Nouvelle sortie de films de Jean-Pierre Mocky en DVD chez ESC Editions

Voilà la troisième fournée de films réalisés par Jean-Pierre Mocky qui paraît en DVD chez ESC éditions. Au programme, quatre films dont deux des classiques du réalisateur, La Cité de l’indicible peur et Y a-t-il un Français dans la salle ?

La Cité de l’indicible peur, ou La Grande Frousse

Jean-Pierre Mocky précise que c’est Raymond Queneau qui lui a suggéré l’idée de réaliser l’adaptation de La Cité de l’indicible peur de Jean Ray. Le film est d’abord sorti en 1964 sous le titre La Grande frousse, puis un nouveau montage paraîtra dix ans plus tard sous le même titre que le roman ; c’est cette version qui nous est proposée ici.

La Cité de l’indicible peur est sans doute un des meilleurs films de Jean-Pierre Mocky, qui mêle avec bonheur satire politique et parodie de films fantastiques façon Hammer. L’inspecteur Triquet (Bourvil, génial et hilarant) est un policier bien peu ordinaire, qui n’aime pas emprisonner les gens (fussent-ils criminels) et qui ne supporte pas la peine de mort. Du coup, il se réjouit de voir un célèbre criminel qu’il avait arrêté bien malgré lui échapper de justesse à la guillotine.

Lancé à la poursuite du criminel, voilà notre policier si particulier qui débarque dans un étrange village qui porte le nom de Barges. Un village vivant dans la peur d’une bête monstrueuse qui décime les habitants.

Mocky exploite à merveille le décor pour implanter une ambiance angoissante : les rues de la petite ville auvergnate donnent un cadre gothique renforcé par le noir et blanc soigné ; une carrière d’ardoise offre un décor lunaire énigmatique. Il y a un grand soin apporté à l’image, ce qui n’est pas si fréquent chez Mocky.

C’est dans ce cadre que le récit fantastique sert surtout d’excuse à une critique acerbe de la bourgeoisie de province à travers une de ces galeries de personnages dont Mocky a le secret. Le casting est, forcément, génial : on retrouve ici Francis Blanche, Jean Poiret, Victor Francen, Jacques Dufilho et un très inattendu Jean-Louis Barrault. Tout ce beau monde entoure un Bourvil à l’aise en personnage lunaire et décalé. Un grand film.

Y a-t-il un Français dans la salle ?

Y a-t-il un Français dans la salle ? nous offre, lui aussi, un casting impressionnant : Victor Lanoux (dont on oublie parfois à quel point il pouvait être un excellent acteur), Michel Galabru, Jean-François Stévenin, Jean-Luc Bideau, Jacques Dutronc, Andréa Ferréol, Jacqueline Maillan ou Emmanuelle Riva, entre autres. Le film, co-écrit avec Frédéric Dard, ose la vulgarité assumée pour dresser un portrait politique au vitriol de la société française. On parle beaucoup de « baise », les personnages sont tous des obsédés sexuels (qu’ils soient homos ou hétéros, cela ne change pas grand chose).

Le personnage principal est un politicien de haut vol, Horace Tumelat, ancien ministre et président de son groupe parlementaire à l’Assemblée Nationale, homme méprisante et cynique. Deux événements vont littéralement changer sa vie et sa vision de la politique.

Tout d’abord son oncle se suicide et Tumelat ne parvient pas à trouver la lettre que celui-ci a laissée avant de se donner la mort. Or, cet oncle est le gardien d’un lourd secret, et un journaliste tourne autour de la maison avec insistance.

Ensuite, Tumelat va tomber amoureux d’une jeune fille de 17 ans (lui en a 55), fille de sa femme de ménage. Cet amour inattendu va littéralement transformer le personnage et l’élever au-dessus de la fange où gigotent les médiocres caractères du film.

Car dans Y a-t-il un Français dans la salle ?, à part ce Tumelat transcendé par l’amour, il n’y a pas vraiment un personnage pour sauver l’autre. Tout le monde en prend pour son grade, aussi bien la bonne bourgeoisie que le petit prolétariat, les policiers comme les journalistes. Ce n’est pas la seule classe politique qui est visée, c’est toute la France qui est visée dans son rapport aux politiciens. Entre les journalistes qui travaillent directement pour les hommes politiques et les flics ripoux abusant de leurs pouvoirs, en passant par la servilité de l’ensemble des Français devant les dirigeants du pays, Mocky attaque frontalement ce « manque de couilles » aussi bien dans la classe politique que dans la population en général.

C’est fait avec verdeur, en assumant la vulgarité de certains propos.

Le Témoin et Le Furet

A ces deux classiques s’ajoutent aussi deux autres films qui sortent également chez ESC : Le témoin, avec Philippe Noiret et Alberto Sordi, un thriller dans lequel un homme est soupçonné à tort du meurtre d’une jeune fille. Film sombre mais ponctué d’humour.

Le dernier film est aussi le plus récent du lot, Le Furet, avec Michel Serrault, Jacques Villeret et Robin Renucci. D’abord, Le Furet permet, par un hasard du calendrier, de rendre hommage à Dick Rivers, disparu récemment et qui joue ici sous la direction de Mocky. Ensuite, il s’agit d’une agréable petite comédie policière.

Chaque film est accompagné d’un entretien avec Mocky, qui explique les conditions de fabrication de son œuvre. Comme d’habitude, c’est peut-être un peu court, comme complément, mais l’important reste de voir ces films si particuliers qui font de Mocky un des réalisateurs les plus personnels (pour le meilleur ou pour le pire) du cinéma français.

Caractéristiques des DVD :

LA CITE DE L’INDICIBLE PEUR

Film de Jean-Pierre Mocky avec Jean PoiretJean-Louis BarraultBourvilFrancis BlancheVéronique NordeyVictor Francen,
Musique : Gérard Calvi
1972 – 90 mn – Image :16/9 Compatible 4/3 – Couleur, version remontée par Jean-Pierre Mocky de son film « La grande frousse » (1964) 

LE TEMOIN

Film de Jean-Pierre Mocky avec Philippe NoiretAlberto Sordi et Roland Dubillard
1978 – France – 90 mn –  Image : 16/9 Compatible 4/3 – Couleur.
D’après le roman de Harrisson Judd (Shadow of a Doubt) 

Y A-T-IL UN FRANÇAIS DANS LA SALLE ?

Film de Jean-Pierre Mocky avec Jacques DutroncMichel GalabruJacqueline MaillanDominique Lavanant, Andréa Féréol, Jacques Dufilho, Jean-François Stevenin, Jean-Luc Bideau, Emmanuelle Riva
D’après le roman de Frédéric Dard (qui a collaboré au scénario).
1982 – 106 mn – Image : 16/9 Compatible 4/3 – Couleur
Musique : Roger Loubet

LE FURET

Un film de Jean-Pierre Mocky avec Jacques VilleretMichel SerraultRobin RenucciMichael Lonsdale, Dick Rivers, Karl ZéroGéraldine Danon
D’après le roman de Lou Cameron (Un furet dans le métro). Musique : Vladimir Cosma
2003 – 90 mn – Image : 16/9 Compatible 4/3 – Couleur

 

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Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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