Tunnel to summer : l’amour au bout du chemin

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2.5

Avec Tunnel to Summer, Tomohisa Taguchi offre une romance douce-amère entre deux lycéens égarés et endeuillés. Une oeuvre composée de scènes du quotidien, rythmées par des rencontres hasardeuses et des découvertes prédestinées. Malheureusement, son récit convenu, souffrant d’un manque d’ampleur, et son esthétique classique peinent à émouvoir. Aussi, ce film d’animation en mal de maturité s’adresse plutôt à un public adolescent. 

Adapté du light novel Natsu e no Tunnel, Sayonara no Deguchi écrit par Mei Hachimoku puis d’un manga, Tunnel to Summer a reçu le Prix Paul Grimault au Festival d’Annecy 2023. Après le Garçon et le Héron, il marque le retour en salles de l’animation japonaise. En abordant les thèmes de la prise de confiance en soi, de la temporalité, de l’accomplissement et de l’amour, Tunnel to Summer se place maladroitement dans la ligne de Makoto Shinkai (Your Name, Les enfants du temps, Suzume) qu’il n’égale ni par l’émotion ni par la poésie.

Le film relate la fameuse légende du tunnel d’Urashima, capable d’exaucer le voeu le plus cher de tous ceux qui y pénètrent. Un doux rêve assorti d’une dangereuse contrepartie, puisque quelques instants passés à l’intérieur correspondent à plusieurs heures d’existence à l’extérieur. Kaoru, un jeune lycéen frappé par la mort de sa petite soeur, Karen, s’associe alors à Anzu, une jeune fille mystérieuse prête à tout pour tenter l’aventure.  

Vertige d’une adolescence délaissée

Tunnel to Summer met en scène, comme une tranche de vie, l’existence de deux adolescents isolés par leurs souffrances au sein même de leurs familles. Depuis le décès de sa soeur, Kaoru vit seul avec son père qui, prêt à se remarier, ne lui accorde que peu d’attention. Incapable d’aller de l’avant, le jeune homme se mure alors dans son passé, riche de souvenirs heureux vécus avec sa mère et sa soeur. Anzu, également abandonnée par ses parents, qui l’ont laissée seule dans un appartement, cherche à suivre la voie de son grand-père artiste, récemment décédé. Elle n’aspire qu’à devenir une célèbre magaka afin de lui rendre hommage et de marquer par son nom l’univers du manga. Cependant, elle manque de détermination, de soutien et de confiance en elle.

Le film brosse ainsi le portrait d’une adolescence perdue et désenchantée, livrée à elle-même face à des parents absents et incompréhensifs. Un tableau plutôt sombre en somme, auquel pourront certainement s’identifier des collégiens et des lycéens solitaires ou traversant des difficultés familiales. Pourtant, en choisissant de se focaliser exclusivement sur Kaoru et Anzu, le film survole ce sujet grave pour nous plonger dans la bulle d’une romance un peu factice, dont le caractère fantastique, très peu développé, reste un prétexte bien plus qu’un contexte construit et imaginé.

S’aimer à travers le temps pour affronter le présent

C’est en explorant ensemble le tunnel légendaire que Kaoru et Anzu tissent une relation étroite, avant tout basée sur des intérêts communs. En effet, loin d’être véritablement romantiques, leurs rendez-vous successifs consistent essentiellement à étudier le fonctionnement et la temporalité de ce lieu étrange aux pouvoirs aussi attirants qu’inquiétants. Cette découverte progressive, qui occupe trop longuement et artificiellement le récit, ne permet pas d’approfondir les liens entre les deux adolescents, qui restent malheureusement très superficiels. Ce défaut, combiné à l’absence d’inventivité et de la poésie qui transpire dans les oeuvres de Hayao Miyazaki et de Makoto Shinkai, nous empêche fatalement de sortir émus de cette histoire d’amour un peu simpliste, nous laissant comme un arrière-goût d’inachevé.

Pour autant, Tunnel to Summer questionne de façon plutôt intelligente notre rapport au temps. Avant de se rencontrer, Kaoru comme Anzu se montrent peu attachés au présent. Kaoru s’enferme dans le passé, et souhaite faire revivre sa soeur, alors qu’Anzu se rêve un futur idyllique pour lequel elle n’arrive pas à agir. En se fréquentant, et au contact d’un tunnel qui n’offre pas nécessairement ce que l’on pense véritablement avoir perdu, les deux protagonistes révisent leurs positions sur ce qui compte réellement. La réalisation d’un désir dans l’avenir vaut-elle donc le sacrifice du présent ? Ce que l’on pourra retrouver dans des années, celles que l’on va perdre ? En utilisant un ressort dramatique similaire à Interstellar, Tomohisa Taguchi incite son spectateur à ne pas courir après un passé perdu ou un avenir incertain mais à oeuvrer et aimer dans le présent. 

Malgré sa romance imparfaite et son traitement conventionnel, Tunnel to Summer compose un divertissement agréable, qui ne touchera pas forcément les adultes mais pourra combler un public plus jeune féru d’animation ou de manga.

Tunnel to Summer – Bande-annonce

Tunnel to Summer – Fiche technique

Réalisation : Tomohisa Taguchi
Scénario : Tomohisa Taguchi, d’après l’oeuvre de Mai Hachimoku
Acteurs de doublage (voix originales) : Oji Suzuka (Kaoru), Marie Iitoyo (Anzu), Seiran Kobayashi (Karen), Arisa Komiya (Koharu)…
Musique : Harumi Fuki
Photographie : Takumi Hoshina
Direction artistique : Yuki Hatakeyama, Daiki Kuribayashi
Directeur de production : 
Société de production : Ryoichiro Matsuo
Société de distribution : Star Invest Films France
Genre : animation, drame, romance
Durée : 1h24
Japon – Sortie France le 5 juin 2024

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Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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