Vaiana, un film de Ron Clements et John Musker : Critique

Pour les futures vacances de Noël, les studios Disney livrent Vaiana, la légende du bout du monde, leur tout nouveau film d’animation. Une histoire de princesse divertissante qui renouvelle grandement le genre.

Synopsis : Afin de sauver son peuple en proie à un dérèglement de la nature, la jeune Vaiana décide de partir à la recherche du demi-dieu Māui – qui avait jadis réveillé une force obscure en volant une pierre sacrée-, afin de lui remettre celle-ci et de la remettre en place. Un long périple à travers l’océan s’offre à Vaiana, qui devra faire preuve de talents de navigatrice nécessaires afin de faire face à des créatures monstrueuses et des traditions anciennes… 

Le renouveau du film de princesse

Après nous avoir emmenés au pays du froid avec La Reine des Neiges il y a de cela trois ans, les studios Disney ont décidé de nous faire voyager cette fois-ci sous le soleil. Celui de la Polynésie, afin de nous conter leur nouvelle histoire de princesse. Au programme de ce Vaiana tant attendu (le projet est lancé depuis plusieurs années) : le retour du duo de réalisateurs Ron Clements/John Musker (entre autres La Petite Sirène, Aladdin, Hercule, La Princesse et la Grenouille…) qui se lance pour la première fois dans l’animation 3D, afin de raconter les péripéties de Vaiana, une princesse portant l’étiquette de « modernité » au sein même du studio.

Du côté de l’histoire, le nouveau long-métrage Disney remplit aisément son cahier des charges en proposant une histoire somme toute classique mais ô combien efficace. Celle de la fille d’un chef qui, pour le besoin de son peuple, va braver mille dangers afin de sauver celui-ci. S’offre alors à elle un long et périlleux voyage fait de rencontres, d’instants forts (le film saura vous toucher) et de franches rigolades qui lui permettront d’évoluer, de comprendre sa destinée et ses racines (thématique d’ailleurs au centre même de l’intrigue). Le tout baigné dans les légendes polynésiennes, qui sont toutefois adaptées librement comme à l’habitude du studio. Pour l’exemple, prenez les Kakamoras : esprits maléfiques réduits ici à de minuscules pirates jugés mignons par l’héroïne. Malgré ce petit à-côté que verront les plus pointilleux en matière de références, la majorité du public, et en particulier les plus jeunes, saura apprécier cette aventure comme il se doit. Même si le rythme n’est pas aussi régulier que prévu (baisse de régime en milieu de parcours) et que l’humour est un peu trop répétitif par moment (le coq Hei Hei).

Et pourtant, derrière ce schéma scénaristique vu et revu, Vaiana se présente avec le récent Zootopie comme l’un des films d’animation Disney les plus matures qui soient. Alors que certaines œuvres avaient amorcé le renouveau en matière d’histoire de princesse en se jouant des clichés du genre (Rebelle de Pixar, La Reine des Neiges et Maléfique), Vaiana va encore plus loin dans la modernité et la manière qu’ont les studios Disney de raconter ce genre d’histoire. Bien que le long-métrage soit considéré comme un film de princesse, il en évite tous les poncifs. Ici, point de demoiselle en détresse ! Juste la fille d’un chef, hautement indépendante, partant d’elle-même à l’aventure. Nulle trace de prince charmant ! Seulement un demi-dieu « théâtral » n’allant pas au-delà d’une profonde et sincère amitié. L’antagoniste principal ? Sans rien révéler sur son identité, il n’est en aucun cas le Mal incarné ! Ajoutez à cela des répliques allant dans ce sens (« Je ne suis pas une princesse ! Je suis fille de chef ! ») mais également dans l’autodérision (« Si tu chantes, je te baffe ! »). Bref, un vent de fraîcheur plus que bienvenu, donnant à Vaiana une ampleur à ne pas négliger. Il est cependant dommage qu’après avoir contourné les clichés, le film se laisse tout de même aller à d’autres archétypes discutables. Tels les personnages comiques et inutiles à l’intrigue, ou encore le retournement de situation hautement prévisible (l’acolyte laissant tout tomber pour finalement revenir à la dernière minute).

Côté animation, Vaiana s’en sort avec les honneurs ! En même temps, les studios Disney nous ont rarement déçus de ce côté-là ! Sauf peut-être avec La Reine des Neiges, qui n’avait pas un visuel aussi élaboré que Raiponce, Les nouveaux héros et Zootopie. Et avec un budget s’élevant à près de 150 millions de dollars, Vaiana n’avait pas intérêt à se planter à ce niveau ! Fort heureusement, le long-métrage est un véritable régal pour la rétine, proposant une animation fluide et grandement colorée. Le duo Ron Clements/John Musker se permet même quelques petits trips visuels rarement vus dans ce genre de production (surbrillance et fluorescence d’éléments de personnage, incrustation d’animation 2D à la manière d’un papier), qu’il avait déjà expérimenté dans La Princesse et la Grenouille. Mais là où Vaiana marquera les esprits, plus que son visuel polynésien, c’est par le biais de l’océan. Pour la première fois, l’eau n’est pas une simple surface mouvante faite par ordinateur mais bel et bien… de l’eau !  Rarement celle-ci  nous avait paru si réaliste, affichant toute sa clarté, ses mouvements (les courants, son aspect légèrement floutée, l’écume…) et sa présence, se présentant pour le coup comme un personnage à part entière.

Et la bande originale, dans tout cela ? Impossible de ne pas en parler quand on évoque une œuvre Disney, n’est-ce pas ? Sans véritablement se montrer marquante, celle de Vaiana assure convenablement le spectacle. Le film d’animation, comme pour les contes précédents, alterne avec générosité entre compositions de fond et séquences chantées. Mais il le fait avec un déséquilibre pour le moins frustrant. En effet, Vaiana propose de sympathiques chansons (mention spéciale à celle de l’Explorateur et la principale, Le bleu lumière) mais, comme ce fut le cas avec La Reine des Neiges, mal réparties. Et pour cause, vous aurez quasiment toutes les chansons au début du film, ce qui peut faire décrocher le spectateur le plus difficile. Du côté des compositions, l’inégalité est aussi de mise, balançant entre des airs qui « comblent le vide » et des envolées polynésiennes qui ensoleillent les cœurs. Malgré ce constat, l’ensemble se laisse écouter non sans déplaisir, et il y a suffisamment de matière pour emporter le public.

Au final, pas grand-chose à dire de ce nouveau cru des studios Disney. Si ce n’est qu’il remplit amplement son office, celui d’être le divertissement de Noël idéal. Les plus jeunes apprécieront sans l’ombre d’un doute. Les adultes peut-être un peu moins à cause des défauts cités plus haut. Mais Vaiana se révèle être le renouveau dont Disney avait besoin, notamment en matière d’histoire de princesse. De quoi rafraîchir sa filmographie et de réconcilier son public qui pouvait se lasser à la longue !

Vaiana, la légende du bout du monde : Bande-annonce

Vaiana, la légende du bout du monde : Fiche technique

Réalisation : Ron Clements, John Musker, Don Hall et Chris Williams
Scénario : Ron Clements, John Musker, Don Hall, Chris Williams, Pamela Ribon, Aaron Kandell, Jordan Kandell et Jared Bush
Doublage VO/VF : Auli’i Cravalho/Cerise Calixte (Vaiana), Dwayne Johnson/Anthony Kavanagh (Māui), Rachel House/Christine Delaroche (Grand-Mère Tala), Temuera Morrison/Jean-Luc Guizone (Chef Tui), Jemaine Clement/Adrien Antoine (Tamatoa), Nicole Scherzinger/Mareva Galanter (Sina), Louise Bush/Mila Pointet (Vaiana enfant), Alan Tudyk (Hei Hei)…
Montage : Jeff Draheim
Musique : Opetaia Foa’i, Mark Mancina et Lin-Manuel Miranda
Producteur : Osnat Shurer
Productions : Walt Disney Pictures et Walt Disney Animation Studios
Budget : 150 M$
Distributeur : Walt Disney Studios Motion Pictures
Genre : Animation
Durée : 103 minutes
Date de sortie : 30 novembre 2016

États-Unis – 2016

 

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Sebastien Decocq
Sebastien Decocqhttps://www.lemagducine.fr/
Se droguant avec Jurassic Park, Les Dents de la Mer, Independence Day, E.T. et Indiana Jones à l'âge de 6 ans (même moins pour certains), autant dire que le cinéma était une passion d'emblée. Qui continue à s'élargir au fil des années, à tel point que j'espère un jour en faire mon métier (scénariste, réalisateur, critique... tout est bon !). A mon actif, quelques montages vidéos et un semblant de court-métrage en réserve, je préfère toutefois encore plus m'enfouir dans une salle de cinéma et me laisser transporter par ce que propose le grand écran. Que ce soit un plaisir coupable comme les comédies musicales ou les gros blockbusters d'un certain Michael Bay (je sens la foudre s'abattre sur moi !). Ou bien de véritables chefs-d'oeuvre. Quoiqu'il en soit, du moment que c'est signé par Nolan, Cameron, Spielberg et Burton, je fonce littéralement payer mon ticket.

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