« La Dernière séance » : transitions au Texas

Voilà qui devrait ravir tous les cinéphiles : La Dernière séance sort en Blu-ray et en version restaurée Director’s Cut. Avec, en prime, un entretien avec Peter Bogdanovich et un documentaire de plus d’une heure sur la préparation, le tournage et la postérité du film.

La Dernière séance occupe une place à part dans l’histoire du cinéma. Chez Peter Bogdanovich, le film est confortablement installé entre les chefs-d’œuvre La Cible et Paper Moon. On a connu pire destin. Dans le Nouvel Hollywood, il a la réputation d’être le dernier métrage de facture classique, mais aussi la pointe avancée du pessimisme chez les néo-cinéastes (barbus ou pas) qui émergent à l’aube des années 1970. Pour tous ceux qui se montrent sensibles aux protagonistes entrant dans l’âge adulte ou aux villes érigées en personnages à part entière, c’est un open bar post-Code Hays, donc affranchi de tous les carcans du puritanisme.

Filmé en noir et blanc, porté par une tripotée de comédiens talentueux – Ben Johnson, Cybill Shepherd, Cloris Leachman, Jeff Bridges, Ellen Burstyn – La Dernière séance place le spectateur face à une géographie dont la typologie n’est autre que celle du désespoir : la ville d’Anarene n’a rien à faire valoir, si ce n’est un modeste bistrot, un vieux cinéma et un café-restaurant. C’est donc en toute logique que les jeunes la fuient sans se retourner, ou y tuent le temps en s’adonnant, de manière inconséquente, aux plaisirs de la chair. « La ville est bien trop petite pour quoi que ce soit », et c’est peut-être la raison pour laquelle l’adultère y a pignon sur rue et que les expéditions au Mexique – prémisses du road movie – constituent à la fois un événement et une cuisante déception.

L’Amérique rurale mise à nu, la jeunesse étudiée par la voie du désespoir, il restait à Peter Bogdanovich à évoquer ce qu’il connaît le mieux : le cinéma. C’est chose faite avec une salle de quartier progressivement dépeuplée, car incapable de faire face à la montée en puissance de la télévision. Là encore, un pessimisme mâtiné de pathétisme vient s’immiscer au cœur du propos. En plus de redécouvrir un monument du Nouvel Hollywood en version restaurée HD, cette édition Blu-ray permet d’en apprendre davantage sur le tournage du film, sur le recrutement des acteurs et sur ce que La Dernière séance représente pour l’équipe qui l’a façonné, grâce à des bonus pour le moins généreux – dont un documentaire indispensable de Laurent Bouzereau.

Bande-annonce : La Dernière séance

Synopsis : Dans une petite ville du Texas, au début des années 1950, les distractions se limitent à un café et un cinéma, qui appartiennent au vieux Sam. Sonny, Duane et leurs petites amies tuent le temps comme ils le peuvent et parfois tombent amoureux. Sam semble être le seul adulte capable de comprendre ces jeunes en proie au désœuvrement, et déjà en quête existentielle. Sa mort vient rompre un équilibre fragile. La café et le cinéma ferment, les relations se tendent et chacun emprunte un parcours différent…

Fiche technique : La Dernière Séance

Titre original : The Last Picture Show
Réalisation : Peter Bogdanovich
Scénario : Peter Bogdanovich et Larry McMurtry
Musique : Phil Harris
Photographie : Robert Surtees
Montage : Donn Cambern
Société de distribution : Columbia
Durée : 1h58
Genre : Drame
Date de sortie : 22 octobre 1971

BD 50 – Master Haute Définition – 1080/23.98p – Encodage AVC
Version originale/version française DTS-HD Master Audio 1.0 – Sous-titre français
Format 1.85 respecté – Noir et blanc – 126 min.

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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