ses souvenirs d’enfance. On y découvre une lampe torche aussi tranchante qu’un sabre laser, et Midge une mère-guerrière qui ne craint aucun monstre tapi sous le lit. Elle reste son mentor facétieux, quand son père veille en retrait. Mais dans ce cocon lumineux, un diagnostic va bientôt le fissurer.
Ceux qui résistent
Rien ne prépare Sarah aux allers-retours entre la Californie et le foyer familial, une double vie qui insuffle contraste et couleur à ce dessin monochrome, telle une vieille photo qu’on ranime. Le film y déploie tout son ludisme et sa fantaisie pour échapper à la fatalité. La sœur cadette de Sarah accélère toute sa vie tant qu’il est temps, tandis que Sarah doute encore de la distance qui la sépare d’une mère mourante, avant d’offrir cette tendresse ultime à leur lien.
Ce lien est filmé sans filtre, dans une brutalité qui épouse l’imprévisibilité de Midge. Elle s’éteint en oubliant les siens, sans qu’on n’édulcore jamais l’épuisement ni le sacrifice de ceux qui restent. Nelson refuse pourtant le drame clinique d’un Still Alice ou d’un The Father, jamais à l’intérieur de la tête malade, mais toujours le regard orienté vers la fille qui la perd. Il ne reste donc plus que des gestes de réconciliation, où chaque jour est vécu comme le dernier, jusqu’à cette séquence mexicaine du Jour des Morts, à la fois angoissante et subjuguante, où une palette colorée explose enfin dans le noir et blanc telle une ultime déclaration d’amour.
Savoir et voir que des animateurs ont dessiné, image par image, l’histoire d’une dessinatrice qui se bat pour cristalliser ce que la maladie tend à effacer est évidemment vertigineux. Comme son héroïne, Méli-Mélo lutte pour honorer et sublimer la mémoire d’une femme que sa propre maladie condamnait à l’oubli. Il lui redonne, trait après trait, toute sa vitalité, et célèbre les derniers instants passés à ses côtés. On n’en demandait pas tant pour un premier film aussi électrisant et bouleversant qu’on n’est pas près d’oublier.
Ce film est présenté en compétition au Festival de Deauville 2026.
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Méli-Mélo – fiche technique
Titre original : Tangles
Réalisation : Leah Nelson
Scénario : Sarah Leavitt, Leah Nelson, Trev Renney (base sur le roman graphique Tangles : A Story About Alzheimer’s, My Mother and Me de Sarah Leavitt)
Interprètes (voix) : Julia Louis-Dreyfus, Abbi Jacobson, Bryan Cranston, Seth Rogen, Beanie Feldstein
Animation : Manddy WycKkens
Montage : David Avery
Musique : Dan Romer
Son : Miguel Araujo, Ryland Haggis
Sociétés de production : Point Grey Pictures, Monarch Media, Giant Ant Films, Lylas Pictures
Pays de production : États-Unis, Canada
Société de distribution France : Nour FIlms
Durée : 1h42
Genre : Animation, Drame
Date de sortie : 20 janvier 2027