Blu-ray : La Main qui venge (Dark City) de William Dieterle avec Charlton Heston

Retour sur La Main qui venge / Dark City, film signé par William Dieterle qui a lancé la carrière hollywoodienne de Charlton Heston, ainsi que sur sa très bonne édition Blu-ray disponible chez Sidonis Calysta depuis le 17 mars.

Synopsis : Arthur Winant perd au poker une importante somme d’argent qu’il avait empruntée pour l’achat de matériel sportif pour son club. Devant cette catastrophe, il préfère se suicider. Sidney, le frère d’Arthur, un psychopathe, recherche alors les trois hommes qu’il rend responsables de cette mort, bien décidé à les tuer…

Charlton Heston, un roc en mâchoire et épaules

Dark City (on préfère ici le titre original au français) n’est pas n’importe quel film noir : il est d’abord réalisé en 1950 par William Dieterle à qui l’on doit notamment le formidable Portrait de Jennie produit par le grandiloquent producteur David O’Selznick. Et il est le long métrage qui a permis au jeune Charlton Heston (alors âgé de vingt-sept ans) de lancer sa carrière hollywoodienne.

François Guerif, spécialiste du roman noir comme du film noir, essayiste sur le cinéma et éditeur de nombreux polars, Patrick Brion, historien du cinéma, et Bertrand Tavernier, immense cinéaste et formidable érudit de cinéma, en parlent très bien dans les formidables compléments de l’édition Blu-ray. Dark City n’est pas le premier film de Charlton Heston qui a déjà joué dans deux longs métrages indépendants, alors jugés « amateurs » par Hollywood. Le film de William Dieterle, cinéaste souvent méprisé par la critique, mit sur le carreau quelques grands noms de la critique française à l’époque dont Claude Chabrol qui aurait expliqué avoir été bouche bée devant le premier long plan du film présentant un personnage marchant dans la rue, s’arrêtant ensuite pour être le témoin silencieux du saccage de son entreprise de paris. Ce sentiment de surprise est toujours d’actualité lorsque l’on découvre le film, et il est dû autant au long et judicieux plan d’introduction du personnage principal– et de son point de vue– dans un contexte urbain et narratif clairement posé- qu’à la gueule de son interprète, Charlton Heston.

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Charlton Heston, méfiant face Dean Jagger, fermé aux sentiments de Lizabeth Scott.
Paramount Pictures – Sidonis Calysta

William Dieterle, l’oublié

Avançant d’un pas sûr, cette carrure massive aux épaules bien larges et à la mâchoire carrée parfaitement dessinée s’imposait déjà aux yeux de tous comme une star. C’était hélas moins le cas du réalisateur du film, William Dieterle, aujourd’hui reconsidéré et en voie de reconnaissance. Dieterle n’était pourtant pas seulement un réalisateur-technicien faiseur de pellicule hollywoodienne. Il était aussi et surtout un narrateur qui cherchait toujours à élever le matériau de travail. Ainsi, Dark Citydont le scénario a tendance à partir dans de multiples directions parfois déconcertantes de paradoxe (la fin, suppose Brion, doit être liée au contrat de l’une des actrices), réussit notamment à passer l’épreuve du temps et d’un genre qui a déjà connu nombre de chefs d’œuvres, grâce au savoir-faire de Dieterle. Ce dernier s’amuse à éveiller  l’expressionnisme le temps de quelques scènes, et surtout crée l’une des plus belles séquences du cinéma hollywoodien avec quelques dutch plans et gros plans sur des visages terrifiants d’ombres et de lumières, montés de telle manière qu’ils semblent alors appartenir à un cosmos de monstres prêts à dévorer le pauvre Arthur Winant. Ce dernier, mis à mal dans une partie de poker truquée (voir image de couverture), est à bout de souffle. Il n’est plus que chair à l’âme en extinction, dont la flamme de la vie prendra fin au fur et à mesure qu’il signera son chèque devant les visages de ses avides tortionnaires de jeu. Et même lorsque le film se retrouve à naviguer dans les eaux de l’épouvante puis de la romance malheureuse, William Dieterle réussit à nous tenir en haleine grâce à d’autres formidables dispositifs filmiques : on pense notamment au fait que le tueur soit plus grand et massif que Heston, et qu’il est d’abord présenté comme une créature monstrueuse dont les gros plans sur la main évoquent celle du maudit M.

Ainsi, sans être un grand métrage du genre, ni même un film pleinement réussi, Dark City réussit à tirer son épingle du jeu grâce aux talents qui s’y animent, Charlton Heston – accompagné quelques formidables seconds rôles comme Jack Webb (Joe Friday dans Dragnet – 1967-1970), Harry Morgan (autre acteur principal de Dragnet) & Lizabeth Scott – et William Dieterle.

Ci-dessous, un extrait de la première moitié de la partie de poker qui mettre à mal la vie d’Arthur Winant.

Dark HD City

la-main-qui-venge-dark-city-hal-wallis-charlton-heston-visuel-du-blu-ray-sidonis-calystaDark City est à (re)découvrir dans une édition Blu-ray soignée. S’il est globalement correct, le master du film est toutefois inégal. Datant de 2012 (voir ses premières éditions chez Olive Films outre-Atlantique), il alterne entre trois niveaux : le formidable, au piqué, à la stabilité et la gestion du grain exemplaires ; le correct, avec un déficit de contraste et une définition un peu moins précise ; et de temps à autre, le médiocre, avec des séquences nocturnes cramées et surtout une instabilité tellement importante que se manifeste une distorsion de l’image bien visible telle qu’on peut l’observer dans la scène de rencontre chez la veuve Winant à environ 1h00 du film. Il y a cependant peu à dire du côté de la bande originale sonore, impeccable à quelques plans près où elle se révèle plus étouffée. La VF a cependant subi le poids des âges : les voix sont étouffées, les effets sonores sont inaudibles, et la bande originale musicale tend facilement à saturer. On peut aussi entendre tout au long du film du bruit sonore.

Quant aux compléments, Sidonis Calysta a soigné son édition en produisant et présentant trois interviews. Il ne s’agit, comme noté en première partie, pas de quelques obscurs commentateurs de cinéma puisqu’ils ont pris le temps de questionner Patrick Brion, François Guérif et Bertrand Tavernier. Ces entretiens, présentés en HD, durent respectivement (environ) huit, six et dix-huit minutes. Enfin on note la présence de la bande-annonce en SD.

Bande-annonce – Dark City / La Main qui venge (1950)

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES Blu-ray

BD-50 – 1080p HD – 16/9 – 1.33 :1 – Images : Noir et Blanc – Audio : Anglais et Français Mono restaurées 2.0 – Sous-titres français – Durée : 93 min – Etats-Unis – 1950

COMPLÉMENTS

Présentations du film par François Guérif, Patrick Brion et Bertrand Tavernier Bande-annonce originale

Sortie le 17 mars 2020 – Prix indicatif public : 19,99€

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Festival

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