Les Carrefours de la ville : l’efficacité de Rouben Mamoulian en Blu-ray chez Rimini

Depuis le 10 décembre dernier est disponible en Blu-ray et DVD pour la première fois en France Les Carrefours de la ville (City Streets). Le long métrage, réalisé par Rouben Mamoulian et considéré comme l’un des prémices du film noir, est à (re)découvrir dans une édition vidéo signée Rimini.

Synopsis : Les États-Unis, durant la Prohibition. Afin de développer son trafic d’alcool, le gangster Maskal n’hésite pas à tuer pour s’approprier de nouvelles brasseries. Il est épaulé par Pop Cooley, son fidèle et redoutable homme de main. Nan, la fille de Cooley, est amoureuse du Kid, qui travaille dans un stand de tir forain. Elle aimerait qu’il rejoigne le gang, mais il s’y refuse. Jusqu’au jour où Nan est emprisonnée…

Un film de Rouben Mamoulian

On pourrait revenir sur l’importance historique des Carrefours de la ville, la manière dont il s’intègre dans le genre du film noir et dans l’histoire du cinéma et de l’image en mouvement. Mais laissons la première réflexion au spécialiste Alexandre Clement, interviewé dans le complément de l’édition, et ces autres lourdes missions à des recherches et des écrits plus à même de les soutenir comme il se doit. Cela dit, posons la chose, la vision du film impose un premier constat : celui d’une efficacité narrative formidable déployée par le cinéaste Rouben Mamoulian. Le réalisateur épate ici par sa maîtrise du medium cinématographique et de ses outils toujours au service du récit, sans aucune esbroufe. On pense  à ce mouvement de caméra (et donc des images) qui épouse celui de la bière et de marché lors d’une introduction formidablement efficace. On peut aussi se remémorer cette courte scène dans laquelle la jeune Nan est filmée par la caméra qui, même lorsqu’on la voit quitter le cadre, est visible grâce à un miroir bien placée qui assure le contre-champ. Ce qui permet de porter l’enjeu jusqu’au terme de la scène. Enfin, on peut vous décrire cette séquence grisante pendant laquelle Pops accompagne son futur ex-patron dans le couloir de l’immeuble. Le patron avance, visible dans le champ, tandis que l’ombre de son homme de main ne fait que prendre de l’ampleur au fur et à mesure qu’il avance dans le corridor. Cela jusqu’à ce le chef lui demande son arme. Alors la menace du gangster régresse tandis que l’ombre est tout à coup diminuée. Et que faire d’autre qu’être épaté face au trouble intime de Nan qui, emprisonnée, imagine en voix-off le meilleur et le pire du potentiel avenir qui l’attend elle et Kid.

Au-delà de l’objet historique qu’il constitue, les Carrefours de la ville est une formidable  expérience de cinéma, et surprendra bien des regards formés (du cinéphile au cinéaste) par l’évidence et l’audace qui portent le métrage.

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Cooper et Sidney, formidable duo d’acteurs efficaces dans Les Carrefours de la ville.
Copyrights : Universal Pictures, Rimini Editions.

City Streets Blu-ray

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Gary Cooper, un cowboy dans la ville.
Copyrights : Universal Pictures, Rimini Editions.

Les Carrefours de la ville se dévoile avec un master plus ou moins satisfaisant. Si le rédacteur de DVDClassik s’avère relativement déçu par cette sortie HD, on est de notre côté, comme Regard Critique, plutôt satisfaits par le rendu video. En effet, le film de 1931 se dévoile avec une image relativement stable et à la définition correcte. Bien sûr, des arrière-plans souffrent cruellement de flou et même de grain au point que ces portions visuelles tiennent de la bouillie. On note aussi, ici et là, des griffes, des points blancs et une perte de définition sur les plans truqués (avec des surimpressions par exemple). On remarque, à l’inverse, une stabilité d’image correcte, et une précision bienvenue sur les plans moyens et serrés (gros plans et inserts). Aussi l’image est accompagnée par un rendu sonore formidable, loin de subir les saturations sonores éprouvées sur de nombreuses éditions vidéo, encore récemment. De façon générale, Rimini propose donc un master satisfaisant, surtout si l’on tient compte de l’âge du film et du fait qu’une meilleure copie risque d’être difficile, peut-même impossible à obtenir et à numériser sans destruction du support. N’oublions pas que nombre de films (copies d’exploitation comme négatifs) ont été détruits, jetés, vendus, ou ont juste disparu sans notes de traçage. DVDClassik nuance leur propos en considérant qu’il n’y a pas que des problèmes liés à l’âge de la copie. Certains seraient propres au fichier vidéo, tels qu’un manque de « grain dans les hautes lumières » et l’impression d’une image « vaguement argentique en basse lumière ».

On regrettera toutefois un élément dans cette édition : que Rimini nous dégote ce trésor oublié est formidable, qu’il ne l’accompagne que de l’entretien avec un spécialiste du film noir est dommage. Le bonus est intéressant, mais trop court pour traiter en profondeur des Carrefours de la ville. Sont ainsi rapidement évoqués en 16 minutes par Alexandre Clément : Dashiell Hammett et son rapport à Hollywood avec la vente de ses récits, Rouben Mamoulian et son apport sur le long métrage, et la place de ce dernier dans le genre du film noir. Le spécialiste revient d’ailleurs avec enthousiasme sur ce genre, souvent mal cadré entre les débuts des années 1940 et 1958 (La Soif du Mal) alors qu’il s’agit de la période dite « classique » du genre qui n’a jamais cessé d’exister après cette année et qui trouve ses prémices avant les années 40, notamment avec Les Carrefours de la ville.

L’édition signée Rimini et distribuée par ESC se révèle être frustrante : on pouvait en attendre davantage, toutefois le résultat est relativement satisfaisant, surtout pour une première sortie DVD/Blu-ray française de ce grand film âgé de quatre-vingt dix ans, méconnu dans notre hexagone.

FICHE TECHNIQUE Combo DVD/Blu-ray – Les Carrefours de la villeLes-carrefours-de-la-ville-critique-film-sortie-bluray

1080p – 16/9 – 1.37 :1 (format respecté) – Images : Noir et Blanc – Audio : Anglais 2.0 mono DTS-HD Master Audio – Sous-titres : français – Disques : 2 – BD-50 – DVD-9 – Digipack – Éditeur : Rimini Éditions – Distributeur : ESC Distribution – Durée du film : 83 min.

Compléments

Interview de l’écrivain Alexandre Clément, spécialiste du film noir

Sortie le 10 décembre 2019 – Prix de lancement indicatif : 24,99€

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