Karate Kid : Legends – l’art du recommencement

Sixième film d’une franchise initiée par Robert Mark Kamen, Karate Kid : Legends est aussi inoffensif qu’il est oubliable. Sans volonté de rompre la formule qui fait de chaque film une quête personnelle inspirante à travers les arts martiaux, le film ne prend pas de risque, si bien qu’il y perd son âme et la sympathie que l’on puisse avoir pour les personnages. Et ce n’est pas en réunissant Ralph Macchio et Jackie Chan dans la même œuvre qui empêchera son échec programmé.

La promesse de réunir les stars du Karaté Kid original et du remake porté par Jaden Smith est alléchante. Elle suit les règles bien connues des suites hollywoodiennes qui, pour entretenir leur flamme, misent sur des rencontres intergénérationnelles, souvent inattendues. Pourtant, Karate Kid : Legends peine à créer l’événement. Là où d’autres sagas telles que X-Men : Days of Future Past, Glass, Godzilla : Final Wars ou Alien vs. Predator ont tenté de fusionner les héritages de leurs franchises respectives avec plus ou moins d’audace, Jonathan Entwistle (The End Of The F***ing World, I Am Not Okay With This) s’évertue ici à ne pas trop bousculer l’ordre établi. Résultat : une œuvre sans élan, incapable de capitaliser sur l’un des éléments centraux de la franchise – la transmission – qui, cette fois, semble moins un moteur narratif qu’un souvenir encombrant.

Le choix de rester au tapis

Tout commence par une absence symbolique : celle de Dre (Jaden Smith), dont l’ombre plane sans jamais être incarnée, à peine évoquée dans une timide référence dans sa manière d’enlever sa veste, l’accrocher, puis la remettre. Le film cherche l’indépendance tout en revendiquant l’héritage, et ce tiraillement constant contamine l’ensemble. Le jeune Li Fong, parachuté à New York depuis la Chine, devrait être au cœur d’un récit d’apprentissage profond et nuancé. Mais l’exécution, précipitée, sabote tout développement. Le montage nerveux, les ellipses rapides et l’esthétique clipesque se mettent en travers d’un arc narratif qui aurait pu émouvoir. Et même si Ben Wang (Américain de Chine) s’investit avec sincérité, son personnage reste une esquisse : ni pleinement un outsider inspirant, ni tout à fait un héros crédible.

L’un des problèmes majeurs vient du traitement des antagonistes. Connor (Aramis Knight), sorte de pâle imitation des brutes de Cobra Kai, manque cruellement de profondeur. L’opposition est mécanique, les motivations sont stéréotypées, et jamais le film ne parvient à créer une tension authentique autour de l’affrontement final. On oscille sans cesse entre le teen movie générique et la chronique dramatique, sans jamais s’ancrer durablement dans l’un ou l’autre.

Visuellement, Entwistle semble vouloir moderniser l’univers sans en comprendre les codes fondamentaux. Loin de l’élégance maîtrisée d’un Rocky ou du sens du rythme d’un Kung Fu Panda, Karate Kid : Legends opte pour un patchwork maladroit de ralentis inutiles, de musiques pop forcées et de combats mal découpés. Exception faite d’une courte confrontation nocturne dans une ruelle. Le tournoi des Five Boroughs (référence aux cinq arrondissements de New York), pourtant prometteur, est expédié en quelques séquences sans impact. Le spectateur est tenu à distance, privé du plaisir de voir la progression du héros ou de s’attacher aux épreuves franchies.

On devine pourtant ici et là de bonnes intentions : une volonté de traiter le kung-fu non pas seulement comme un outil de défense, mais comme un art de vivre, un vecteur de résilience. Mais là encore, le discours est noyé dans un vacarme visuel sans maîtrise. Même les scènes plus intimistes, comme celles entre Li et le père de Mia (Joshua Jackson), manquent de développement et de sens dramatique.

Comme les deux branches d’un arbre fendu

Ce qui aurait pu être un hommage sincère vire au recyclage paresseux. Le retour de LaRusso (Ralph Macchio) et de Han (Jackie Chan) donne lieu à un duel d’égo improbable, où le comique forcé détruit tout enjeu émotionnel. Leurs interactions semblent sorties d’un sketch de fan service, et non d’une volonté de prolonger avec respect l’histoire de ces deux mentors iconiques. Ce décalage constant, entre ambition affichée et exécution bâclée, rend le film particulièrement frustrant.

Même le New York rétro, utilisé ici comme toile de fond principale, ne devient jamais un personnage à part entière. La ville est figée, réduite à des cartes postales cliniques, dénuées de la moindre authenticité, si ce n’est pour rappeler que les pizzas aux croutes farcies n’y sont pas démocratisées. Elle est là pour situer, non pour enrichir, alors que des combats, quasi clandestins, s’organisent tous les mois.

Par ailleurs, le film aurait pu être un pont entre générations, un récit initiatique vibrant, une exploration des conflits culturels et des traumatismes personnels. Il s’agit tout de même du premier Karate Kid asiatique. Mais tout reste en surface. Les thématiques sont effleurées puis abandonnées. La relation mère-fils, par exemple, incarnée avec pudeur par Ming-Na Wen, aurait pu offrir un contrepoids émotionnel fort. Au lieu de cela, elle est reléguée à l’arrière-plan, sacrifiée sur l’autel du rythme imposé.

Et en fin de compte, Karate Kid : Legends ne raconte pas une histoire inspirante, mais correspond plutôt à une recette mal appliquée, où les ingrédients ne prennent jamais. L’illusion du feel good movie vole en éclats face à l’évidente superficialité de l’ensemble. Le film est le produit d’une industrie qui capitalise sur la nostalgie sans en comprendre la valeur. C’est un film qui semble avoir été conçu par algorithme : il coche toutes les cases attendues, mais ne génère aucune émotion sincère. Là où l’original, comme Rocky (qui partage le même réalisateur), nous parlait d’effort, de dignité et de renaissance, cette nouvelle itération nous livre un gloubi-boulga adolescent dénué de souffle. En voulant plaire à tout le monde, elle finit par ne toucher personne.

Karate Kid : Legends – bande-annonce

Karate Kid : Legends – fiche technique

Réalisation : Jonathan Entwistle
Scénario : Rob Lieber, d’après les personnages créés par Robert Mark Kamen
Interprètes : Jackie Chan, Ralph Macchio, Ben Wang, Joshua Jackson, Sadie Stanley, Ming-Na Wen
Photographie : Justin Brown
Décors : Maya Sigel
Montage : Dana E. Glauberman
Musique : Dominic Lewis
Production : Karen Rosenfelt
Producteurs exécutifs : Jenny Hinkey, Ralph Macchio
Sociétés de production : Columbia Pictures, Sunswept Entertainment
Pays de production : États-Unis
Distribution France : Sony Pictures Releasing France
Durée : 1h34
Genre : Drame
Date de sortie : 13 août 2025

Karate Kid : Legends – l’art du recommencement
Note des lecteurs2 Notes
1.5

Festival

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Newsletter

À ne pas manquer

Rose de Markus Schleinzer : dans le pantalon, la liberté

Avec Rose, Markus Schleinzer plonge dans l’Allemagne rurale du XVIIe siècle, au lendemain de la guerre de Trente Ans. Dans un noir et blanc austère, presque minéral, Sandra Hüller incarne une femme qui a choisi de vivre sous l’identité d’un homme. Un film d’une grande modernité, dont le minimalisme apparent finit par tout envahir.

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

L’Âme des guerriers (1994), de Lee Tamahori : une tentative de réaffirmation identitaire

Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.

Utu Redux : quand la vengeance devient un incendie sans fin

Le western maori de Geoff Murphy plonge dans la guerre de Te Kooti, tourné à cru dans le bush néo-zélandais. Entre villages incendiés, humour noir et camps jamais figés, le film capture un engrenage de vengeance coloniale où personne ne reste épargné, jusqu'à une scène finale qui vide le mot "utu" de son sens.
Jérémy Chommanivong
Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

Rose de Markus Schleinzer : dans le pantalon, la liberté

Avec Rose, Markus Schleinzer plonge dans l’Allemagne rurale du XVIIe siècle, au lendemain de la guerre de Trente Ans. Dans un noir et blanc austère, presque minéral, Sandra Hüller incarne une femme qui a choisi de vivre sous l’identité d’un homme. Un film d’une grande modernité, dont le minimalisme apparent finit par tout envahir.

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.