Les 2 premières saisons de Myster Mocky Présente, en coffret DVD chez ESC

Après avoir déjà édité les DVD de certains des classiques de Jean-Pierre Mocky (Les Compagnons de la Marguerite, L’Ibis Rouge, Y a-t-il un Français dans la salle ?, La Cité de l’indicible peur…), les éditions ESC nous proposent cette fois-ci un premier coffret dédié à la série Myster Mocky Présente. Le coffret de 5 DVD contient les deux premières saisons, ainsi que trois épisodes “d’avant-saison”.

Bien entendu, actuellement, le nom de Jean-Pierre Mocky évoque surtout des comédies joyeusement anar’, telles que Le Miraculé, Les Saisons du plaisir, La Grande Lessive (!) ou Les Compagnons de la marguerite. Mais Mocky était également un fan de polars et de films noirs, et en a tourné quelques uns lui-même, comme Solo, Le Piège à cons ou L’Albatros.
Cette fascination pour le polar, ainsi que son rapprochement avec la Nouvelle Vague à la fin des années 50, explique que Mocky ait pu accompagner Truffaut lors du fameux entretien de celui-ci avec Alfred Hitchcock. Plus tard, Jean-Pierre Mocky va acquérir les droits de plusieurs nouvelles publiées dans Alfred Hitchcock magazine, des nouvelles qui n’avaient pas encore fait l’objet d’adaptation (ce magazine servait de vivier d’histoires pour la série Alfred Hitchcock présente…) et décide de les adapter lui-même.
Cela donnera d’abord trois épisodes de 26 minutes, au début des années 90, le réalisateur étant alors soutenu par des fidèles comme Jean Poiret, Daniel Prevost ou Jacqueline Maillan, puis l’aventure s’arrête là pendant une quinzaine d’années environ.
C’est en 2007 que la chaîne 13ème Rue propose à Mocky de reprendre son projet. Cela donnera la série Myster Mocky Présente, qui s’étendra sur quatre saisons et 56 épisodes (auxquels il faut ajouter les trois premiers, qualifiés “d’avant-saison”). Les éditions ESC nous proposent un premier coffret de 5 DVD comprenant les deux premières saisons et “l’avant-saison” de la série, soit, en tout, 27 épisodes de 26 minutes.

Le format va permettre à Mocky de se faire vraiment plaisir, et ce plaisir apparaît à l’écran lors de chaque épisode.
C’est d’abord le plaisir de retrouver une bande d’acteurs qui s’amusent à incarner les personnages de Mocky. Certains sont des habitués de Mocky (Dominique Zardi, Jean Poiret), d’autres sont plus inattendus (comme Michel Piccoli, par exemple), mais tous trouvent leur juste place dans l’œuvre du cinéaste et cela s’avère à chaque fois judicieux. Plusieurs générations du cinéma français se retrouvent ici, des “anciens” (Claude Brasseur, Pierre Mondy, Micheline Presle, Michel Galabru) comme des “jeunes” (Virginie Ledoyen, Bruno Putzulu, Louise Monot, Zoé Felix et même Stomy Bugsy).
Cela donne d’ailleurs des numéros d’acteurs parfois savoureux, comme cet épisode dans lequel Didier Bourdon tient une bonne demi-douzaine de rôles différents, ou plus dramatiques, comme celui de Brasseur en flic cherchant à faire chanter les membres d’un réseau pédophile. Dans l’avant-saison, Daniel Prévost nous livre un numéro formidable en homme ordinaire choisissant d’assassiner sa femme. On pourrait multiplier les exemples et parler, ainsi, de chaque épisode, mais pour faire court, précisons que Mocky ne se contente pas de cumuler les têtes d’affiche, mais qu’il sait toujours tirer le meilleur parti de ses interprètes (et même de sa propre personne, puisqu’il ne rechigne pas à jouer également).

L’autre avantage de ce format, c’est qu’il va permettre à Mocky d’explorer les multiples facettes du genre, le polar, le thriller, le film noir, et toujours en se focalisant sur des personnages presque “ordinaires” qui changent au fil des événements. Nous avons des gens qui s’improvisent tueurs, et d’autres qui sont plus habitués à la chose, voire même des professionnels (voir l’irrésistible Jean Poiret dans le premier épisode de l’avant-saison). Nous avons des policiers honnêtes, des policiers ripoux et même des détectives privés à l’ancienne renvoyant directement aux classiques américains du genre (voir l’excellent Tom Novembre, par exemple). Nous avons des femmes fatales, des arnaqueurs, des tueurs en série, des maîtres-chanteurs, des fugitifs, et même des innocents victimes des circonstances et des apparences (thème hautement hitchcockien s’il en est).
Ce qui semble intéresser Mocky, c’est le moment où le personnage tout à fait ordinaire passe de l’autre côté. Comment devient-on criminel ? Quelles sont les motivations ? Perturbation mentale pour les uns, dégoût par rapport à une situation maritale ou sociale pour d’autres : Mocky s’amuse à décortiquer les passages à l’acte, le franchissement d’une limite morale.
De plus, les multiples histoires développées ici permettent à Mocky de s’adonner à son sport favori, l’attaque contre les institutions du pays et de la bourgeoisie. Le mariage, la police, la justice, tout le monde en prend pour son grade. On trouve même des médecins plus malades que leurs patients, ou des représentants de l’ordre fortement tentés par le crime.

Comédies, drames, suspense : cette série Myster Mocky Présente nous propose un panel plutôt exhaustif des situations, des genres, des ambiances du polar. Que l’on soit fan de Mocky ou pas, Myster Mocky Présente est un petit plaisir, par sa joie communicative, par la qualité de l’interprétation, par la multiplicité des situations…

Caractéristiques :
Coffret 5 DVD
27 épisodes de 26 minutes
Format de l’image : 1,33 : 1
Compléments de programme :
Making Off

Festival

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Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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