La Maison de la mort, de James Whale, sort en copie restaurée

Réalisateur du Frankenstein avec Boris Karloff, de sa formidable suite La Fiancée de Frankenstein et d’un magnifique Homme invisible avec Claude Rains, James Whale est un des noms incontournables du cinéma fantastique états-unien des années 30. C’est en 1932, après donc le grand succès de son adaptation du roman de Mary Shelley, que le cinéaste retrouve Boris Karloff pour The old dark house, film d’abord connu en France sous le titre Une soirée étrange, et dont Carlotta sort une copie restaurée sous le titre La Maison de la mort.

Whale implante tout de suite une ambiance digne des grands romans gothiques. Une voiture est perdue en pleine campagne galloise, une tempête survient et les trois occupants sont obligés de se réfugier dans un vieux manoir isolé. D’emblée, ils sont accueillis par un Boris Karloff barbu, sombre et grognant, qui a le mérite d’implanter l’ambiance. Karloff est clairement un des atouts maîtres de ce film, sa présence extraordinaire habille l’écran et il incarne le danger diffus mais permanent qui menace les personnages. A lui seul, Karloff constitue une raison suffisante pour voir La Maison de la mort.

Rien ne manque donc dans ce manoir pour en faire un lieu typique du film gothique. Nous avons la tempête, le serviteur ténébreux, les pièces fermées à l’étage, les bruits mystérieux, les coupures de courant, la maîtresse de maison bien brutale et peu amène, le secret qui semble agiter la maisonnée… Les personnages sont confiés aux soins du frère de la propriétaire, qui par un savant jeu d’ombres et de lumières apparaît comme un squelette ambulant.

Comme dans tout film de ce genre, le décor est un des personnages essentiels de La Maison de la mort. Justifiant le titre original, le manoir est le lieu qui va conforter les différentes ambiances du film. L’entrée où l’on rencontre les occupants inquiétants, l’escalier où l’on va se battre, le dernier étage d’où sortent des bruits étranges, mais aussi le garage où l’on va conter fleurette… La mise en scène va exploiter les différents recoins de la bâtisse pour multiplier les atmosphères et ainsi faire rebondir son récit.

Car La Maison de la mort n’est pas qu’une simple histoire d’épouvante avec serviteur à peine humain et secret de famille bien glauque. En multipliant les personnages, James Whale va diversifier son récit. Angoisse d’un côté, bluette romantique d’un autre, une bonne dose d’humour : La Maison de la mort va naviguer entre plusieurs genres avec réussite. James Whale fait ainsi un film constamment inattendu.

La réalisation de James Whale est une des grandes réussites du film, mais il faut aussi ajouter la qualité de l’interprétation. A la lourdeur angoissante de Boris Karloff s’oppose la légèreté doucement comique de Melvyn Douglas et la bonhomie de l’excellent Charles Laughton. Il faut noter aussi la présence de Gloria Stuart, dont la carrière s’étendra jusqu’en 2004 (son dernier film est Land of plenty, de Wim Wenders : elle avait alors 94 ans) et qui reste célèbre pour avoir jouer le rôle de Rose âgée dans le Titanic de James Cameron.

La sortie de cette copie restaurée permettra de découvrir ou re-découvrir ce classique qui a inspiré tout un genre cinématographique.

La Maison de la mort : bande annonce

La Maison de la mort : fiche technique

Titre original : The old dark house
Réalisation : James Whale
Scénario : Benn W. Levy
Interprétation : Melvyn Douglas (Penderel), Charles Laughton (Sir William Porterhouse), Lilian Bond (Gladys), Eva Moore (Rebecca Femm), Boris Karloff (Morgan).
Photographie : Arthur Edeson
Montage : Clarence Kolster
Production : Carl Laemmle Jr.
Société de production : Universal Pictures
Société de distribution : Universal Pictures
Date de sortie en France : 6 avril 1934
Durée : 72 minutes
Genre : suspense, comédie.
Date de sortie de la reprise : 25 septembre 2019

Etats-Unis- 1932

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Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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