Philippe et François Pallin, père et fils : d’Une histoire du cinéma français à son adaptation vidéo

C’est très élégant de la part de Jonathan Fanara et du Mag du ciné de me donner cette tribune pour parler du livre Une histoire du cinéma français – 1930-1939 qui vient de sortir, et ainsi de pouvoir modestement porter la voix de mon père, Philippe Pallin, qui n’est plus là pour le défendre (et qui aurait adoré le faire). Naturellement, mon parti pris sera de me focaliser sur lui et le livre dont il est co-auteur pour essayer de vous donner envie de vous procurer cet ouvrage magnifique et original.

Tout d’abord, il ne faut pas se leurrer sur la forme du livre : derrière l’apparence d’une encyclopédie exhaustive fondée sur une structure chronologique solidement établie en chapitres et sous-chapitres, on a en réalité un vrai récit vivant, avec un resserrement des enjeux au fur et à mesure de la progression dans le temps. Mon père imaginait ce projet comme un scénario de série, non pas documentaire, mais de fiction historique, un peu à l’image d’un film de Bertrand Tavernier que nous aimions beaucoup, Laissez-passer. Dans ce film, nous sommes en 1941 sous occupation allemande, et nous suivons de vrais personnages historiques du cinéma français (parfois oubliés), et l’une des questions, c’est de savoir comment ils vont se positionner dans un contexte aussi difficile : vont-ils résister, vont-ils persévérer dans leur métier par amour de l’art quitte à se compromettre, vont-ils purement et simplement pactiser avec l’ennemi ? Bref, des enjeux primaires, simples et puissants, le film fonctionne à merveille et aurait dû donner l’envie de produire des projets similaires.

Les années 30 sont passionnantes à ce titre, parce que l’on s’approche de plus en plus de l’abîme inéluctable, sans le savoir, mais souvent en le pressentant. Il faut voir par exemple le film passionnant de Julien Duvivier, Untel père et fils, tourné jusqu’aux derniers jours précédant l’occupation, qui ne sortira en France qu’à la fin de la guerre, et qui décrit l’histoire de plusieurs générations d’une même famille qui n’a jamais cessé de connaître la guerre, de 1870 à 1939 en passant par 14-18, et qui est complètement lessivée à l’aube de 1939. Ce film, qui n’est pas un documentaire, apporte pourtant un éclairage précis et déterminant sur l’esprit de l’époque, sur les rivalités franco-allemandes, sur l’aigreur et la haine, l’épuisement et la lassitude des hommes qui n’en peuvent plus de mourir. Bref, le film apporte des éléments de compréhensions concrets, matériels, sur l’époque donnée.

Et c’est aussi ça l’idée du livre : si mon père a insisté pour qu’au début de chaque chapitre il y ait une introduction historique et politique assez détaillée, c’est toujours dans l’optique de montrer cette interdépendance, de montrer que l’histoire éclaire les films et leurs choix artistiques, et inversement que les films permettent de comprendre l’histoire sur un plan beaucoup plus sensoriel (le cadre, les décors, l’ambiance, l’état d’esprit nous donnent toujours une idée de l’époque) avec peut-être plus d’acuité que n’importe quel documentaire.

On y trouve un effet domino vertigineux : par exemple, on démarre avec la crise de 29, ses implications sociales, économiques, ses interférences avec l’évolution du cinéma, l’arrivée du cinéma parlant et ses enjeux artistiques, la division des cinéastes entre auteurs déboussolés du cinéma muet et auteurs de théâtre ravis, l’art des images contre celui de la parole et du chant, le divorce insoluble entre ces deux perspectives, les tentatives de synthèse et de conciliation, dont le cinéaste René Clair est peut-être le meilleur symbole.

René Clair a une place de choix dans le livre, puisqu’il bénéficie du premier portrait de réalisateur pour le chapitre de l’année 1930. C’était délibéré de la part de mon père qui adorait ses films indiscutablement originaux, tout en considérant qu’il était injuste que ce cinéaste soit à ce point oublié. Ce n’est pas un hasard si dans la série documentaire de Bertrand Tavernier Voyage à travers le cinéma français, René Clair apparaît dans l’épisode 6 intitulé « Les oubliés ».

René Clair, c’est l’exemple parfait du passage de relai entre deux époques, du cinéma muet au parlant. Quand on regarde Entracte, son film muet extrêmement expérimental, dans un style futuriste, avec la poursuite effrénée d’un corbillard, où les images virent dans l’abstraction et le surréalisme total, on comprend sans peine qu’il est difficile pour René Clair d’accepter un cinéma parlant qui glorifie la parole (et le chant) au détriment des images (et du récit raconté à travers l’art des images et du montage, sans avoir recours à la facilité des mots).

Et logiquement, en 1931, le portrait de réalisateur est consacré à Marcel Pagnol, un auteur de théâtre qui saisit l’opportunité de pouvoir enfin exprimer tout son talent à travers ce médium, et qui se soucie, en apparence, assez peu de l’art des images. Ce qui compte avant tout pour lui, c’est le respect de son texte par ses illustres comédiens, à un degré tel qu’il n’a plus besoin d’être présent physiquement sur le plateau (il peut laisser Raimu organiser la mise en scène, selon un témoignage très drôle de Ginette Leclerc) et qu’il se contente d’être présent dans le camion de son pour veiller à ce que les paroles soient audibles et bien dites (la technique étant encore laborieuse et difficile à mettre en œuvre). Mais là aussi, il faut apporter de la nuance, il suffit de voir un film comme Regain sorti en 1937, peut-être le plus « cinématographique » de Marcel Pagnol, un conte quasi fantastique, sublimé par une bande originale en avance sur son temps du compositeur Arthur Honegger, pour comprendre que Marcel Pagnol était en réalité très concerné par les outils propres au cinéma pour restituer la beauté d’un récit (voir par exemple la succession des travellings étourdissants en miroir, du plan d’ensemble au très gros plan, du très gros plan au plan d’ensemble, d’un paysage onirique au couple qui met en terre les semences pour la renaissance d’un monde jusqu’alors complètement éteint, c’est superbe, très signifiant et pourtant il n’y a aucune parole).

La marche des événements est implacable, René Clair n’a pas le choix, malgré toute sa défiance, il doit s’adapter, et il va sortir quasiment le premier film parlant de l’histoire du cinéma français, le très beau Sous les toits de Paris, tout en parvenant à se jouer des contraintes techniques et artistiques imposées par cette nouvelle donne, pour participer à l’élaboration d’un nouveau langage, ce que le livre explique parfaitement.

Voici un exemple concret des difficultés que le livre évoque : « Enfin le plus gros inconvénient de ce matériel encore primitif réside dans l’immobilité contrainte des nouvelles caméras sonores – on y perd toute la mobilité précisément cinématographique, l’apport essentiel du mouvement ». Et pourtant… « Le film s’ouvrira donc sur un très beau travelling, des toits à la rue, avec l’apparition simultanée de la musique et de la chanson-titre, et il s’achèvera donc sur le même travelling, mais en sens inverse. » René Clair parvient à s’affranchir des contraintes du cinéma parlant, pour réaliser des prouesses techniques que l’on pensait réservées au cinéma muet.

Mon père voulait que je participe avec lui sur ce projet, mais je n’étais pas très enthousiaste à l’idée de faire comme lui ou de l’imiter, je voulais trouver mon propre chemin, ma propre voie (voix), et je me positionnais donc très largement en retrait dans un premier temps.

Finalement, j’ai eu l’idée de me mettre en décalage et d’adapter ce texte sous le format d’une série documentaire audiovisuelle, avec un travail considérable de conversion (d’adaptation). L’idée étant cette fois de faire un épisode par année, une saison par décennie.

Conserver l’état d’esprit du livre, sa volonté de raconter l’histoire par les films, et les films par l’histoire, de les éclairer mutuellement. Et pour cela, trouver des archives, des documents visuels ou audio, ou les deux, de les confronter aux textes déjà écrits, de les enrichir, parfois de les contredire.

Ne pas être académique, car c’est tout ce que mon père n’était pas, expérimenter des formats de narration par la voix-off, et parfois sans voix-off comme sur le portrait de René Clair qui n’est agrémenté que par quelques extraits d’interview qui concordent parfaitement avec son portrait du livre. Le portrait Raimu de 25 minutes, qui n’est raconté qu’à travers des dizaines d’extraits de films, où l’on peut admirer toutes les couleurs de son jeu essentiellement en dehors du cinéma de Marcel Pagnol (dans des films méconnus mais magnifiques tels que L’étrange Monsieur Victor, Ces messieurs de la santé), pour éviter d’être dans la redite et compléter les portraits « Marius », « Marcel Pagnol », où il joue déjà un rôle considérable.

Les années 30, une décennie riche en personnages charismatiques à un point tel qu’il est difficile pour ceux des décennies suivantes de tenir la comparaison – comment faire le poids face à Michel Simon, Arletty, Raimu, Danielle Darrieux, Louis Jouvet, Françoise Rosay, Jules Berry, and co ? Absolument impossible.

Il s’agissait aussi de donner la parole aux auteurs et artistes de l’époque (portraits Marcel Pagnol, René Clair et Jean Renoir – et remarquer qu’en plus d’être passionnants et intensément cultivés, ils étaient ouverts sur le monde, et parlaient par exemple un anglais parfait) tout en conservant un regard critique et personnel. Mettre en lumière des acteurs et actrices parfois perdus de vue, des parcours de vie qui sortent de l’ordinaire dans un contexte terrifiant, les rendre vivants, uniques, inédits, ce que le livre s’attache à faire tout du long (la symétrie des parcours de Corinne Luchaire et de Dalio dans le dernier chapitre 1939 est assez bouleversante).

Cela a donc donné pour le moment trois épisodes et un hors-série directement adapté d’un dossier thématique, que je vous invite chaudement à regarder :

Episode 1 – 1930 (Luis Bunuel, René Clair, Jean Vigo, Louise Brooks, Albert Préjean) :

Episode 2 – 1931 (Marcel Pagnol, Jean Renoir, René Clair, Danielle Darrieux, Michel Simon) :

Episode 3 – 1932 (Carl Th. Dreyer, Jean Renoir, Raymond Bernard, Gaby Morlay, Raimu) :

Hors-série n°1 – La naissance du cinema parlant :

Je suis obligé d’en parler, parce que c’était la plus grande fierté de mon père (que son fils adapte et s’approprie son travail), et qu’il en parlait absolument à tout le monde, tout le temps, au-delà même de son bonheur d’être publié. Son rêve aurait été par exemple de faire des séances de dédicace du livre, pendant que l’une de ces adaptations serait diffusée à côté dans une salle – cela risque d’être compliqué à mettre en œuvre durant cette pandémie, d’autant plus que je ne sens pas derrière moi un enthousiasme démesuré.

Ce que je trouve dommage, c’est que je n’ai pas l’impression que cette initiative fasse partie des axes de communication autour de cette série de livres (les tomes des années 40 et 50, déjà écrits, sortiront dans les mois à venir), alors que ça la complète, notamment grâce aux archives qui ont été dénichées et montées. En voici un exemple avec le portrait de Jean Renoir : dans le livre, mon père a essayé d’expliquer sa versatilité, pourquoi ses films sont si différents les uns des autres tout au long de la décennie, comment on passe du Renoir anarchiste de La Chienne, de Boudu ou de Chotard et cie, au Renoir communiste de La vie est à nous à La Marseillaise, au Renoir beaucoup plus sombre de La règle du jeu.

Dans les nombreuses archives que j’ai trouvées et utilisées dans mon adaptation, Jean Renoir explique directement qu’il est une éponge, et qu’il a suivi le courant en s’adaptant aux évolutions de ses propres relations et du monde, pour arriver jusqu’à des positionnements très contestables et sulfureux à la fin des années 30 (voir par exemple les propos rapportés par Henri Jeanson), ce qu’il admet (et regrette) directement dans une interview pour une émission américaine, et à ma connaissance la seule archive qui en fasse état (et que je n’ai jamais vu utilisée).

Jean Renoir : J’ai commencé à faire ma propre vie, et j’ai oublié ce que mon père m’avait appris… Et quand je me souviens de mes idées, à ce moment de ma vie… J’ai honte. J’avais des idées absolument stupides. Vous savez, j’ai cru, par exemple, que certaines personnes sont supérieures et d’autres inférieures. En m’incluant parmi ceux qui sont supérieurs, bien entendu. Mais vous savez, maintenant… Vous êtes très sympathique, c’est pour cela que je vous révèle cette vérité secrète. Mais j’en ai honte. Maintenant, je sais que nous avons tous un petit rôle à jouer dans ce grand spectacle qu’est le monde. Le rôle joué par un insecte est aussi important que celui de l’éléphant [Jean Renoir est en plein dans sa phase panthéiste après le tournage du film Le Fleuve]. Nous avons tous notre rôle, et nous devons juste être de bons acteurs et dire nos dialogues correctement, et c’est tout.

C’est une manière de rejoindre l’idée du livre qui est d’aborder les films et leurs personnages-clés, non pas sous un angle neutre ou hagiographique, mais sous la forme d’enquêtes littéraires toujours critiques et détaillées. Et cela complète le livre, parce que le témoignage (l’aveu) de Jean Renoir face caméra donne du poids aux affirmations écrites et permet de les prouver concrètement, sans doute possible.

L’ambition du livre est de toucher un public plus large qu’un cercle de cinéphiles déjà initiés (mon père qui détestait le snobisme serait horrifié d’être ainsi reclus), d’être constamment pédagogique (c’était le cœur de son métier d’enseignant), d’ouvrir des points d’entrée et de sortie, de former des passerelles entre les arts (ce qui contribue à l’originalité du point de vue, il dresse par exemple très régulièrement des parallèles audacieux entre l’évolution de la peinture et du cinéma).

Dans le même sens, ces adaptations audiovisuelles essayent de constituer des points d’entrée accessibles sur le livre, en reprenant sa structure chronologique très facile à suivre, et en bénéficiant d’illustrations concrètes qui apportent de la matière au texte (par un jeu de montage sur des archives méconnues, ou des extraits de films souvent introuvables).

Il s’agit également de concrétiser un peu le rêve de mon père qui est de raconter une véritable histoire, d’adapter son vrai récit d’« écrivain », ce qu’il était indubitablement. Il suffit de lire ses textes pour voir qu’il maîtrise totalement le rythme, la musicalité et la construction des phrases, l’ordonnancement des mots au service d’un style affirmé, toujours simple et jamais prétentieux.

Alors je me dois d’essayer de poursuivre le sillon qu’il a tracé. Pas évident, mais pas le choix.

Par François Pallin

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Sorda : des liens au-delà du silence

Après son court-métrage éponyme, Eva Libertad étend l'histoire de "Sorda". Un nouvel opus nécessaire qui interroge la parentalité, dans le bruit du silence.

Nous l’orchestre : au cœur d’un ensemble symphonique

Le documentariste Philippe Béziat nous propose une plongée au sein du célèbre Orchestre de Paris. Multipliant les approches et les gestes de mise en scène, il permet de lever un coin de ce grand mystère : comment des individualités parviennent à faire corps, au service de la musique. Captivant.

Signes de vie, de Werner Herzog : à perdre la raison

Exploration à bas bruit des frontières de la rationalité humaine ? Faille spatio-temporelle où l’Homme quitte le sentier d’un destin médiocre ? Pas de doute, le cinéma de Herzog est déjà en place.

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

Voyage à deux : le désenchantement conjugal

Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.

Die My Love : Die My Life

Que faire quand on aime son enfant mais qu'on n'a aucune envie de jouer à la mère ? Dans "Die My Love", Lynne Ramsay s'empare de cette question inconfortable. Portée par une Jennifer Lawrence éblouissante de rage sauvage et de désarroi avide, l'histoire se noue dans une demeure déglinguée du Montana. La réalisatrice écossaise compose une partition aussi âpre qu'intense et lumineuse. Soutenue par un Robert Pattinson en mari désemparé et par la présence nostalgique de Sissy Spacek et Nick Nolte, Ramsay ne filme pas seulement une dépression : elle ausculte le vertige d'une femme qui ne veut pas se plier aux conventions. Ni complaisance, ni réalisme psychologique. Juste une sincérité à vif, et un cri.

Mortal Kombat (2021) : Le tournoi des ombres

Cela fait plus de trente ans que la licence "Mortal Kombat" cherche son film. Pas une curiosité pop, ni un nanar de compétition — un vrai film, à la hauteur d'une franchise qui a marqué au fer rouge la culture vidéoludique. En 2021, toutes les conditions semblaient enfin réunies. "Mortal Kombat" n'avait pourtant pas besoin d'un chef-d'œuvre. Il avait besoin d'un film qui sache ce qu'il veut être. Ce film-là n'existe pas encore.

Mandy, ou l’opéra de la vengeance

Avec "Mandy", Panos Cosmatos signait une œuvre hors norme qui favorise la matière, la chair, le sang, plutôt que les CGI froids et désormais courants qui semblent insaisissables. Une réussite majeure qui prolonge le cinéma d’horreur des années 80, marqué par la vengeance, la haine, la violence viscérale, le tout dans un cadre figuratif, occulte et percutant.