L’Origine du monde de Laurent Lafitte : le grand malaise

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On pourrait croire à son générique un poil décalé que L’Origine du monde (première réalisation du souvent drôle Laurent Lafitte) va être une comédie au-dessus du lot. Mais, très vite, dès la scène d’ouverture en vérité, on tombe dans les habitudes et les aléas de l’humour potache. Si bien que l’irrévérence laisse place au déjà-vu. On l’avait diagnostiqué il y a quelques mois, la comédie française n’a pas terminé de s’embourgeoiser…

Tuer la mère

L’Origine du monde est parfois drôle, mais plus souvent une comédie navrante. L’idée d’origine, tirée de la pièce de Sébastien Thiéry, est pourtant assez cocasse : un homme continue à vivre alors que son cœur ne bat plus. Pour s’en sortir, la médecine n’est pas compétente, il se tourne donc vers un gourou aux méthodes freudiennes, qui veut revenir à la « source de [sa] mère » (d’où le titre !). Une fois ce constat établi, l’enjeu est de récupérer une photo de la dite source. S’en suit un imbroglio de situations téléphonées. Karin Viard s’embourbe un peu plus dans son rôle de bourgeoise frustrée quand Vincent Macaigne (que l’on avait adoré dans Médecin de nuit) s’enlise dans le rôle du raté sympa. Tout est alors gênant et Hélène Vincent, qui joue excellemment bien la victime, se fait maltraiter sans aucune nuance et aucun respect !

Lourdeur

Certes, on a rarement « tué la mère » ainsi au cinéma, mais de cinéma il est finalement assez peu question dans L’Origine du monde. En effet, pour sa première réalisation Laurent Lafitte, homme de théâtre et de cinéma, adapte une pièce. Et tout sent justement le montage « pièce de théâtre » avec les entrées et sorties des personnages, les décors simplistes et les dialogues souvent excessifs. A part quelques bonnes idées que sont les cauchemars de Jean-Louis, la mise en scène est d’une pauvreté accablante. Aucune idée nouvelle à l’horizon et un grand vide finissent d’achever le film. Certes, les acteurs font le job, c’est assez rythmé mais Laurent Lafitte confond irrévérence et vulgarité. On est quand même face à des blagues dignes d’une cour de récré (avec la mère faisant ses besoins dans le lit, des scènes d’agression et des répliques assez limites). Le problème est que ce film fait un constat vu et revu :  un homme à la vie en apparence parfaite s’ennuie au quotidien. Résultat, ça part en cacahuètes, forcément.

Pourquoi battait mon cœur ?

Pour autant, Laurent Lafitte ne tire pas grand chose de cette leçon si ce n’est, et encore on a été la chercher, qu’une mère donne beaucoup pour ne pas recevoir grand chose en retour (mais comme c’est dit dès le générique de début…). On préfèrera pour ce constat la scène du chocolat chaud offert à sa mère par Camille dans En thérapie. Oui, on pourrait dire que le réalisateur aborde un sujet tabou, le corps de sa mère pour un homme de 42 ans, mais ça n’est prétexte qu’à des blagues peu reluisantes. Quelques scènes sont réussies et on pense notamment à celle où tous les protagonistes se déshabillent tout en discutant devant une Hélène Vincent déconfite. Le réalisateur y étudie les petits détails qui font qu’une scène en apparence normale bascule dans l’absurde. Un peu comme ce corps en vie quand le cœur ne bat plus, sauf que c’est celui du spectateur qui ne bat plus pour ce style de cinéma éprouvé et daté. Daté car l’enjeu c’est de voir le sexe d’une femme, de la forcer à se déshabiller… A l’heure où le cinéma est censé se réinventer dans des rapports plus égaux, on a vu mieux. On repense alors à une scène du début du film où une jeune fille raconte à Jean-Louis, l’avocat, une scène de sexe à plusieurs (l’idée étant que la vidéo de ce moment soit retirée de la toile), le comique étant censé naître de l’évocation d’une multitude de partenaires par l’adolescente. Tout est dit, Jean-Louis évoque alors le droit à l’oubli. Le spectateur n’oubliera pas ce désastre mais espère qu’il ne se reproduira pas.

L’Origine du monde : Bande annonce

L’Origine du monde : Fiche technique

Synopsis : Jean-Louis a tout pour être heureux, mais en fait non, il n’est plus en phase avec sa femme et son boulot l’emmerde… Alors son cœur cesse de battre. Pour être sauvé, il doit prendre une photo du vagin de sa mère et n’a que trois jours pour cela. Dans trois jours, il sera mort.

Réalisation : Laurent Lafitte
Scénario : Laurent Lafitte d’après l’œuvre de Sébastien Thiery
Interprètes : Laurent Lafitte, Karin Viard, Vincent Macaigne, Hélène Vincent
Photographie : Alex Cosnefroy
Montage : Stephan Couturier
Producteurs : Alain Attal, Laurent Lafitte, Patrick Quinet
Sociétés de production : Trésor Films, 2L Productions
Distributeur : StudioCanal
Genre : Comédie
Durée : 98 minutes
Date de sortie : 15 septembre 2021

France – 2020

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Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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