« Phobos : L’Envol des éphémères » : une adaptation en demi-teinte

La saga PHOBOS a été un grand succès de librairie. Son auteur, Victor Dixen, s’associe aujourd’hui au dessinateur brésilien Eduardo Francisco pour l’adapter en bande dessinée. Le premier tome issu de cette collaboration, intitulé « L’Envol des éphémères », exploite de nombreux thèmes, mais sans jamais y apporter l’ampleur ou l’originalité escomptées.

« Sans famille et sans attache, c’est parce que vous n’avez rien à regretter sur Terre que vous avez tout à espérer sur Mars. » Présenté ainsi, on comprend d’autant mieux pourquoi douze jeunes adultes, six femmes et six hommes, ont accepté de rejoindre la base spatiale New Eden, établie sur Mars, tout en étant les participants d’un show de télé-réalité diffusé aux quatre coins du monde. Dans un monde futuriste où l’espoir semble avoir disparu – comme l’indique très clairement le « No Future » tagué sur les rames du métro parisien –, le fonds Atlas Capital a racheté la NASA au gouvernement surendetté des États-Unis. Un investissement censé assurer le succès de son programme Genesis, qui vise à coloniser Mars. Après une année de formation intensive, les douze élus sélectionnés parmi des millions de candidats ont pu embarquer dans la navette qui va les emmener sur Mars, le tout sous une cohue médiatique à faire pâlir d’envie le Festival de Cannes. Léonor, orpheline de 17 ans et narratrice de la bande dessinée, figure parmi les apprentis astronautes. Tous sont sponsorisés, scrutés par les téléspectateurs du monde entier et appelés à trouver le parfait amour au cours du jeu télévisé imaginé par Atlas Capital.

Sans même se référer aux interviews glissées en fin d’album, « L’Envol des éphémères » est très explicite quant aux thèmes qui y sont mis en exergue : l’exploration spatiale, les écrans et les médias, mais aussi l’opportunisme et le cynisme des hommes. Léonor est désormais entourée de femmes qui constituent à la fois « des coéquipières indispensables et des adversaires redoutables ». Sans le savoir, elle fait également partie intégrante d’un plan machiavélique, issu d’un mystérieux rapport Noé, visant à rentabiliser les investissements d’Atlas Capital en envoyant les douze candidats du show télévisé périr sur une base défaillante. La manière dont ces éléments factuels sont portés à la connaissance du lecteur pose cependant problème : Victor Dixen ne prend pas le temps d’insinuer le doute, il ne suggère rien, il expose les agissements sournois de la productrice exécutive Serena McBee, du directeur technique Gordon Lock et de leurs collaborateurs proches en produisant des dialogues artificiels, qui n’ont d’autre objectif que celui de jeter les jalons de l’intrigue. À cela, il faut ajouter une surenchère assez maladroite. Était-il, par exemple, vraiment nécessaire de voir les « méchants » contrefaire des bouteilles millésimées pour démontrer à quel point ils sont égoïstes, cyniques et matérialistes ? De les faire assassiner froidement et sans autre forme de procès l’un des leurs ? Cela contribue à déshumaniser ces personnages et à enfermer le récit dans un manichéisme inexpiable.

« L’Envol des éphémères » est généreux. Il s’appuie sur une galerie de personnages aux fêlures multiples, ayant tous quelque chose à prouver. Il entend radiographier les médias, la conquête spatiale, l’addiction aux écrans, la société du spectacle, le cynisme des multinationales, leurs complots ou encore la manière dont l’argent dévoie les hommes. Il s’attarde aussi sur les relations amoureuses naissantes. Mais tout cela forme un melting-pot peu affriolant, trop démonstratif, se perdant tantôt dans des longueurs inutiles (lors des séances de speed dating, par exemple) tantôt dans des incohérences fâcheuses (un refus étrangement passé sous silence, un téléphone clandestin dans un endroit truffé de caméras…). Ces faiblesses conceptuelles sont d’autant plus regrettables que les dessins et la colorisation ont certains atouts à faire valoir. Eduardo Francisco accorde un grand soin aux représentations figuratives, à la juxtaposition des points de vue et aux décors, tant extérieurs qu’intérieurs. Mais l’un dans l’autre, ce premier tome de Phobos demeure largement en deçà des attentes.

Aperçu : Phobos : L’Envol des éphémères (Glénat)

Phobos : L’Envol des éphémères, Victor Dixen et Eduardo Francisco
Glénat, juin 2021, 80 pages

Note des lecteurs1 Note
2

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

RRR : le blockbuster tollywoodien qui a conquis le monde

« RRR », blockbuster oscarisé de S.S. Rajamouli, débarque enfin sur les écrans français. Cette fresque indienne raconte l'amitié explosive entre deux résistants à la colonisation britannique, entre danses endiablées, action spectaculaire et démesure mythologique assumée, portée par deux acteurs habités. Une œuvre à chérir avec passion et amusement !

Le Rouge et le Noir (1954) : exploration d’une quête romantique, politique et spirituelle

Entre romance et lutte des classes, Claude Autant-Lara réalise une adaptation minutieuse du roman grandiose de Stendhal, axée sur les passions consumées et le repentir.

Sur la route d’Omaha : le pari de la retenue

Présenté au Festival de Sundance et à Deauville en 2025, "Sur la route d'Omaha" suit un père et ses deux enfants contraints de quitter leur maison du jour au lendemain. Sans jamais céder au misérabilisme, Cole Webley signe un road movie d'une grande délicatesse, où chaque étape révèle ce qu'une famille tente encore de préserver lorsque tout semble lui échapper.

Les Maîtres de l’univers (2026) : les muscles froissés

Adoré en mème depuis quarante ans, boudé en salle cet été, le nouveau "Les Maîtres de l'Univers" prouve qu'aimer un souvenir ne suffit pas à remplir un cinéma. Sorti en catimini en streaming sur Prime Video, le reboot de Travis Knight révèle la fracture entre ferveur nostalgique en ligne et indifférence bien réelle du public devant l'écran. Un nouvel échec pour Musclor et son épée magique.

« L’Odyssée » de Christopher Nolan, un spectaculaire voyage intérieur

On l'attendait depuis trois ans ! "L'Odyssée" débarque cette semaine sur nos écrans. Une épopée mythologique sensationnelle qui redore enfin le blason du péplum. Délaissant le pouvoir des dieux au profit des tourments d'un homme, Ulysse, incarné par Matt Damon, Christopher Nolan représente le retour à Ithaque comme un labyrinthe mental inextricable.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Les Gendarmes : L’album du film » : en coulisses

À mi-chemin entre le making-of et l'album hommage, "Les Gendarmes : L'album du film" vient accompagner l'adaptation cinématographique de la célèbre série publiée aux éditions Bamboo. Au fil des pages, il raconte la production d'un long métrage, les dilemmes d'une adaptation, tout en revenant sur les nombreux métiers du cinéma. 

« L’Odyssée » : un monument de la littérature adapté en BD

Avec Nootilus, son nouveau label consacré aux classiques revisités, les éditions Bamboo ouvre le bal en s'attaquant à l'un des récits les plus fondateurs de la culture occidentale. Un pari ambitieux, tant L'Odyssée d'Homère irrigue encore aujourd'hui notre imaginaire collectif. 

L’homme gribouillé, à l’aspect monstrueux

« - Dis-donc, tu vois qui c’est, Pierre Inféri ? - Ben oui, vous m’en avez parlé hier. Juste avant de… - Exactement, j’ai rendez-vous demain chez lui, à Enghien, pour déjeuner et faire la maquette de son prochain livre. Il est maniaque, il refuse d’envoyer quoi que ce soit par la poste. Si tu y allais à ma place ? Ça ferait bien dans ton rapport de stage, non ? - Mais, euh… Vous disiez qu’il était… Euh… - Répugnant. Oui - … Qu’il passe son temps à essayer de vous tripoter… Et qu’il a… - … six doigts à chaque main, oui. On a l’impression de se faire peloter par une mygale, c’est ignoble ! - Franchement, je préférerais pas… - Je ne te laisse pas le choix, tu y vas, et, en échange, j’oublie que tu es tout le temps en retard. - Hein, mais tout à l’heure, vous disiez… »