Le relais de l’or maudit, western à redécouvrir chez Sidonis Calysta

Sidonis Calysta continue d’étoffer sa passionnante collection de westerns en nous proposant une série B trop peu connue mais de grande qualité, Le Relais de l’or maudit, avec Lee Marvin, Donna Reed et l’incontournable Randolph Scott.

En voyant la maîtrise déployée dans ce film, il est difficile de croire que Le Relais de l’or maudit est la seule réalisation de Roy Huggins pour le grand écran. Selon imdb, Huggins réalisera également un téléfilm et un épisode de série, mais il se fera avant tout connaître comme scénariste et surtout comme producteur, pour des séries aussi essentielles que Le Fugitif (dont il sera produira également l’adaptation ciné avec Harrison Ford), Maverick, Le Virginien ou, dans les années 80, Rick Hunter.
Ce Relais de l’or maudit fait regretter que Huggins n’ait pas poussé plus loin sa carrière de réalisateur. Sens du rythme, gestion de l’espace, maîtrise de l’action, direction d’acteurs, le film cumule les qualités. De plus, Huggins va également en écrire le scénario, créant des personnages qu’il va faire évoluer, jouant avec les codes du genre et dessinant le portrait d’une Amérique profondément meurtrie et divisée après la Guerre de Sécession.
Le film commence très fort. Un groupe se prépare à attaquer un convoi. La scène qui en découle montre une grande maîtrise dans la mise en scène de l’action. Ce n’est qu’après l’attaque que l’on en apprend plus sur la situation. Nos “bandits” sont en fait des soldats confédérés (= Sudistes) qui avaient pour mission de s’emparer de l’or pour financer leur armée. Oui, mais ils apprennent alors que la guerre est finie depuis plusieurs semaines, et qu’ils ont donc été bernés par celui qu’ils appelaient toujours leur “commandant”.
L’une des intelligences du film est de montrer le difficile retour à la “vie civile”. Cela fait cinq années que tuer l’ennemi est justifié, que voler son or est justifié, et du jour au lendemain cela devient un crime. Pire : par méconnaissance et par anachronisme, pourrait-on dire, l’acte accompli par les protagonistes du film passe du statut d’action héroïque à celui de crime.
Commence alors une course poursuite de toute beauté, orchestrée par Yakima Carnutt, le cascadeur qui avait réalisé la course de diligence du Stagecoach de John Ford, et qui s’occupera aussi de certaines scènes de Ben Hur, Spartacus ou Khartoum. Les protagonistes sont poursuivis par des hommes qui se présentent comme des adjoints du shérif, mais qui se révéleront être de simples bandits, des brutes épaisses convoitant l’or eux aussi. La course poursuite se termine au relais qui donne son titre français au film, et l’essentiel du métrage prendra alors la forme d’un huis clos.
Le relais de l’or maudit est un film sans le moindre temps mort. En bon scénariste, Roy Huggins sait multiplier les enjeux, développer les personnages et alterner savamment scènes d’action et scènes plus calmes. Matt va être confronté à de multiples adversaires : ceux de l’extérieur, cherchant à les tuer pour garder l’or pour eux-mêmes (et, semble-t-il, assouvir aveuglément leur soif de violence) ; les otages qu’il a pris, et qui sont prêts à le trahir à chaque instant ; et surtout Rolph, son co-équipier qui pense continuer à vivre de la violence et qui est incarné par un Lee Marvin absolument parfait (entendre la voix grave et oppressante de Lee Marvin est, en soi, une raison suffisante pour voir le film en VO). Ces multiples situations permettent au film de se dérouler en capter tout le temps l’intérêt du spectateur.
A cela s’ajoute la description de cette Amérique toujours divisée et meurtrie par la Guerre de Sécession. Cette situation est incarnée par un personnage secondaire magnifique, la fille du tenancier du relais, interprétée par Jeanette Nolan (qui jouera l’année suivante dans le magnifique Règlement de comptes, de Fritz Lang, puis dans de nombreux westerns, certains dirigés par John Ford lui-même). Ce personnage a perdu son mari à Gettysburg, tué par les Sudistes, et son fils lors de l’attaque du convoi qui ouvre le film. Elle montre, à elle seule, toutes les fractures qui risquent de subsister longtemps après la fin de la guerre…
Le Relais de l’or maudit sait donc alterner intelligemment des scènes d’action, une tension permanente, mais aussi des séquences plus dramatiques, voire même sentimentales, autour du personnage interprété par Donna Reed. Tout cela permet au film de garder un rythme soutenu et de toujours susciter l’intérêt des spectateurs.

Ce film, trop rare, est présenté dans une copie restaurée et accompagné de deux bonus, deux commentaires. Le premier est un entretien avec Jean-François Giré, spécialiste du western (et surtout du western européen), qui livre une analyse du film et revient sur la figure de Yakima Canutt, ainsi que sur la place de ce film dans la filmographie de Randolph Scott (entre autres). Le second entretien est une présentation du film par le grand Patrick Brion, que l’on ne présente plus et que l’on a toujours plaisir à entendre.
L’ensemble constitue un beau cadeau pour les amateurs de westerns.

Caractéristiques du film :
Durée : DVD : 78 minutes / Blu-ray : 81 minutes
Langues : anglais, français
Sous-titres français
Format : 1.33, 16/9
Compléments de programme :
Présentation par Jean-François Giré (13 minutes)
Présentation par Patrick Brion (7 minutes)
Bande annonce

Le Relais de l’or maudit : bande annonce

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Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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