L’Étrange Festival 2026 : Imposters, un dilemme quitte ou double

Imposters de Caleb Phillips fait de l’enlèvement d’un bébé le déclencheur d’une plongée vertigineuse dans les mensonges d’un couple, entre science-fiction existentielle et thriller psychologique. Un premier long-métrage solide qui remet au goût du jour le twist, même s’il s’annonce un peu trop tôt.

Caleb Phillips ne cherche pas à défoncer la porte du fantastique en s’arrêtant à son concept. Il préfère l’entrebâiller, juste assez pour laisser filtrer un courant d’air glacé. On passe d’une ouverture énigmatique et percutante, qui plante le décor, à l’installation d’un couple, Marie et Paul, tout juste arrivé en banlieue new-yorkaise bordée d’une forêt avec leur bébé Theo. Leur mariage bat déjà de l’aile quand une fête de quartier vire au cauchemar. Theo disparaît, un homme mystérieux rôde près de cette maison maudite, des tremblements de terre ponctuent le récit comme des avertissements sismiques d’un monde qui se dérègle, une piste lugubre pousse les parents vers la forêt… Et quand Marie réapparaît, bébé dans les bras mais visiblement sous le choc, une question s’installe et ne nous quitte plus. Est-ce vraiment leur fils ? Est-ce vraiment Marie ?

On comprend assez rapidement que le titre ne désigne pas qu’une éventuelle substitution d’enfant. L’imposture, chez Phillips, c’est d’abord ce masque social qu’on enfile chaque matin, celui qui grignote peu à peu la part de nous-mêmes qu’on ne sait plus assumer. Après avoir évité la paralysie, Paul joue sa vie à pile ou face, laissant une pièce trancher chaque choix qui compte, une façon de se dédouaner en laissant le hasard guider sa propre volonté, pour peu que le hasard existe vraiment. Quant à Marie, elle cache ses fêlures sous une carapace plus discrète, que le film prend soin de dévoiler au compte-gouttes. Une des toutes premières séquences place d’ailleurs Paul dans une situation où l’on comprend, que les détails et les faux-semblants pèseront lourd dans cette mécanique. Le fusil de Tchekhov se charge patiemment, balle après balle, et Phillips prend son temps pour s’en servir.

La troisième face d’une pièce

C’est là que le film convoque l’esprit de la série Dark. Même vertige de la science-fiction infusée dans l’intime, même façon de faire des choix personnels ou familiaux le véritable moteur du fantastique. Ce que l’on est prêt à faire pour sauver sa famille, ou au contraire pour la quitter, devient ici la matière première d’un twist qui, loin d’être un simple gadget de genre, vient percuter de plein fouet les névroses du couple. On pense aussi, sans trop en dire, à un certain film choral de James Ward Byrkit, où l’inquiétude naît moins de l’exceptionnel que du glissement progressif du familier vers l’inconnu.

Le revers de cette patience, c’est une prévisibilité qui s’installe avant l’heure. On devine où le film nous emmène bien avant qu’il n’y arrive, et l’on attend sagement que les pièces s’alignent. Cela n’empêche pas pour autant le plaisir de la traversée, tant l’écriture soigne ses silences et ses échanges électriques. Il reste tout de même un déséquilibre entre les deux personnages principaux. Paul, incarné par Charlie Barnett, est sans doute sous-écrit pour qu’on le perçoive vite comme le problème du couple, laissant Marie porter l’essentiel du poids dramatique. En effet, Jessica Rothe, la scream queen de la saga Happy Birthdead, trouve ici un rôle plus dense et âpre, où sa maternité et sa liberté sont mises à l’épreuve, quitte à ce que le traitement de ce dilemme reste simplifié par endroits.

Heureusement, le film se veut intellectuel sans jamais renoncer au plaisir du genre. Il y a de la tension qui monte frénétiquement, des disputes qui claquent, du mystère qui infuse lentement avant d’éclater en dernière partie. Pour un premier long, la maîtrise est réelle, et l’audace mérite d’être saluée, quand bien même la mécanique du twist grince un peu sous le poids de sa propre annonce. Imposters ne cherche pas non plus à nous surprendre à tout prix, mais plutôt à faire tomber les masques que l’on porte tous un peu, histoire de mieux voir s’il y a une différence en-dessous ou alors le constat nihiliste d’une humanité condamné à répéter les mêmes erreurs.

Ce film est présenté en compétition internationale à l’Étrange Festival 2026.

Imposters – fiche technique

Réalisation : Caleb Phillips
Scénario : Caleb Phillips
Interprètes : Jessica Rothe, Charlie Barnett, Yul Vazquez, Bates Wilder, Thomas Parobek
Photographie : Allie Schultz
Montage : Nick Landa
Musique : Alex Winkler
Production : Joe Bandelli, Sarah Seligman
Société de production : Broken Pig Productions
Pays de production : États-Unis
Durée : 1h39
Genre : Horreur, Science-fiction

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Jérémy Chommanivong
Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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