Hurry Up Tomorrow : de l’esbroufe tape à l’œil au ridicule

Si on a envie d’y croire au début, le soufflé retombe vite et, plus il avance, plus ce film à la gloire (ou pas) du chanteur The Weeknd (Abel Tesfaye de son vrai nom) se révèle aussi creux que vain et prétentieux. Hurry Up Tomorrow fait certes un peu illusion grâce à la mise en scène magnétique de son réalisateur Trey Edward Shults (à qui l’on doit la perle méconnue Waves). Mais, très vite, les thèmes abordés et à la mode que sont la toxicité masculine et son miroir féminin s’avèrent survolés et prétexte à un long clip où l’artiste joue son propre rôle, et fait son auto-promotion sous couvert de confidence sincère. On survole tout autant les genres pour une œuvre superficielle et tape à l’œil dont le dernier acte est clairement ridicule. Bref, si ce n’est Shults à la place de Sam Levinson, on nous refait le coup de la série The Idol en inversé et au cinéma.

Synopsis: Abel, une star de la musique, est entraîné par une de ses fans dans une odyssée qui l’amènera à remettre en question les fondements mêmes de son existence.

Après avoir vu Hurry Up Tomorrow, on en vient à se demander si Abel Tesfaye, aka le chanteur The Weeknd n’a pas le melon. Il était déjà la star avec Lily-Rose Depp de la série The Idol, qui oscillait entre le pétard mouillé et projet érotique toc bardé de quelques fulgurances. Un projet mis en scène par Sam Levinson à qui l’on doit la série Euphoria. Rumeurs de tournage infernal et trouble, coulisses sulfureuses et sujet polémique qui a fait grincer des dents les féministes, elle n’était pas complètement ratée, mais pas non plus à la hauteur des attentes, en plus d’être parfois scabreuse. Rebelote avec Hurry Up Tomorrow. En pire.

Cette fois le chanteur a choisi un autre cinéaste visuel (il est peu probable que ce soit l’inverse tant on sent la mainmise de la star sur un projet très autocentré), Trey Edward Shults. Et on peut lui reconnaître un don pour s’accaparer des réalisateurs ayant un sens esthétique avéré et aiguisé. Découvert avec le film d’horreur prometteur It Comes at Night, il nous avait littéralement ébloui avec son second long-métrage, le méconnu Waves. Un chef-d’œuvre d’émotion, à la fois âpre, tragique et doux. Passé sous les radars et sacrifié en salles, il confirmait une patte visuelle forte.

Hurry Up Tomorrow montre une nouvelle fois ses talents d’artiste plastique qui sait donner une esthétique forte à ses œuvres. Malheureusement, ici, elle n’est pas au service de grand-chose si ce n’est la gloire de son instigateur. Forcément très musical puisque The Weeknd y joue son propre rôle, le film ressemble parfois dangereusement à un long clip. Et ce n’est pas un compliment. Au début, on est aspiré par les images au sein desquelles le générique s’étend de manière étrangement allongée, et elles parviennent à nous flatter l’œil, à donner le change. C’est magnétique, presque envoûtant comme le prouvent cette scène de boîte de nuit ou celles des concerts.

Entre le Gaspard Noé d’un Climax et les néons du danois Nicolas Winding RefnHurry Up Tomorrow a de la gueule. Le récit semble suivre à la fois la star en coulisses qui se remet d’une relation visiblement toxique, mal dessinée, et une jeune femme dont on peine tout autant à comprendre les actions. On sent que le film va parler de rapports hommes-femmes malsains et on attend leur rencontre qui arrive très tard dans le film. En attendant, sans intrigue digne de ce nom, on survole les genres : du film musical au suspense, en passant par la romance et même le film d’horreur dans une scène onirique assez réussie. On serait presque dans l’exercice de style ostentatoire… Pas déplaisant mais totalement vain.

Puis le dernier acte surgit où on en vient à la fois à parler de rédemption, d’enfance malheureuse, de folie amoureuse et de rapports troubles. Mais de manière tellement superficielle qu’on se croirait dans un mauvais soap qui se veut underground. Cette dernière partie confine au ridicule entre compilation des tubes du chanteur, ses confessions et l’intrigue médiocre. Si le but de l’artiste était de se livrer à travers ce long-métrage, la démarche prête plus à rire qu’à nous toucher. Si Jenna Ortega et Barry Keoghan tentent de donner le change, il est difficile d’apprécier ce film malhonnête, en forme de célébration douteuse et égocentrique, malgré sa forme appliquée confirmant le talent visuel d’un cinéaste.

Bande-annonce – Hurry up tomorrow:

Fiche technique – Hurry up tomorrow:

Réalisateur : Trey Edward Shults.
Scénaristes : Abel Tesfaye, Reza Fahim & Trey Edward Shutls.
Production: Lions Gate.
Distribution: Metropolitan Filmexport.
Interprétation : Abel Tesfaye, Jenna Ortega, Barry Keoghan, …
Genres : Drame – Musical.
Date de sortie : Vendredi 16 mai.
Durée : 1h45.
Pays : USA.

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2.5

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