Le Voyage du Dr Dolittle de Stephen Gaghan, une odyssée sans envergure

Vaste pantalonnade aux images de synthèse surfabriquées, Le Voyage du Dr Dolittle mis en scène par Stephen Gaghan est engoncé dans son étui de blockbuster amorphe. La prestation décousue de Robert Downey Jr. en ermite excentrique et bougon ne sauve pas cette superproduction Universal, loin d’être à la hauteur de son prestigieux casting. Car, si elle s’amuse à pasticher le film de pirates, il manque dans ce cas au singulier personnage le panache de Jack Sparrow.

Vétérinaire fantasque au cœur brisé, John Dolittle, campé par un Robert Downey Jr. aux yeux vitreux d’ennui, vit reclus dans un manoir victorien avec pour seule compagnie sa ménagerie d’animaux exotiques. Il est rejoint par le jeune apprenti Tommy Stubbins (Harry Collett) et Lady Rose (Carmel Laniado), fille de la Reine d’Angleterre (Jessie Buckley) mourante. La maladie de la souveraine force bientôt John à sortir de son isolement pour mettre les voiles vers une île mystérieuse où se trouve un antidote capable de la guérir..

N’est pas Richard Fleischer ou Rex Harrison qui veut. Nouvelle adaptation des romans pour enfants écrits et illustrés dans les années 1920 par l’anglais Hugh Lofting, Le Voyage du Dr Dolittle produit par Universal est à ranger au rayon des remakes amorphes et insipides. Car ici hélas, la balance entre aventure et comédie ne produit jamais l’enchantement attendu.

En effet, Stephen Gaghan (TrafficSyriana, Gold) accumule les erreurs grossières. Malgré son prestigieux casting (réunissant Antonio Banderas, Michael Sheen, Ralph Fiennes, Emma Thompson, Tom Holland, Octavia Spencer, Rami Malek, Marion Cotillard ou encore Selena Gomez), le conte initiatique patauge dans un humour éculé ; aucune réplique ne swingue, les effets spéciaux laissent froid, le montage manque d’équilibre et les innombrables péripéties aussi rocambolesques qu’invraisemblables s’effilochent les unes après les autres. Tant et si bien que le spectateur, consterné de voir des baleines remorquer les navires, des calamars étouffer les humains et des brindilles écouter aux portes, se lasse rapidement devant ce déluge d’images numériques dans la veine de La Boussole d’or (2007) de Chris Weitz.

Il manque du souffle, du style et une âme à cette odyssée faussement fantastique dans laquelle le moindre rebondissement est sans cesse désamorcé par une facilité scénaristique. Ce qui n’aide évidemment pas à l’élaboration d’une ligne directrice cohérente. Le « fabuleux » bestiaire numérique se retrouve réduit à un malheureux catalogue de stéréotypes (Chee-Chee le gorille peureux, Dab-Dab le canard têtu, Plimpton l’autruche cynique, Yoshi l’ours polaire joyeux, Polynesia le perroquet rebelle..). Au milieu de ce zoo loufoque animé par ordinateur, la performance de Robert Downey Jr., qui a définitivement abandonné l’armure blindée d’Iron Man, se résume aux mêmes épouvantables mimiques, lesquelles traduisent une agaçante maussaderie narquoise. Ironie du sort, l’acteur n’y croit pas lui-même et ne trompe donc personne. Le jeune Harry Collett vu dans Dunkerque incarne quant à lui un apprenti trop naïf et terriblement fade. 

Le réalisateur, qui prend ici un malin plaisir à pasticher le film de pirates, s’éparpille au cours de nombreuses scènes d’action bâclées. Le naufrage si prévisible est donc inévitable. La référence aux soleils couchants de Turner ornant les murs du palais de la Reine Victoria et la parodie incongrue du Parrain de Coppola se heurtent à la mise en scène pseudo-baroque, caduque, nerveuse, inconsistante et parsemée d’anachronismes du Voyage du Dr Dolittle. On a également connu Danny Elfman, compositeur fétiche de Burton et Raimi, plus inspiré.

Aventurier anticonformiste, cet excentrique John Dolittle caricature le capitaine Némo, le marin Sinbad ou encore le patriarche Noé. Mais le célèbre vétérinaire capable de communiquer avec les animaux perd ici le charme du personnage original imaginé par l’écrivain britannique Hugh Lofting et popularisé à la fin des années 1990 par Eddie Murphy. Compressé dans de trop brefs flashbacks, le background du héros brisé par la disparition en mer de sa compagne exploratrice Lily (Kasia Smutniak), peine à se relier au reste de l’intrigue. Car avant d’atteindre l’île merveilleuse et son arbre magique, l’équipée doit s’emparer d’une carte au trésor, explorer une cité dont le souverain n’est autre que le père de Lily, – le grotesque Roi Rassouli interprété par Antonio Banderas –, puis amadouer un dragon constipé qui lui barre la route. Au cours de sa quête farfelue et brouillonne, Dolittle doit également faire face à Barry, un tigre neurasthénique doublé par Ralph Fiennes.

En somme, hormis une jolie introduction animée en 2D à la mode Disney ainsi que la portée universelle de la morale finale (« c’est en aidant les autres qu’on s’aide soi-même ») revisitant celles des fables écologiques telles que L’Arche de Noé, le voyage du Docteur Maboul au pays du fond vert ne suscite que l’embarras et l’ennui.

Sévan Lesaffre

Bande-annonce

Synopsis : Après la perte de sa femme sept ans plus tôt, l’excentrique Dr. John Dolittle, célèbre docteur et vétérinaire de l’Angleterre de la Reine Victoria s’isole derrière les murs de son manoir, avec pour seule compagnie sa ménagerie d’animaux exotiques. Il évite la compagnie des humains qui le prennent pour un fou. Mais quand la jeune Reine tombe gravement malade, Dr. Dolittle, d’abord réticent, se voit forcé de lever les voiles vers une île mythique dans une épique aventure à la recherche d’un remède à la maladie. Alors qu’il rencontre d’anciens rivaux et découvre d’étranges créatures, ce périple va l’amener à retrouver son brillant esprit et son courage.

Le Voyage du Dr Dolittle – Fiche technique

Avec : Robert Downey Jr, Antonio Banderas, Michael Sheen, Jim Broadbent, Jessie Buckley, Harry Collett, Kasia Smutniak, Carmel Laniado, Emma Thompson, Marion Cotillard, Ralph Fiennes, Rami Malek, Octavia Spencer, John Cena, Tom Holland…
Réalisation : Stephen Gaghan
Scénario : Stephen Gaghan, Daniel Gregor, Doug Mand, d’après les personnages créés par Hugh Lofting
Photographie : Guillermo Navarro
Montage : Craig Alpert, Chris Lebenzon
Décors : Dominic Watkins
Costumes : Jenny Beavan
Musique : Danny Elfman
Distributeur : Universal Pictures International France
Durée : 1h42
Genre: Comédie / Aventure
Sortie : 5 février 2020

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1.5

Festival

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Sévan Lesaffre
Sévan Lesaffrehttps://www.lemagducine.fr/
Titulaire d’un Master 2 en Histoire, esthétique et théorie du cinéma, auteur d’un ouvrage qui concerne l’analyse du corps filmique de Judy Garland, jeune membre du jury du Festival International du Film d'Amiens 2017 présidé par Alexandra Stewart, critique et rédacteur pour CineChronicle.com pendant deux ans, je couvre le festival du film francophone d’Albi « Les Œillades » depuis 2018 et le FIFAM en 2022.

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