Le Justicier de Minuit et La Loi de Murphy : deux Bronson en DVD chez Sidonis Calysta

Bronson. Thompson. Cannon. Un trio gagnant pour deux films qui sortent en DVD chez Sidonis Calysta, deux classiques du cinéma d’action et de divertissement des années 80, Le Justicier de minuit et La Loi de Murphy.

Deux films de Jack Lee Thompson, avec Charles Bronson, pour le groupe Cannon. Donc, deux occasions uniques de plonger dans un cinéma 100% années 80, avec un regard un peu nostalgique pour les uns, un peu curieux pour les autres.
Pour rappel, la Cannon Group, c’est une société de production dirigée par Menahem Golan et Yoram Globus, à laquelle on doit des films d’action à petit budget, dont certains sont bien classés dans les listes des nanars des années 80 ; mais on croise aussi de grands succès, comme Highlander ou Runaway Train, de Kontchalovski. Bien des films labellisés Cannon Group ont acquis aujourd’hui le statut de films culte : Le temple d’or, Portés disparus, Cobra (avec Sylvester Stallone) ou encore Les Maîtres de l’univers. Parmi les acteurs vedettes de la Cannon group, on trouvait Chuck Norris, Richard Chamberlain (qui interpréta l’aventurier Allan Quatermain) et, bien entendu, Charles Bronson.
Le Charles Bronson qui apparaît ici est fortement marqué par son rôle de Justicier. Le personnage de Paul Kersey, protagoniste de la série initiée par Michael Winner, a connu un succès tel que, bien malgré lui, Charles Bronson se sentira emprisonné dans ce type de rôle. Et force est d’admettre que, même si le personnage principal des deux films présentés ici n’est, a priori, pas identique, les thématiques et les procédés sont très similaires. Les distributeurs français ne s’y sont pas trompés, en donnant au film Ten to midnight (littéralement Minuit moins dix) le titre français de Justicier de minuit, surfant ainsi allégrement sur la vague, juste après la sortie du Justicier dans la ville 2.

Ici, donc, Charles Bronson interprète deux rôles de policier.
Dans Le Justicier de Minuit, son personnage s’appelle Leo Kessler. Il est confronté à un tueur en série, Warren Stacey. Kessler est convaincu de l’identité du coupable, mais comment faire pour l’arrêter ? Sachant sa fille ciblée par le criminel, le policier n’hésitera pas à falsifier des preuves pour incriminer Stacey.
Dans La loi de Murphy, Bronson incarne Jack Murphy. Traqué par une femme qui veut le faire souffrir (interprétée par une excellente Carrie Snodgress), Murphy sera accusé de meurtre par des collègues qui n’ont jamais pu le supporter et se retrouvent fort contents de pouvoir le mettre sur la sellette. Seule solution : s’évader (avec une jeune délinquante qui est enchaînée à lui) pour pouvoir retrouver la véritable coupable.
Un des points communs majeurs de ces deux films, c’est qu’ils s’inscrivent parfaitement dans l’idéologie reaganienne de l’époque. Bronson reprend l’image de l’homme seul contre tous qui devra prouver qu’il a raison même si personne ne croit en lui. Bronson incarne toujours un policier isolé, rejeté par les institutions et par les collègues, un homme aux méthodes franches, directes, voire brutales : dans Le Justicier de Minuit, on le voit brutaliser son suspect durant un interrogatoire.
Face à lui, les autres policiers sont des incompétents dont l’auto-aveuglement et l’inefficacité sont indirectement responsables des crimes commis. Du coup, face à des institutions incompétentes, voire complaisantes, le policier bronsonnien se doit d’agir seul et, s’il le faut, au mépris des lois. Dans La Loi de Murphy, cet aveuglement policier culminera avec l’arrestation de Murphy, et l’obligera, en réaction, à s’évader pour poursuivre lui-même la criminelle. On se retrouve alors dans ce schéma de faux coupable que Hitchcock avait popularisé dès les années 30, ainsi que dans le duo délinquant-flic qui avait cartonné dans 48 heures.
Dans Le Justicier de minuit va s’engager un débat, un peu plus subtil entre Kessler et son coéquipier Paul McAnn (Andrew Stevens), sur le thème : doit-on se plier à une justice qui protège les criminels et met des bâtons dans les roues des policiers ? La question est typique du cinéma des années 80, où l’idéologie reaganienne insistait sur l’incompétence des services publics et la possibilité de faire justice soi-même.

Le Justicier de minuit : bande annonce

Ceci mis à part, ces deux films sont des divertissements de bonne tenue. Jack Lee Thompson avait déjà de l’expérience à cette époque, et sa mise en scène est solide. Il signe ici deux films sans le moindre temps mort, deux films qui se savourent avec plaisir, surtout si l’on est sensible à l’esthétique des années 80.
La Loi de Murphy sait parfaitement jouer du contrepoint apporté par le personnage féminin, Arabella McGee (incarnée par Kathleen Wilhoite, que l’on verra ensuite dans Angel Heart d’Alan Parker ou dans un rôle mineur mais récurrent de la série Urgences). Menottée à Murphy, elle sera embarquée dans cette histoire rocambolesque et saura y apporter des notes d’humour franchement bienvenues. Elle sera cependant un peu plus qu’un simple faire-valoir, puisqu’elle fera évoluer l’action du film.
Par contre, Le Justicier de Minuit ne présente pas le moindre humour. Bien au contraire, Thompson réalise là un film sombre et violent qui, à sa sortie, était interdit aux moins de 16 ans. La cause de cela réside dans le criminel, Warren Stacey. Plusieurs scènes nous plongent littéralement dans l’esprit torturé du tueur en série ; Thompson insère des flashs mémoriels qui dessinent le portrait d’un homme mentalement torturé dont la violence extériorise un rapport maladif aux femmes. Sans aucun doute, de nos jours encore, le film n’est pas destiné à tous les publics, et certaines scènes pourraient être encore perturbantes.

La Loi de Murphy : bande annonce

Compléments de programme
En ce qui concerne La Loi de Murphy, outre l’éternelle bande annonce, le DVD nous propose une présentation du film par Gérard Delorme, ancien rédacteur en chef adjoint de Première. Il revient sur la fabrication du film, l’identité du scénariste, et surtout la recherche de l’actrice qui tiendra le rôle de la délinquante enchaînée à Bronson ; on apprend ainsi que Madonna avait été contactée pour ce rôle, mais que la Cannon a rejeté cette proposition en apprenant la somme exorbitante que réclamait la chanteuse.

Pour Le Justicier de Minuit, nous avons droit aussi à une présentation, tout aussi intéressante, et toujours par Gérard Delorme. Parmi ses propos, il évoque les affaires qui ont influencé le personnage du tueur.
Le DVD propose également un documentaire d’une quarantaine de minutes intitulé Charles Bronson, un héros populaire, documentaire qui était déjà présenté sur la galette d’Un Justicier dans la ville (le premier du nom).

Caractéristiques des DVD :
La loi de Murphy
Version française
Version originale
Sous-titres français
Durée du film : 97 minutes
Format 1.85, 16/9

Compléments de programme :
Présentation de Gérard Delorme (11 minutes)
Bande annonce

Le Justicier de minuit
Version française
Version originale
Sous-titres français
Durée du film : 98 minutes
Format 1.85, 16/9

Complément de programme
Présentation du film par Gérard Delorme (12 minutes)
Charles Bronson, un héros populaire (40 minutes)
Bande annonce

Festival

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Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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