Les couples mixtes : l’amour au-delà des barrières ethniques

Suite à la récente Saint-Valentin, où l’amour se déclare, se décline et se célèbre, LeMagduCine revient sur les couples marginaux du septième art. Depuis toujours, l’amour combat les frontières, qu’elles soient géographiques, morales, politiques, raciales ou sociétales. Le cinéma témoigne largement de ces histoires de coeur contrariées, critiquées, jugées répréhensibles ou interdites, et ce en particulier pour les couples mixtes, où les deux partenaires appartiennent à différentes ethnies. De La flèche brisée à Pocahontas, Devine qui vient dîner… à Loving, les films sont devenus un vecteur essentiel d’évolution des mœurs, d’acceptabilité sociale et de lutte contre le racisme.

Analyse.

Le couple blanc(he) – noir(e) : une union réprouvée encore abordée

Le cinéma américain traite régulièrement du racisme, sujet qui a marqué l’histoire des États-Unis et reste encore d’actualité. En mettant en scène des couples mixtes, il a contribué à lever les tabous en prônant la tolérance et l’amour dans les relations noirs/blancs.

Dans les années 1960, seize États du Sud interdisaient toujours les mariages mixtes. Ce n’est que le 12 juin 1967 que la Cour Suprême des États-Unis, dans l’affaire « Loving contre l’État de Virginie», a déclaré inconstitutionnelle toute loi restreignant le droit au mariage sur le fondement de l’origine ethnique des époux.

Quelques mois après cette décision, le film Devine qui vient diner (1967), réalisé par Stanley Kramer, sort dans les salles américaines. Il cherche à combattre les préjugés en racontant une histoire d’amour entre Joey Drayton, une jeune fille bien élevée, et le médecin John Prentice. Ce dernier possède toutes les caractéristiques du parfait gentleman : une bonne éducation, de nombreux diplômes, un travail valorisant au service des autres. Seule sa couleur de peau, noire, devient ainsi un obstacle lorsque Joey le présente à ses parents lors d’un dîner. Le mariage de leur fille avec un homme noir, aussi honnête et intelligent soit-il, répugne les deux parents en dépit de leur refus du racisme.

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Le cinéma prend alors le relais du judiciaire pour dénoncer le racisme et encourager les couples mixtes. Malgré son amour, John refuse d’épouser Joey sans le consentement de ses parents, tandis que Joey souhaite avancer la date de leur mariage en Suisse. Les parents de John sont également réticents. Le père lance même à John : « Dans seize ou dix-sept Etats, vous serez hors-la-loi. Vous serez les criminels. » Les parents blancs comme noirs, qui refusent d’un commun accord de se mélanger, vont commencer à réviser leurs positions pour l’amour de leurs enfants.

En 1991, Spike Lee reprend le flambeau avec Jungle Fever. Il y aborde la relation amoureuse entre Angie, une secrétaire intérimaire, et Flipper, un architecte noir marié joué par Wesley Snipes. Lorsque cette relation est révélée, ils se retrouvent tous deux exclus par leurs familles. Grâce à ce récit, Spike Lee expose les difficultés d’acceptation auxquelles font face les couples mixtes. Ce film démontre qu’en dépit de l’arrêt de la Cour Suprême et des évolutions législatives, le mariage mixte reste une question sensible dans la société américaine. Jungle Fever tente de marquer les esprits en effectuant une piqûre de rappel.

Jeff Nichols relance le sujet en 2016 avec son film Loving. Il retourne aux fondamentaux en mettant en scène la lutte des époux Loving et leur procès contre l’État de Virginie. En 1958, pleine période ségrégationniste américaine, Mildred et Richard Loving affrontent les stéréotypes et les lois pour obtenir le droit de se marier. Condamnés à une peine de prison, avec suspension de la peine s’ils quittent la Virginie, les Loving s’installent à Washington et déclenchent une suite de procès qui mènera à la décision historique de la Cour suprême fédérale. L’approche de Jeff Nichols, pudique et sensible, rend le film particulièrement touchant.

Par son traitement récurrent des couples mixtes, le cinéma américain appelle encore et toujours à la non-discrimination. L’amour de ces couples, qui restent marginaux même aujourd’hui aux États-Unis, donne lieu à de très beaux moments de cinéma.

Le couple blanc – indienne : l’ouverture à une culture étrangère

Lorsqu’un Occidental croise la route d’une Indienne, il découvre un autre mode de vie. En se rapprochant d’elle, il s’ouvre à une nouvelle culture jusqu’à parfois revoir ses propres convictions. Dans le cinéma américain, les couples mixtes blanc-indienne, tout comme les couples blanc(he)-noir(e), plaident pour la tolérance. Mais plus encore, ils représentent l’union de deux mondes, l’un civilisé, l’autre sauvage, qui s’opposent et s’affrontent.

La Flèche brisée (1950), western réalisé par Delmer Daves, est le premier classique mettant en avant un couple mixte blanc-indienne. Il se déroule en 1870, dans une Arizona marquée par la guerre entre les Blancs et les Apaches. Ex-éclaireur pour l’armée de l’Union et chercheur d’or, Tom Jeffords, révolté par l’horreur des combats, cherche à arrêter le conflit. Pour ce faire, il apprend la langue et les coutumes des Apaches et rend visite au chef de la tribu, Cochise. Il tombe alors amoureux d’une jeune indienne, Sonseeahray, qu’il épousera pour sceller une paix précaire durement négociée. L’amour rapproche ainsi les peuples, et devient une clé pour pacifier les relations tumultueuses entre les Blancs et les Apaches.

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Pocahontas, une légende indienne (1995) se fonde sur des enjeux similaires. En 1607, les colons anglais en quête de richesses envahissent le Nouveau Monde. Ils croisent sur leur chemin une tribu indienne, les Powhatan. Prêts à tout pour trouver de l’or, ils envahissent le territoire et déclenchent un conflit ouvert avec les indiens.

La rencontre de Pocahontas, la fille du chef, et de John Smith, un capitaine anglais, changera le cours de la guerre. En parlant avec Pocahontas, John Smith s’ouvre à la culture et au mode de vie des Indiens. Amoureux, les deux personnages font tout pour empêcher la guerre et ainsi préserver leur union. Ici encore, l’amour parvient à franchir les barrières ethniques, malgré les réticences initiales du père de Pocahontas. Grâce à la bravoure de John Smith et à la détermination farouche de Pocahontas, l’amour s’impose face à la guerre.

En 2005, Le Nouveau monde de Terence Malick reprend le mythe de Pocahontas. Si l’histoire diverge largement du film Disney, le thème de l’amour comme vecteur d’ouverture à la culture indienne et de paix reste bien présent. L’amour transcende les ethnies et les cultures et bouleverse les conceptions des hommes.

Le couple humain – non humain : le fantasme d’un rêve impossible

Les couples mixtes les plus étonnants et marginaux du cinéma ne sont pas totalement humains. Lorsque l’homme ou la femme rencontre l’étranger, d’une race ou d’une espèce différente, la réalité se heurte à un amour rêvé ou fantasmé.

Dans Le Seigneur des anneaux, l’amour entre Aragorn et l’elfe Arwen est longtemps filmé comme un songe éveillé, une idylle impossible. Arwen apparaît comme une figure angélique à la beauté et à la pureté inaccessibles. Pour convaincre Arwen de quitter la Terre du Milieu, Aragorn lui dira d’ailleurs : « je suis un homme. Vous êtes une elfe. Ce n’était qu’un rêve Arwen, rien de plus. »

Ce n’est qu’après la défaite de Sauron et le couronnement d’Aragorn dans Le Seigneur des anneaux : le retour du roi que le rêve peut enfin se réaliser. Cependant, Arwen doit en payer le prix en renonçant à l’immortalité de son peuple. Le couple mixte homme-elfe, devenu réel et acceptable, implique des sacrifices. Cet amour entre Aragorn et Arwen, s’il n’occupe pas le centre du récit, conserve des répercussions essentielles pour l’histoire, en particulier l’évolution et les choix des deux personnages, ainsi que la décision d’Elrond de soutenir et de secourir les Hommes. Avatar (2009) traite encore davantage des couples mixtes humain-non humain à travers la relation amoureuse entre Jake Sully et la Na’vi Neytiri. Comme dans Pocahontas, une légende indienne, l’amour devient l’instrument de la diplomatie et du pacifisme. Il amène Jake, également écœuré par le comportement des hommes, à changer de camp puis de corps pour défendre les Na’vis. A l’instar de celui d’Aragorn et d’Arwen, cet amour semble tout d’abord impossible. Au moment d’avouer aux Na’vis la vérité sur les ordres qu’il a reçus du commandant, Jake prend conscience qu’il doit arrêter de rêver, se réveiller et revenir les pieds sur Terre. C’est finalement la victoire des Na’vis et de Toruk Makto sur les militaires mercantiles qui permettra à cet amour de se réaliser.

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Encore récemment, La Forme de l’eau (2018) de Guillermo Del Toro aborde la relation étrange entre Élisa Esposito, employée d’un laboratoire gouvernemental, et une créature amphibienne objet de recherches. Le film se déroule pendant la Guerre froide, qui place en concurrence les Américains et les Soviétiques pour toute nouvelle avancée scientifique. Fascinée par l’amphibien, Élisa lui rend régulièrement et secrètement visite, jusqu’à parvenir à instaurer une forme de communication. Face aux menaces pesant sur la créature, Élisa parvient à le faire évader. Elle ramène l’amphibien chez elle et entame avec lui une relation sentimentale. Guillermo Del Toro l’a concrétisée par une étonnante scène de sexualité, dans laquelle la salle de bain se transforme en véritable piscine.

L’amour entre Élisa et l’amphibien, menacé par les gouvernements russes et américains, semble dès le départ impossible. Si la relation physique, déjà complexe, peut se concrétiser, un monde et un grand mystère séparent les deux personnages. Pourtant, alors qu’Élisa paraît mortellement blessée, l’amphibien emporte Élisa dans le canal. Il transforme les cicatrices d’Élisa en branchies et nage avec elle vers la mer. Comme dans Avatar, l’amour implique une transformation physique, une forme de renaissance. Jake et Élisa rouvrent tous deux les yeux dans un corps différent. En définitive, les couples mixtes s’imposent comme des figures emblématiques du cinéma. Ils permettent aux films de véhiculer des valeurs d’ouverture à l’autre, de tolérance, de paix et d’amour. Ils nous montrent aussi que, malgré les obstacles apparents, tout peut un jour se réaliser. Entre rêve et réalité, les couples mixtes ont encore beaucoup à nous montrer.

Festival

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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