Resurrection : l’insurrection par le rêve

Avec Resurrection, Bi Gan livre une odyssée cinématographique aussi ambitieuse que fragmentée, où rêve et cinéma se confondent pour interroger notre besoin vital d’imaginaire. Une œuvre radicale et envoûtante, disponible en DVD et Blu-ray chez Potemkine Films dès le 7 juillet 2026.

Le film impressionne par sa beauté, son ambition, son inventivité presque folle. Il ne se présente pas comme un récit continu, mais comme une succession de blocs, presque autant de chapitres que de manières de filmer. Chaque partie explore une sensorialité différente, un registre, parfois même un support, donnant au film une structure volontairement éclatée, fragmentée. Le réalisateur chinois traverse ainsi les genres, les époques, les formes, et propose à la fois un récit et une traversée du cinéma lui-même.

Cette dispersion pourrait faire perdre le film, mais Resurrection ne connaît jamais d’affaissement formel, malgré la multiplicité des directions qu’il emprunte. Il tient par une cohérence intérieure, en apparence fragile mais bien réelle, qui empêche l’ensemble de se disloquer. In fine, il y a bien ici une histoire qui se tient, robuste, et paradoxalement éthérée.

On peut regretter que certaines idées restent à l’état d’axiome. L’idée de départ d’un futur où les humains n’ont plus le droit de rêver est forte, mais elle est posée sans beaucoup de contexte. Le film préfère aller directement dans le vif de son sujet, ce qui crée parfois une frustration, mais participe aussi à son mystère. Certaines séquences s’imposent plus durablement que d’autres. La partie dans la neige, par exemple, touche par sa simplicité, son silence, et surtout sa poésie, là où le plan-séquence final, pourtant très impressionnant, paraît peut-être plus démonstratif qu’émotionnel.

La conclusion du film, assez ouverte, en est sans doute la plus belle part : d’une beauté à la fois formelle et rigoureuse, et pourtant incroyablement libre. Au centre du récit se trouve la figure du rêvoleur, le rêveur révolutionnaire : celui qui continue de rêver dans une société dystopique du futur qui l’interdit. Il n’est pas le dernier vestige d’un monde ancien, mais un acte vivant de désobéissance. Il se met à rêver partout, tout le temps, à travers les différentes séquences du film.

Face à lui, la femme qui l’accompagne dans ses rêves occupe une place singulière. Elle ne crée pas le rêve, elle le reçoit, l’écoute, le protège. Elle peut se lire comme une figure du spectateur, celui sans lequel l’imaginaire ne peut survivre. Leur relation ne relève pas d’une histoire d’amour au sens classique, mais d’un lien fragile entre l’art, le cinéma, et celui qui le regarde.

Ce que Resurrection affirme, avec une douceur presque mélancolique et finalement confondante de simplicité, est que, sans rêve, l’homme est condamné à disparaître, et que le rêve, c’est le cinéma qui va l’apporter. Mais Bi Gan ne cherche jamais à rendre ce liminaire confortable. Il avance selon une logique intérieure, parfois au risque de l’opacité. Cette radicalité peut dérouter, mais elle donne au film sa singularité et sa grande liberté.

Bi Gan dit aimer la Chine, et cet amour irrigue le projet. Resurrection ressemble à une traversée d’un siècle de son pays, mais filtrée exclusivement par le prisme du cinéma : pas un discours politique, ni une critique sociale frontale, mais du cinéma, des citations nombreuses et pensées, des reconstitutions stupéfiantes de pans entiers du cinéma mondial sur sa terre natale. Des visions multiples de ce film n’entament en rien sa magie ; il conserve une vraie poésie, et sa part de mystère reste intacte. C’est un film profondément habité, qui continue de travailler la pensée après la projection, et qui a amplement mérité de figurer dans notre top 2025.

Les suppléments

Il en reste toujours un peu plus pour les curieux et ce serait dommage de passer à côté de quelques images des coulisses de Resurrection. Évolution des couleurs et de l’éclairage des scènes au fil des chapitres, détails sur les ombres dans le plan-séquence emblématique du film, il y a tout un inventaire au service de l’expressionnisme qui est raconté par Bi Gan et son équipe. Dommage que ce soit trop court pour pleinement profiter de leur savoir-faire.

En revanche, si Resurrection vous a marqué, il ne faut absolument pas passer à côté du court-métrage A Short Story, inclus dans les bonus. Le court-métrage que Bi Gan a réalisé en 2022 et qui a été présenté au festival de Cannes la même année prouve qu’il existait bien un étalon à cette grande fresque. A Short Story ne dure peut-être que quinze minutes au visionnage, mais cette petite fable, qui suit un chat noir en quête existentielle, nous reste longtemps en mémoire. S’il vous tient à cœur de découvrir avec lui ce qui pourrait être la chose la plus précieuse du monde, alors ne vous retournez pas et ouvrez chaque porte que ce film mettra sous vos yeux.

Resurrection : bande-annonce

Resurrection : bande-annonce

Titre original : 狂野时代, Kuángyě Shídài
Réalisation : Bi Gan
Scénario : Bi Gan
Musique : M83
Photographie : Dong Jingsong
Montage : Bi Gan, Bai Xue
Décors : Tu Nan
Effets spéciaux : Liu Strilen
Production : Shan Zuolong, Yang Lele, Charles Gillibert
Société de production : Huace Pictures, Dangmai Films, Obluda Films, CG Cinema, Arte France Cinéma
Société de distribution : Les Films du losange (France)
Pays de production : Chine, France
Éditeur : Potemkine Films
Genre : Drame, Policier, Science-fiction
Durée : 160 minutes
Date de sortie : 10 décembre 2025
Date de sortie DVD/Blu-ray : 7 juillet 2026

Festival

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Beatrice Delesalle
Beatrice Delesallehttps://www.lemagducine.fr/
Le ciné, ma passion. L’écriture, mon Graal. Je tente de combiner les 2 sous la forme d’un avis, d’un éloge, d’un commentaire, d’une critique en somme. Ce n’est pas mon métier et ne le sera jamais, mais c’est ce que je fais de plus plaisant et de plus personnel par les temps qui courent. Ces derniers mois, j’ai craqué pour : Carlos Reygadas, Roni Elkabetz, Hiam Abbass, Steve McQueen, Lynne Ramsay, James Franco, David Gordon Green, Jia ZangKhe, Wang Bing, Kim Ki Duk, Hirokazu Kore Eda, Kiyoshi Kurosawa, Pablo Berger, Lars von Trier, Panos H. Koutras, Félix van Groeningen, Miguel Gomes, Çağla Zencirci, Nuri Bilge Ceylan, Emir Baigazin, François Ozon, Philippe Garrel, Alain Guiraudie, Thomas Cailley, Abdellatif Kéchiche. Pour leur film en fait, plutôt.

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