L’équipage, d’Anatole Litvak, en DVD et Blu-ray : entre guerre et mélodrame

L’équipage, film d’Anatole Litvak, avec Charles Vanel et Jean-Pierre Aumont, sort en combo DVD/Blu-Ray chez Pathé : un petit événement qui permettra de (re)découvrir un très beau film.

Litvak et Kessel

Anatole Litvak a eu un parcours très mouvementé. Né à Kiev, il commence sa carrière en URSS, puis s’installe en Allemagne au milieu des années 20, avant de fuir le nazisme vers la France d’abord, puis les Etats-Unis. Cinéaste injustement méconnu de nos jours, il a réalisé quelques très grands films dans différents genres : mélodrames, thrillers (l’excellent Raccrochez, c’est une erreur) et même films de guerre. A chaque fois, il sait apporter sa science du cadrage, du rythme et du montage, une direction d’acteurs irréprochable, une grande intensité dramatique et une certaine profondeur psychologique.
Lors de son passage en France au début des années 30, le cinéaste se lie d’amitié avec le romancier, journaliste, voyageur et aventurier Joseph Kessel. De cette amitié sortiront plusieurs films réalisés par Litvak sur un scénario de Kessel : certains en France (Mayerling, en 1936, avec Danielle Darrieux et Charles Boyer), d’autres aux États-Unis (Un acte d’amour, en 1953, avec Kirk Douglas, et surtout La Nuit des généraux, en 1966, avec Peter O’Toole et Omar Sharif).
L’équipage est la première de ces collaborations. Kessel signe ici le scénario et les dialogues d’un film adapté de son propre roman, sorti une dizaine d’années plus tôt. Le roman s’inspire en grande partie de l’expérience de l’auteur lui-même, qui fut pilote pendant la Première Guerre mondiale. De fait, L’équipage mêle deux films en un : un film de guerre, et un mélodrame.

Le départ au front

La scène d’ouverture, absolument magnifique, fourmille d’idées de mise en scène et de montage, montrant d’emblée le talent de Litvak. On y assiste au départ en train de soldats qui vont au front. La douleur du départ, la crainte inspirée par ce conflit et la peur de ne pas voir revenir son mari ou son fils, tout cela est montré par des moyens purement cinématographiques, entre autres par des superpositions d’images, et non par un épanchement massif de pathos. Le ton est donné, le film sera subtil, toujours juste, et marqué à la fois par un grand art de la réalisation et par un souci de réalisme.
Là, sur ce quai de gare, nous faisons connaissance avec un jeune sous-officier, l’aspirant Herbillon, qui dit au revoir à celle qui est visiblement sa chérie. Dès les premières minutes, cette relation nous paraît étrange, la femme ne connaissant pas le nom de son amoureux ; et surtout, elle semble alarmée lorsqu’elle apprend dans quelle escadrille il est affecté, mais elle refuse de l’admettre.

Un des grands films de guerre français

Suivra ensuite une longue séquence qui se déroulera au front. L’équipage est incontestablement un des rares grands films de guerre français. D’abord par ses scènes de combats aériens, absolument stupéfiantes. Dans ce domaine, le film n’est pas sans rappeler son glorieux prédécesseur, Ailes (Wings), réalisé quelques années auparavant par l’excellent William A. Wellman. Le duel aérien final mérite de figurer dans les annales du genre.
Mais la force de L’équipage ne réside pas que dans ses scènes de combat. Il parvient à décrire la guerre de façon réaliste, avec ses moments plus calmes, ses attentes, et surtout une reconstitution minutieuse de la vie quotidienne à la base aérienne. Le film fourmille de personnages secondaires remarquables, chacun ayant sa propre psychologie, son propre caractère. L’humour est présent également, à travers les dialogues, les chansons ou certaines situations. L’éloge de la camaraderie n’est pas sans rappeler celle que l’on peut rencontrer dans le cinéma de John Ford.
Sauf que dans cette escadrille, il y a un personnage qui est rejeté de tous. Le lieutenant Maury (Charles Vanel, excellent, comme d’habitude), aviateur hors pair, mais de caractère sombre, est l’objet de moqueries. Mais Herbillon va, sans problème, sympathiser avec lui.
Le reste du film va découler de cette situation initiale avec une logique implacable. Le côté prévisible de l’action principale (la maîtresse d’Herbillon n’est autre que la femme de Maury) est largement compensé par le talent avec lequel Litvak déjoue les pièges du mélo, en évitant tout pathos (sauf dans une scène conclusive dont, honnêtement, le film aurait pu se passer, mais qui ne parvient pas à ternir la qualité de l’ensemble).
L’alternance réussie entre scènes de guerre et mélodrame ; la volonté de réalisme ; la finesse de l’écriture des dialogues et de la description des personnages ; la capacité à éviter les pièges du film larmoyant… Tout cela contribue avec bonheur à faire de L’équipage un très beau film, émouvant et émaillé de scènes remarquables.

Une très belle édition

Et, disons-le, un film très bien servi par cette édition. La restauration nous fournit une copie visuellement remarquable, et dotée d’une bande-son impeccable. Quant aux suppléments, ils permettent de remettre L’équipage dans son contexte.
D’abord, l’édition Pathé nous propose de voir des actualités d’époque, qui vont traiter aussi bien de l’aviation pendant la Première Guerre Mondiale que de l’entrée de Joseph Kessel à l’Académie Française.
Ensuite, nous avons un très bel entretien croisé de trois spécialistes du cinéma qui replacent le film dans de multiples contextes : au sein de la filmographie de Litvak, dans la carrière de son actrice Annabella et dans le cadre des films sur la Grande Guerre. C’est aussi passionnant qu’instructif.
En bref, cette édition est à recommander, pour découvrir dans les meilleures conditions possibles un film remarquable un peu oublié de nos jours.

L’équipage : bande annonce

Caractéristiques techniques

DVD • 1.37 • N&B • 99 min
LANGUES : Français mono 2.0 – Audiovision
SOUS-TITRES : Anglais – Sourds et malentendants
Infos techniques Blu-ray :
BLU-RAY • 1.37 • N&B • 104 min
LANGUES : Français DTS mono 2.0 – Audiovision
SOUS-TITRES : Anglais – Sourds et malentendants
Suppléments :
L’éloge du mensonge :
Entretiens autour du films (44 min)
Actualités Pathé d’époque :
“Alerte à un camp d’aviation” – 1916 (3 min) / “Joseph Kessel rentre à l’Académie Française” – 1964 (1 min) / “Les aviateurs” – 1915 (5 min) / “Guynemer, héros de l’aviation” – 1917 (1 min)
Prix : 19.99€ TTC
Sorti du combo : 24 avril 2019

 

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Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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