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Lorenzo : le film de « combat médical » de George Miller enfin en DVD/Blu-ray

C’est un petit événement que nous a concocté Elephant Films, avec cette toute première sortie DVD/Blu-ray d’une œuvre méconnue de George Miller. A mille lieues de la poussière et des machines infernales de Mad Max, le cinéaste australien, pour sa seconde production américaine, livre un drame médical qui évite farouchement d’épouser les codes du mélodrame attendu. Un peu trop ? Découverte d’un film quelque peu inclassable.

George Miller, réalisateur « culte » s’il en est, est un artiste rare : une carrière démarrée au crépuscule des années 1970 pour, à ce jour, moins d’une dizaine de long-métrages à son actif. Entre la trilogie Mad Max inaugurale et le retour aux premières amours quelque trois décennies plus tard (Mad Max : Fury Road, 2015), son parcours est souvent ignoré. Pire : snobé. Son détour par les films pour enfants (les deux opus de Babe – un seul en tant que metteur en scène – et de Happy Feet) lui valut une large reconnaissance, mais il est considéré comme une expérience à part entière. La « parenthèse » américaine de l’artiste australien subit souvent un sort encore plus injuste, puisqu’elle est tout simplement oubliée. Pour preuve, ce désintérêt des distributeurs vis-à-vis de Lorenzo (Lorenzo’s Oil en version originale), film médical tourné en 1992 et resté inédit à ce jour. Un constat pour le moins étonnant en tenant compte de la réputation de son auteur ! Cette anomalie est aujourd’hui enfin corrigée.

En 1985, lorsque sort son troisième volet Beyond Thunderdome, la saga Mad Max semble conclue pour de bon. Miller lui-même faillit ne pas aller au bout de l’aventure, le film étant marqué par la mort accidentelle de son producteur et ami Byron Kennedy. Mel Gibson, de son côté, sembla s’être envolé pour de bon vers les cimes hollywoodiennes… Deux ans plus tard, le cinéaste imite son comédien et traverse l’océan Pacifique pour tenter sa chance aux États-Unis. L’expérience des Sorcières d’Eastwick s’avérera presque traumatisante pour un Miller décontenancé par des habitudes de production qui lui sont complètement étrangères, et qui ne doit qu’au talent de persuasion de Jack Nicholson d’être allé au bout du tournage. Cette comédie fantastique, marqué d’une empreinte typiquement ‘80s, se laisse regarder aujourd’hui, mais ne restera certainement pas dans les annales du Septième Art… Dégoûté, Miller retourne alors dans sa terre natale et se consacre à des missions de production.

L’homme prend ainsi ses distances pendant cinq ans, mais finit pourtant par revenir aux États-Unis pour un nouveau projet, entrepris cette fois de manière très autonome. Ayant poursuivi des études de médecine dans sa jeunesse, George Miller nourrit un vif intérêt pour le sujet. Le film est basé sur l’histoire vraie de la famille Odone, dont les parents Augusto et Michaela se sont investis corps et âme, durant de nombreuses années, dans un combat contre la maladie de leur fils Lorenzo, diagnostiquée à l’âge de six ans. Le mal se nomme adrénoleucodystrophie, une pathologie rare et incurable qui s’attaque au système nerveux, touchant essentiellement de jeunes garçons entre 5 et 10 ans. Elle entraîne la surdité, la perte de la parole, la cécité et ensuite la paralysie jusqu’à ce que mort s’ensuive. La survie des enfants n’excède en général guère quelques années. A force de recherche et d’investissement acharnés, largement en marge des protocoles médicaux, les parents Odone testèrent un traitement à base de ce qui sera qualifié en leur honneur « d’huile de Lorenzo », un mélange d’acides oléique et érucique. Le traitement n’est pas miraculeux et ses preuves cliniques n’ont pas encore pu être établies, ce qui en fait un sujet de controverse dans le monde médical. Mais il a en tout cas permis de ralentir les symptômes de la maladie, et Lorenzo a ainsi vécu jusqu’à 30 ans (il est décédé en 2008), deux décennies de plus par rapport aux prédictions médicales.

Le moins que l’on puisse dire est que Lorenzo est un projet tout à fait à part dans la filmographie de George Miller. Le tire-larmes n’a jamais constitué le fonds de commerce du cinéaste australien, et il assume ici cette position stoïquement. Les symptômes de la pathologie sont montrés dans le film avec une sècheresse et une frontalité qui rendent plusieurs scènes franchement éprouvantes (il faut souligner la prestation du jeune Zack O’Malley Greenburg, dont Lorenzo est le seul film et qui travaille aujourd’hui pour le magazine Forbes (!), dans ce rôle difficile). En guise de contre-point, Miller s’intéresse – et c’est suffisamment rare dans ce genre de films pour être souligné – à l’aspect purement médical de la maladie, plus spécifiquement le fait que les parents Odone se sont pour ainsi dire lancés dans de véritables études médicales, en autodidactes, afin d’identifier de potentiels traitements. Si ce fait, authentique qui plus est, méritait assurément d’être mis en lumière, il implique cependant dans l’approche du cinéaste une évacuation presque programmatique du pathos, jusqu’à provoquer un certain malaise. La prestation de Susan Sarandon (avec laquelle Miller collabora déjà sur Les Sorcières d’Eastwick), actrice expressive s’il en est, dans le rôle de Michaela, laisse ainsi perplexe, tant le personnage est enfermé dans une farouche volonté de combattre sans céder aux émotions, envers et contre tout/tous. Le film laisse alors une impression forte, mais semble vouloir imposer une distance au spectateur… Face à Sarandon, l’interprétation très convaincante de Nick Nolte dans le rôle d’Augusto ne suffit hélas à faire oublier une grossière erreur de casting. Le comédien aux origines 100% germaniques est supposé interpréter un personnage italo-américain, et l’accent italien qu’il a adopté confère au film un petit parfum de ridicule qui vient compléter un cocktail décidément déroutant…

SUPPLÉMENT

Dans un bonus très éclairant, l’invité Rafik Djoumi, journaliste et ancien rédacteur en chef de l’émission BiTS sur Arte, resitue très bien Lorenzo dans son contexte. Il qualifie l’œuvre de vrai film de guerre, George Miller se concentrant essentiellement sur l’aspect médical (par inclination personnelle) et sur la notion de combat acharné de ces parents qui ont pris leur destin en mains et ont refusé de respecter le strict protocole médical afin de tenter de sauver la vie de leur fils. Même si on respecte bien sûr cette lutte incroyable et la prouesse scientifique de ces deux néophytes, le film pose une question hélas non abordée par Djoumi, celle de la frontière entre le combat et l’acharnement. Certes, Lorenzo Odone a vécu jusqu’à 30 ans, bien plus longtemps que les pronostics les plus optimistes, mais à quel prix ? On peut légitimement se demander quelle fut la qualité de vie du jeune homme, emprisonné pendant des décennies dans un corps presque inerte, après plusieurs années de souffrances terribles avant que le traitement trouvé par ses parents permette de stabiliser sa condition…

Bien vu : Rafik Djoumi impute le sévère échec commercial du film surtout… à son affiche, qui laisse penser à un mélodrame du dimanche, ce qu’il n’est assurément pas. Ironie du sort, Djoumi rappelle que ce mélodrame… existe : Voglia di vivere, un téléfilm italien diffusé en 1990 ! Dans tous les cas, Lorenzo est une œuvre qui ne rentre dans aucune « case », un OVNI cinématographique. Malgré nos réserves, les qualités du film et de son metteur en scène méritaient bien une sortie DVD/Blu-ray en bonne et due forme. Mieux vaut tard que jamais.

Synopsis : En 1984, Augusto et Michaela Odone apprennent que leur fils de cinq ans, Lorenzo, est atteint d’une maladie rare, réputée incurable, l’adrénoleucodystrophie (ALD), qui provoque la détérioration brutale et irréversible du système nerveux. Totalement étrangers au monde médical et scientifique, les Odone vont se battre pour leur fils. Le couple s’acharne à mettre au point son propre traitement : l’huile de Lorenzo…

Lorenzo : Bande-annonce

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