The Fall, le court-métrage de Jonathan Glazer : lignes de fuite

Jonathan Glazer se planque bien depuis la sortie du génial Under The Skin, en 2013, qui a hypnotisé les spectateurs du monde entier. Au moment où une armée de cinéphiles est prête à se jeter sur son prochain film, il sort un court métrage hallucinant, The Fall. 

Monde de brut

Un inquiétant personnage masqué sort de l’ombre, traverse le plan, un arbre tremble. Comme s’il réagissait aux murmures montants d’une foule en colère, il est traversé de plusieurs secousses : tout au bout d’une magnifique contre-plongée, c’est une autre figure masquée qui s’accroche au tronc et lui donne un peu de vie. En bas, dans la forêt, d’autres masques s’agitent, ferraillent avec le tronc qui transperce un plan sur deux de cette séquence très anxiogène, avant que le fuyard tombe comme un petit chat. Il est perdu.

La chasse à l’homme prend une autre forme, et comme si elle n’échangeait plus avec la nature en la sortant de cette confrontation, prend une tournure bien humaine. Le chassé sera exécuté, d’une corde singeant les fibres que la bande son triture avec soin. D’autres cordes, une peau de tambour, des sons organiques, fuyant tout langage, donnant naissance à une atmosphère insaisissable tissée par Mica Levi.

Ascenseur pour l’échafaud

Avec The Fall, Jonathan Glazer prouve encore une fois qu’il connaît mieux que nous cette folie bien humaine de vouloir tout rendre intelligible. A grands renforts d’allégories, d’analyses et de métaphores, Under The Skin a déjà failli plus d’une fois en perdre tout son charme. La tentation est encore une fois ici très forte de voir dans ce court-métrage une belle scénette moralisante sur nos sociétés inhumaines, violentes et artificielles, ce qui y est très réussi, mais également trop plat pour un cinéma aussi vaste. On peut en effet y voir les réseaux sociaux, la politique et même un discours aussi ampoulé que celui de Mother! (Daren Aronofsky, 2017) sur l’avenir de l’humanité. Mais il y a autre chose, et peut-être plus encore, derrière cette chasse, qui nous rappelle ici qu’elle est aussi le symbole d’un public qu’un artiste prendrait plaisir à singer, protégeant ses œuvres pourchassées par une épuisante quête de sens. A l’image d’autres grands secrets comme ceux d’Under The Silver Lake (David Robert Mitchell, 2018), de GTA V ou de la terre plate, on n’oublie en effet tout ce que nous raconte le cinéaste avec ce merveilleux plan de fin : qu’il n’y a qu’un pas entre l’ascension et la chute. Parfois, il faut juste écouter le vent sans se demander pourquoi il tourne.

Synopsis : Inspiré de la gravure de Francisco Goya “Le sommeil de la raison engendre des monstres”, The Fall est un court-métrage puissant invitant le spectateur à y projeter ses préoccupations et interprétations propres.

Extrait : The Fall

Réalisation et scénario : Jonathan Glazer
Avec : James Adams, Stuart Anderson, Mckinley Bex, Susanne Brown, Lee Byford, Fionn Cox-Davies, Andrius Davidenas, Chris Jupe, Brett Logue, Raffael Maciel, Adeesha Pietersz, Constance Schertlen, Nicola Stokes, Vladislav Yeramishants
Diffusion : À partir du 15 juillet en VOD
Chaînes / Plateformes : UniversCiné, iTunes, Google, Vimeo, Filmo TV, Arte VOD, Vitis, Médiathèque Numérique, Xbox
Production : Bugs Hartley, Ash Lockmun, James Wilson
Photographie : Tom Debenham
Montage : Paul Watts
Costumes : Kate Forbes
Musique : Mica Levi
Distribution : Salaud Morisset
Durée : 7 minutes

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Romaric JOUAN
Romaric JOUANhttps://www.lemagducine.fr/
Vieux briscard de la cinéphilie de province, je suis un pro de la crastination, à qui seule l'envie d'écrire résiste encore. Les critiques de films sont servies, avant des scénarii, des histoires et cette fameuse suite du seigneur des anneaux que j'ai prévu de sortir d'ici 25 ans. Alors oui, c'est long, mais je voudrais vous y voir à écrire en elfique.

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