Time and Tide : le Big-Bang de Tsui Hark en HD chez Carlotta

Carlotta vient de frapper un grand coup. Pourtant rompu aux titres prestigieux et aux auteurs reconnus, l’éditeur ajoute une pierre de taille à son édifice avec le Time And Tide de Tsui Hark, qui n’avait alors jamais eu l’attention d’une édition DVD/Blu-Ray digne de ce nom. Et pour cause : malgré son importance dans la filmographie de son auteur, Time and Tide éprouve quelques difficultés à sortir du culte de niche dans lequel il est cantonné depuis sa sortie.

Contenu

Une réalité dont Carlotta semble avoir pris conscience lors de la conception du coffret. En effet, les intervenants réunis par l’éditeur courtisent chacun trois chapelles cinéphiles distinctes. Comme pour s’assurer de ne rien laisser au hasard et entériner une bonne fois pour toutes l’importance qui n’est pas encore tout à fait reconnue au film.

Ainsi, on laissera la parole aux autres pour revenir sur le film, dont nous vous avions déjà chroniqué le génie avant-gardiste il y a quelques mois. Star de la web-cinéphile bien connue des amateurs de Chroma et Crossed, Karim Debbache (dans une intervention franchement succincte en comparaison de celle de ses confrères) aborde l’art très singulier de la mise en scène chez Tsui Hark. Ancien rédacteur en chef des Cahiers du cinéma (entre autres), Charles Tesson revient sur la place occupée par le réalisateur en général et Time and Tide en particulier dans l’histoire du cinéma hongkongais. Collaborateurs du cinéaste et grand prosélytes du cinéma asiatique dans les années 90, Laurent Courtiaud et Julien Carbon sont également les réalisateurs du très sympathique Les Nuits rouges du bourreau de Jade. Le duo revient volontiers sur la méthodologie de travail du réalisateur, et son impact direct sur sa création.

Un plateau riche pour une œuvre dense, et surtout une segmentation judicieuse qui permet aux uns et aux autres de parler du même homme mais pas de la même chose. Et surtout les harmonise vers un propos commun.

Car l’intelligence du travail éditorial effectué ici se mesure autant à la qualité individuelle des interventions qu’à l’effet produit par leur agencement. Les analyses des intervenants rebondissent les unes sur les autres pour générer ensemble et en creux un portrait collectif et passionnant de Tsui Hark. Un cinéaste inféodé à l’idée de carrière, hyperactif compulsif et visionnaire branché sur le présent immédiat. Un artiste qui a fait de sa filmographie un laboratoire de recherche et développement en temps réel. Il y a des films plus mineurs que d’autres chez le réalisateur mais pas moins importants : les expériences inabouties de l’un constituant le terreau de la réussite du suivant. Tsui Hark fait partie de ces cinéastes qui unissent tous les compartiments de leur art au diapason de leur iconoclasme. Le confort d’une marque de fabrique vaut peu de choses face à la liberté de faire table-rase (y compris eux même), y compris de lui-même.

Le monde est un cycle permanent de recommencements dont il faut saisir la vibration chaotique pour faire acte de création. Une profession de foi qui a rarement trouvé plus belle itération que dans Time and Tide. A noter, cerise sur le gâteau, un commentaire audio de Sifu Hark himself, qui entre deux anecdotes sur le tournage, décortique certains de ses choix de mise en scène (notamment l’usage de l’arrêt sur images).

Film

Time and Tide fait partie de ces films dont les principes de mise en scène font de sa remasterisation une tâche potentiellement ingrate. Car tant pour des considérations purement picturales que pour ses parti- pris  expérimentaux, Time and Tide n’est pas une oeuvre qui invite à la contemplation. En effet, la particularité du film réside notamment dans la propension de Tsui Hark à « amputer » la vision du spectateur pour générer sa participation. Cadrages qui dévient du point d’attention, montage qui « enlève » des plans pour malmener une représentation continue, scènes d’action qui fractionnent la perception… Tsui Hark s’empare du regard du spectateur pour mieux mobiliser son cortex cérébral afin de reconstituer ce qui n’est pas montré.

Remasteriser une telle œuvre, c’est donc fatalement s’exposer à ce que son travail passe sous le radar du spectateur. A moins d’attenter à l’intégrité du film en essayant de se faire remarquer au détriment de ses parti-pris.

Or, c’est tout à l’honneur de l’éditeur de rester au service du film jusqu’au bout. Pas d’étalonnage trifouillé pour accentuer artificiellement les couleurs ou de netteté de l’image gonflée au réducteur de bruit ici. Le piqué (superbe) reste en permanence dans les tons voulus par le réalisateur, l’ambiance visuelle bénéficiant ainsi subtilement mais réellement du boulot effectué (sauf peut-être pour « éclairer » les explosions numériques made in HK en 2000). Un vrai beau travail extrêmement complet qui fait déjà les gros yeux à votre portefeuille. Pas la peine de tenter le duel de regard.

Retrouvez la plume de Guillaume sur son blog Critique sa mère!

Caractéristiques du Blu Ray :

Film restauré HD
Collection édition prestige limitée n°8
Édition prestige limitée à 3000 exemplaires
Contient :
– le combo Blu-ray + DVD du film
– le fac-similé du dossier de presse d’époque
– un livret exclusif (28 pages) :
. Fac-similé du dossier dédié à Tsui Hark dans Le Cinéphage n°13
. « La Renaissance par le chaos », essai inédit par Arnaud Lanuque
– l’affiche du film (40 x 60)
– 16 reproductions de lobby cards

Contenu additionnel :

Commentaire audio de Tsui Hark (VOST)
« Time And Tide » par Karim Debbache, créateur de la web-série « Chroma » (10′)
« Action vérité » : entretien avec Charles Tesson (historien du cinéma) (20′)
« Le Tout-Puissant » : entretien avec Julien Carbon et Laurent Courtiaud (réalisateurs et scénaristes) (24′)
Bande-annonce

time-and-tide-tsui-hark-blu-ray

 

 

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Guillaume Meral
Guillaume Meralhttps://www.lemagducine.fr/
"Titulaire d'un master en filmologie et actuellement en doctorat, Guillaume a déjà travaillé pour quelques médias avant de rejoindre l'équipe. Fan de James Cameron et George Miller, dévot de Michael Mann et Tsui Hark, groupie de John Woo et John Carpenter, il assure néanmoins conserver son objectivité critique en toutes circonstances, particulièrement pour les films qu'il n'aime pas (en gros: La Nouvelle-Vague, les Marvel et Denis Villeneuve). Il aime les phrases (trop) longues, la douceur sémantique de Booba et Kaaris, et le whisky sans coca"

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