Second tour d’Albert Dupontel : la révolte en campagne

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3.5

Après Neuf mois ferme et Adieu les cons, Albert Dupontel nous offre avec Second Tour une nouvelle comédie décalée à l’humour grinçant. Sur fond d’une campagne électorale particulièrement mouvementée, le film mène une réflexion pertinente sur le monde du pouvoir et des médias. Grâce à son coutumier brin de folie, le réalisateur nous livre un regard tantôt enfantin, utopiste, tantôt désenchanté sur l’engagement politique, ses affres et ses promesses. Vive la République !

Le cinéma d’Albert Dupontel sème depuis plusieurs années les graines de la rébellion. Ses films distillent la rancœur, la colère, l’indignation contre une machine sociale qui écrase sans pitié les faibles et les rêveurs. À ce titre, Adieu les cons marquait la victoire d’un système bureaucratique absurde, protégé par des policiers sans foi ni loi, sur des employés malades et fragiles. Non, la France n’est pas un pays pour les romantiques, encore moins pour les idéalistes.

Dans Second Tour, la révolte d’Albert Dupontel gagne le champ miné de la politique. Pierre-Henri Mercier, riche héritier d’une grande famille française mais inconnu des électeurs, part favori dans la course à la présidentielle. Mademoiselle Pove, une journaliste placardisée à la rubrique football, se voit confier la couverture de la campagne de l’entre-deux tours. Persuadée que Mercier n’est pas ce qu’il prétend dans les médias, mademoiselle Pove, secondée par l’étonnant Gus, se lance dans une enquête qui la mène sur des chemins inattendus… 

PHM : le candidat mystère

Mais qui est donc Paul-Henri Mercier, cet homme fortuné et surdiplômé qui décide subitement de se frotter au suffrage des Français ? Mademoiselle Pove, qui l’a déjà rencontré dans sa jeunesse, ne croit pas à la sincérité de ce personnage aux manières parfaitement étudiées. Sa présentation, son attitude, ses déclarations prévisibles… quelque chose ne sonne décidément pas juste. Balayant d’un revers de main les questions convenues imposées par ses supérieurs, Mademoiselle Pove n’en fait qu’à sa tête pour faire tomber le masque de ce candidat arriviste.  Aussi hermétique qu’énigmatique, Paul-Henri Mercier, incarné par un époustouflant Albert Dupontel, semble cacher un secret bien gardé. Mais lequel ? 

À travers cette recherche de vérité, Second Tour nous emporte dans une enquête rocambolesque pleine de surprises et de rebondissements. Poursuite, agressions, tentatives d’assassinat, la campagne présidentielle n’aura jamais été aussi palpitante. Qu’il s’agisse de l’éthique journalistique ou de programme politique, chacun se bat corps et âme pour défendre ses idées. Dans ce tourbillon périlleux d’aventures, Gus, un fanatique de foot campé par un exceptionnel Nicolas Marié, apporte un humour bien dosé qui contraste avec la gravité du propos. Car en déterrant le passé et l’entourage de ce candidat mystère, les journalistes déchirent progressivement le voile sur un système de pouvoir cyclique et corrompu, une machine infernale soumise à la seule volonté de ses financiers. 

La politique : une cause perdue ?

Depuis une dizaine d’années, le cinéma français s’est beaucoup intéressé à la politique. L’exercice de l’État, Quai d’Orsay, La Conquête ou encore Alice et le Maire dissèquent avec un certain réalisme les mécanismes du pouvoir. Mais l’approche choisie par Second Tour demeure singulière. Le regard acerbe d’Albert Dupontel oppose ce que la politique devrait être avec ce qu’elle est, l’idéalisme rempli d’illusions et la pratique dictée par des financiers, le programme nécessaire et celui « qui va tout casser encore plus ». Pour changer la donne, une seule solution possible : le mensonge. Dans cette vision pessimiste, la politique, impuissante, dépend du courage et du sacrifice d’un homme pour renaître de ses cendres.

Si Second Tour propose une réflexion indispensable sur notre monde politique, il manque parfois un peu de nuances et de subtilité. En poussant le trait à l’extrême, le film d’Albert Dupontel prend les allures d’une fable politico-écologique que n’aurait pas boudé George Orwell. Une critique d’un système enrayé et perverti, bien sûr, mais aussi d’une certaine passivité des citoyens qui le tolèrent sans broncher. Un appel à l’action, et à la réaction donc ! Que l’on adhère ou non à son message, l’incisif manifeste d’Albert Dupontel écrit une belle page de cinéma. 

Second tour – Bande-annonce

Second tour – Fiche technique

Réalisation : Albert Dupontel
Scénario : Albert Dupontel
Interprétation : Cécile de France (Mademoiselle Pove), Albert Dupontel (Pierre-Henry Mercier), Nicolas Marié (Gus), Uri Gavriel (Lior), Philippe Uchan (M. Robard)…
Montage : Christophe Pinel
Photographie : Julien Poupard
Producteur : Catherine Bozorgan
Sociétés de production : Pathé, ADCB Films, Manchester Films
Durée : 1h35
Genre : comédie, drame
Date de sortie : 25 octobre 2023

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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