Abigail : La ballerine aux dents (un peu) trop longues

Le duo de réalisateurs à l’origine du retour de la mythique saga Scream, avec les épisodes cinq et six, a passé la main sur le prochain pour nous livrer cette petite série B à la proposition plutôt originale dans le domaine rebattu du film de vampires. Ludiques et mystérieuses, les prémisses de Abigail nous amusent et nous intriguent. En mixant plusieurs influences du fantastique ainsi que différents genres, leur film parvient à nous captiver la plupart du temps. Mais plus il avance et plus la menace est claire, plus le long-métrage rentre dans le rang du banal et de l’attendu quitte à même traîner en longueur dans un final à rallonge inutile et fatiguant. On passe tout de même un moment sympathique si on aime les effusions gores à la fois excessives et grand-guignolesques mais rigolotes et qu’on n’attend pas forcément le grand frisson, tout cela restant parfaitement distrayant dans le genre.

Synopsis: À la suite du kidnapping de la fille d’un puissant magnat de la pègre, un groupe de criminels amateurs pensaient simplement devoir enfermer et surveiller cette jeune ballerine afin de pouvoir réclamer une rançon de 50 millions de dollars. Retirés dans un manoir isolé, les ravisseurs commencent mystérieusement à disparaître, les uns après les autres, au fil de la nuit. C’est alors qu’ils découvrent avec horreur que la fillette avec lesquels ils sont enfermés n’a rien d’ordinaire.

On les a découverts avec le sympathique et marrant Wedding Nightmare il y a dix ans. Cependant, un peu avant ils avaient lâché en tant que premier film l’inepte The Baby. Néanmoins, on leur doit surtout d’avoir exhumé la saga Scream après la trilogie initiale et un quatrième épisode un peu perdu sur la ligne du temps, mais très sous-estimé car excellent. On a donc eu droit au très moyen Scream, en guise d’apéro puis au bien plus réussi Scream 6. En gros avec Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett on peut aussi bien être déçu que surpris. Ils ont d’ailleurs choisi de passer la main pour diverses raisons sur le prochain Scream et ont préféré se charger de cette série B fantastico-horrifique pour un résultat qui se regarde bien, mais qui ne marquera pas pour autant les mémoires ni même le cinéma de genre.

On avait pourtant envie d’y croire. En tout cas à quelque chose de plus marquant et plus fou. Quand une équipe de cambrioleurs kidnappent une jeune danseuse de ballet et doit la garder durant 24 heures dans un manoir, on sent que quelque chose ne tourne pas rond. Et quand la troupe, dissociable au possible, se rend compte que l’otage est en réalité un vampire qui s’amuse avec son futur repas, c’est en mode chasse en huis clos que Abigail se transforme. Les débuts, les scènes d’exposition, qui présentent l’équipe ainsi que l’arrivée au manoir jusqu’à la première scène gore sont admirables. Concises, claires et mettant l’eau à la bouche pour la suite. Et il faut le souligner, car dans ce type de productions on a souvent que faire des scènes introductives. Au mieux on se retrouve face à des passages obligés assez vite expédiés et au pire avec des séquences inintéressantes et ennuyantes au possible. Car, au final, on a juste envie de vite passer aux choses sérieuses. En outre ici, les acteurs sont relativement bons et forment un ensemble hétéroclite assez satisfaisant.

Les prémisses et le contexte sont donc plutôt étonnants et ils mettent bien en exergue la dynamique de groupe et les traits de caractère de chacun avant d’exposer nos kidnappeurs à la menace. Un premier tiers étonnamment bien troussé donc. Quand notre vampire cesse de jouer les petites victimes, le carnage commence et tout cela redevient plus classique et sans surprises. Et ce n’est pas deux ou trois petits retournements de situation, tous plutôt prévisibles ou sans véritable valeur ajoutée, qui vont venir perturber le cahier des charges de cet Abigail qui ne nous surprendra plus jamais vraiment. Et c’est pour cela que notre enthousiasme initial va vite se retrouver diminué et que le film ne va pas au bout de multiples possibilités. Ou, en tout cas, pas vers les meilleures.

Déjà, contrairement à certaines séries B où on tente de nous surprendre sur l’ordre des morts, ici c’est assez facile à deviner malheureusement. Comme « Abigail » tire un peu via son postulat vers le slasher, on aurait aimé ne pas connaître d’avance l’ordre de morts des victimes. Sur le pan du huis clos dans un manoir gothique, les décors manquant un peu de diversité et on tourne vite en rond. Concernant le film de braquage, il est vite expédié et on se rend compte que ce n’est que pour poser les bases. Enfin, sur le versant le plus important du film de vampires, rien de bien nouveau : on a l’attirail habituel et les codes du genre respectés, mais jamais transcendés. Et ce qui est peut-être dommage, c’est que cette petite série B choisisse plus le rire et le second degré dans le gore et le fantastique, que de véritables frissons ou de doses d’épouvante. Mais au vu du pedigree de ses auteurs, ce n’est pas étonnant, ils demeurent fidèles à leur filmographie.

Quand on prend le dernier acte par exemple, on commence déjà à se lasser. Le film est tout de même long (une heure et cinquante minutes) pour une production du genre et les cinéastes se montrent peut-être trop généreux dans les affrontements qui deviennent vite redondants et sans grande imagination. À quelques détails près, Abigail ne nous surprendra jamais dans ces séquences dites spectaculaires ou dans ses effets horrifiques. Il n’y a qu’à voir le combat final à rallonge proprement fatigant pour s’en convaincre. La petite qui joue le vampire est plutôt bonne dans son rôle face à une Melissa Barrera qui refait équipe avec ses réalisateurs de Scream et nous offre une partition correcte avec le peu qu’elle a à jouer. En somme, une petite série B fantastique entre humour et gore qui s’avère tout à fait regardable, mais dont l’intérêt se délite plus les minutes passent.

Bande-annonce – Abigail 

Fiche technique – Abigail 

Réalisateurs : Matt Bettinelli-Olpin & Tyler Gillett
Scénaristes : Stephen Sheilds & Guy Busick
Production : Universal Pictures
Distribution France : Universal France
Interprétation : Melissa Barrera, Dan Stevens, Kathryn Newton, Alisha Weir, Kevin Durand…
Durée : 1h49
Genres : Thriller – Fantastique – Horreur
Date de sortie : 29 mai 2024
Pays : États-Unis

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3

Festival

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